mardi 31 janvier 2017

Selon Matthieu

Vu ce film de X. Beauvois. Pas terrible de mon point de vue cet affrontement entre le prolo surjoué par B. Magimel et la bourgeoise assez bien interprétée par B. Baye sur fond de critique sociale. 

Lyon-Turin, l’interminable tunnel

Enquête

Par Rémi Barroux

Inauguré il y a six mois, le chantier de la liaison ferroviaire franco-italienne prend des allures de « zone à défendre ». Et de trouble-fête de la campagne présidentielle ?

L’engin a été baptisé « Federica ». Le tunnelier chargé de percer la montagne pour y creuser le tunnel de la nouvelle voie ferroviaire Lyon-Turin fait 138 mètres de long, plus de 11 mètres de diamètre pour la seule roue de coupe et 2 340 tonnes de poids total. « C’est la machine la plus puissante au monde », annonce le maître d’œuvre du chantier, Jacques Triclot.

Il a fallu cinq mois pour l’assembler, au fond d’une galerie, dans la descenderie – une petite voie d’accès – de Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie), en pleine vallée de la Maurienne.

Inauguré en grande pompe par Manuel Valls, alors premier ministre, le 21 juillet 2016, « Federica » doit percer 9 kilomètres d’une galerie de reconnaissance qui deviendra, un jour, partie du tube sud du futur tunnel ferroviaire.

La section transfrontalière s’étend sur 65 kilomètres, dont 57,5 kilomètres pour le tunnel de base, avec deux tubes. La réalisation et la gestion de cette infrastructure ont été confiées à un promoteur public, Tunnel Euralpin Lyon Turin (TELT), composé à parts égales par l’Etat français et par FS (Ferrovie dello Stato), les chemins de fer italiens.

Les opposants dénoncent un dérapage des coûts

Mais, lundi 16 janvier, le tunnelier ne fait entendre aucun bruit, aucune vibration ne secoue la galerie à quelque 3 kilomètres de l’air libre. Pas un seul centimètre gagné dans la roche, malgré une poussée possible de 18 000 tonnes et une puissance de 5 mégawatts.

A 38 kilomètres de là, de l’autre côté, c’est l’Italie. La machine est à l’arrêt. L’eau s’écoule fortement des parois. « Depuis trois semaines, on rencontre des problèmes avec un front houiller, des zones carbonifères qui ont une très mauvaise tenue », explique Jacques Triclot.

Le problème pourrait en fait être plus grave, témoignent certains salariés sous le couvert de l’anonymat, avec un phénomène de roches convergentes, exerçant une pression et bloquant le tunnelier.

Dans la galerie et sur le tunnelier, dans une température presque douce comparée aux − 12 °C qu’affichait le thermomètre, au petit matin, dans la vallée, une quinzaine de salariés s’affairent. Il s’agit d’injecter une résine pour solidifier les parois.

Pour les maîtres d’ouvrage, l’arrêt n’a rien d’inquiétant. « Nous savions que cette zone serait plus difficile ; l’expérience nous servira quand il s’agira de percer les tunnels principaux », assure Florent Martin, directeur du chantier. L’analyse n’est bien sûr pas partagée par les opposants de ce chantier hors norme, qui dénoncent un dérapage des coûts et du calendrier.

Un « grand projet inutile »

Le tunnel est destiné à permettre la mise en place d’une nouvelle ligne ferroviaire, dont 80 % de l’activité serait consacrée au fret. La réduction de moitié du fret routier est annoncée. A l’origine de ce projet, dès 1991, la volonté affichée par la France et l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, de protéger les Alpes à travers la « convention alpine » – un traité international conclu entre les pays alpins et l’Union européenne – et de limiter le transport routier dans le massif montagneux. De discussions en traités, le Lyon-Turin prend forme et, en 1996, une commission intergouvernementale organise la collaboration entre les deux pays concernés, la France et l’Italie.

L’incendie d’un camion, le 24 mars 1999, qui a fait trente-neuf morts dans le tunnel du Mont-Blanc, a accéléré la prise de conscience de la nécessité de réduire la présence des poids lourds… et a rendu ardue la tâche des opposants.

« On nous traitait de criminels, parce que nous dénoncions ce projet qui apparaissait comme l’unique moyen de soulager la route au profit du ferré », se rappelle Daniel Ibanez, principal porte-parole des opposants. Les écologistes de la région lyonnaise soutenaient même le projet, car il s’agissait aussi d’organiser le contournement ferroviaire de Lyon.

Depuis, la donne a complètement changé. Les écologistes – Yannick Jadot en tête – dénoncent un projet « pharaonique, totalement disproportionné et inutile ». Le candidat socialiste Benoît Hamon estime que le chantier présente « trop de risques économiques et écologiques ». Jean-Luc Mélenchon stigmatise un « grand projet inutile », tout comme Nicolas Dupont-Aignan, de Debout la France, qui évoque un « scandale ».

Imbroglio politique et confusion sur le terrain

Les opposants se targuent aussi du soutien unanime, fait rarissime, des trois organisations agricoles, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), la Confédération paysanne et la Coordination rurale.

Les maires de Grenoble, Eric Piolle (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) et de Turin, Chiara Appendino (Mouvement 5 étoiles), ont exprimé leur opposition au projet, mais la communauté urbaine de Grenoble y reste favorable. En Savoie, le député Les Républicains (LR) Dominique Dord, maire d’Aix-les-Bains, s’y oppose également, malgré le soutien actif de son parti au projet, tout comme celui du Parti socialiste (PS). Bref, l’imbroglio politique est total.

Au point que laccord franco-italien de février 2015 pour l’engagement des travaux, définitivement adopté par les sénateurs français le 26 janvier – après l’adoption côté italien à l’automne 2016 – semble encore fragile.

Auditionné par une commission sénatoriale et son rapporteur, Yves Pozzo di Borgo (Union des démocrates et indépendants, UDI), le 17 janvier, le vice-président délégué du Comité pour la Transalpine, François Lépine, ne cachait pas sa crainte. « Si l’approbation très attendue du Sénat permettra de franchir un nouveau cap historique en vue de la mise en service du tunnel de base à l’horizon 2030, le Comité pour la Transalpine souhaite également insister sur le fait que de lourdes incertitudes, pour ne pas dire inquiétudes, continueront de peser sur ce dossier au lendemain du vote de la Haute Assemblée », déclarait-il alors.

Sur le terrain, la confusion n’est pas moindre. Seul point d’accord : les maires, opposés ou favorables au dossier, ne jurent que par la nécessité de mettre les camions sur le rail. Et s’impatientent de l’inactivité de l’Etat, qui ne ferait rien pour le transfert modal, pourtant une priorité depuis le Grenelle de l’environnement, en 2007.

« Pourquoi l’Etat traîne-t-il autant ? », s’interroge Yves Durbet, président du syndicat du Pays de Maurienne (cinquante-six communes) et maire d’Erbillon (560 habitants), qui assure que la majorité des maires de la vallée soutient le projet de nouveau tunnel.

« Cela fait quatre mandats que j’annonce que ce sera celui du démarrage du chantier », ironise Marc Tournabien, maire (divers gauche), depuis 1995, de Saint-Julien-Mont-Denis (1 700 habitants), bourg situé à l’endroit où débutera le tunnel. « Les camions, on connaît dans la vallée, il faut absolument ce projet, car le tunnel actuel ne permet pas d’accueillir les nouveaux trafics », argumente M. Tournabien.

Nécessité d’un ouvrage « concurrentiel »

Dans le tunnel du Saint-Gothard, en Suisse, le 31 octobre 2015. | GAETAN BALLY / KEYSTONE/MAXPPP

Le tunnel actuel, c’est celui du Fréjus (ou du Mont-Cenis), le plus ancien des Alpes, dont la mise en service remonte à 1871. Il est au cœur de toutes les polémiques. Ses pentes de 3 %, le fait que les trains ne doivent pas dépasser 550 mètres, son inadaptation aux convois de plus de 650 tonnes – « Contre 1 600 tonnes, objectif des tunnels plus modernes », précisent les partisans du projet Lyon-Turin – expliqueraient l’impossibilité d’organiser dès aujourd’hui le report modal tant souhaité.

« Les tunnels d’altitude, c’est fini, les trains sont trop lourds, trop longs, il faut des tunnels comme en Italie et en Suisse. Pourquoi serait-on plus malin ? », interroge le maire de Saint-Julien-Mont-Denis.

De fait, l’ouverture de trois tunnels de troisième génération et de basse altitude sous les Alpes – celui du Saint-Gothard, 57,1 kilomètres, distance identique au futur Lyon-Turin, a été inauguré, en présence de François Hollande, le 1er juin 2016 ; celui du Brenner, entre l’Autriche et l’Italie, devrait être terminé en 2025 et celui du Lötschberg, en Suisse, a été en partie mis en service – renforce le trafic du fret ferroviaire sur un axe nord-sud. Au grand dam de Louis Besson, ancien maire (PS) de Chambéry, ancien ministre des gouvernements de Michel Rocard puis de Lionel Jospin et ardent défenseur du projet depuis son origine.

Pour celui qui préside aujourd’hui la commission intergouvernementale pour la future liaison ferroviaire, « l’ensemble des échanges du Léman à la Méditerranée représente 70 milliards d’euros par an, contre 105 milliards sur l’axe nord-sud, et l’Europe a confirmé que la seule traversée des Alpes sur l’axe est-ouest se ferait par le Lyon-Turin, a-t-il expliqué au Monde.

« Nous avons besoin d’un ouvrage concurrentiel avec les équipements suisses, attractif pour le report de la route sur le rail. Nous avons déjà dépensé 1,8 milliard d’euros, dont la moitié a été prise en charge par l’Europe. Il est temps que les opposants et partisans du fret ferroviaire militent pour la réussite de ce projet », a-t-il ajouté.

L’argument exaspère les « anti ». « Chaque année, on nous dit que c’est irréversible, et hop, youp la boum, on y va », tempête Luc Berthoud, maire (LR) de La-Motte-Servolex, 12 000 habitants, et vice-président chargé du développement durable de Métropole Savoie, un syndicat mixte regroupant les aires urbaines de la région de Chambéry. « La ligne existante peut être améliorée, sécurisée, cela coûtera quelques centaines de millions d’euros, pas les milliards d’euros du Lyon-Turin »,affirme-t-il.

Une « trop faible rentabilité »

Les milliards ? Argument de taille que martèle le camp des anti-Lyon-Turin ; 8,6 milliards d’euros (valeur 2012) pour le seul tunnel transfrontalier que l’Europe s’est engagée à financer à hauteur de 40 %, le reste étant pris en charge par l’Italie (35 %) et la France (25 %). L’estimation du projet global, avec les aménagements d’accès des deux côtés des Alpes, faite par la Cour des comptes, se montait à plus de 26 milliards d’euros, dans un référé transmis au gouvernement le 1er août 2012. Elle recommandait alors « de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante ».

Le 23 octobre 2014, dans un rapport sur la grande vitesse, les magistrats revenaient sur la « trop faible rentabilité économique » du projet. Une charge là encore sans fondement pour les porteurs du dossier qui reprochent à ce calcul la prise en compte d’éléments extérieurs au tunnel lui-même, comme le contournement de l’agglomération lyonnaise. « La Cour des comptes ferait bien de travailler à ce que coûterait à l’économie française le fait de ne pas construire ce tunnel est-ouest sous les Alpes », rétorque M. Besson, le maire de Chambéry.

Coût du projet, prévisions de trafic et analyse du fret routier, conséquences environnementales et pour la sécurité des populations concernées par le trafic routier et ferré, infrastructure confiée à terme au privé pour les opposants, 100 % public pour les partisans… Tous les éléments du dossier donnent lieu à des chiffrages divergents, à des thèses irréconciliables, à une véritable guerre médiatique.

Guerre des chiffres

Sur les voies ferrées, la bataille fait rage également. Les deux syndicats les plus importants, CGT et SUD-rail, s’affrontent. A Ambérieux (Rhône), dans le local syndical de SUD, Guillaume Morel, conducteur de fret et animateur de la section syndicale, tempête contre le Lyon-Turin. « Tout ce qu’on raconte sur la voie actuelle qui serait inutilisable est faux : je peux monter un train de 1 600 tonnes, avec une unité multiple [deux locomotives attelées] et une locomotive de pousse, jusqu’à Modane. Le fret a été cassé, on pourrait aménager la plate-forme d’Ambérieux, avec sa soixantaine de voies, pour faire le tri, et des matériels roulants performants existent », assure le cheminot.

« LE PROJET EST UTILE, DES 3,4 MILLIONS DE TONNES ACTUELLES, ON POURRAIT PASSER À 10 MILLIONS », ANTOINE FATIGA, RESPONSABLE CGT

Ce constat est partagé par un spécialiste du rail, Jean-François Roussel, ancien chef de la gare de Modane, tout en haut de la vallée de la Maurienne, et ancien directeur adjoint au cabinet du président de la SNCF. « Quand j’étais à Modane, au milieu des années 1980, on passait 11 à 12 millions de tonnes de marchandises. On a rénové le tunnel du Mont-Cenis et la ligne de Chambéry à Modane pour près d’un milliard d’euros, on peut faire passer deux cents trains par jour dans les deux sens, et tout ça ne servirait à rien ? », s’étonne ce cadre aujourd’hui retraité.

Dans la vallée de la Maurienne, la guerre des chiffres donne le tournis. Pour la CGT et les syndicats italiens, le constat est inverse. « Le projet est utile, des 3,4 millions de tonnes actuelles, on pourrait passer à 10 millions, et pour faire une telle infrastructure, on doit s’y prendre plusieurs années avant une éventuelle saturation », répète Antoine Fatiga.

Mais le responsable CGT veut aussi une utilisation immédiate des accès existants. Répondant à la demande de Patrick Mignola, vice-président (MoDem) délégué aux transports du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, début décembre 2016, de lui faire parvenir « les solutions concrètes (…) pour que le report modal des marchandises de la route vers le rail soit effectif au cours de l’année 2017 », Antoine Fatiga a exprimé cette position, unanimement partagée par les deux camps : « D’autres infrastructures sont sous-utilisées et permettraient un accroissement des trafics immédiat si une véritable politique de report modal était proposée. »

Les opposants ont, eux, sauté sur l’occasion qui leur était donnée de faire valoir leurs arguments. Parmi les dix propositions rendues publiques le jour même du vote au Sénat, ils veulent notamment développer trois zones de chargement, dont celle d’Ambérieux, un système d’informations, de réservation et de suivi du transport intermodal (qui n’existe pas à l’heure actuelle), l’interdiction des tunnels routiers du Fréjus et du Mont-Blanc aux véhicules de plus de 4 mètres de hauteur – « Cela permettra de favoriser le report dans les plus brefs délais » –, ou encore « l’interdiction de circulation dans les tunnels transfrontaliers à vide ou avec une charge inférieure à 50 % pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes ».

Nuisances locales et expropriations

Malgré les percées de plusieurs kilomètres, côté italien et français, les chantiers principaux n’ont pas encore démarré. Et les inconvénients qui accompagneront la noria de camions nécessaires au transfert des matériels et à l’évacuation des milliers de tonnes de déblais n’ont pas (trop) menacé la tranquillité des riverains

« Comment annoncer à mes administrés que la carrière va rouvrir, alors qu’on n’en attend aucun avantage financier ou fiscal », s’inquiète, bien qu’ardent défenseur du nouveau tunnel, Jean-Pierre Bernard, le maire de Saint-Martin-le-Porte, commune de 720 habitants où est installé le chantier de la deuxième descenderie.

« EN CREUSANT, AVEC L’EXPLOSIF, ILS ONT TARI TOUTES LES SOURCES ET TOUTES LES FONTAINES VILLAGE ». GILLES MARGUERON, MAIRE DE VILLARODIN-BOURGET

« Nous avons connu, en 2008, le chantier de la première descenderie, avec beaucoup de nuisances, un défilé de camions, jour et nuit, pour sortir 400 000 mètres cubes de marinage, des cailloux, de la terre, des tirs de mines qu’on entendait dans le village », raconte Gilles Margueron, maire de Villarodin-Bourget, petite commune de 500 habitants (6 000 l’hiver) perchée à 1 100 mètres d’altitude, au-dessus de Modane. « En creusant, avec l’explosif, ils ont tari toutes les sources et les fontaines du village, ils ont même dû retrouver de nouveaux captages à la limite du parc de la Vanoise », ajoute le solide gaillard qui dirige l’école de ski.

Au pied de la grande montée qui mène à Modane, à quelques kilomètres de la descenderie actuellement en exploitation, sur la commune de Villargondran, un grand panneau trône au faîte d’une scierie, engoncé dans la neige encore fraîche, proclamant « Lyon Turin, un projet à rejeter ». Un signe extérieur d’opposition plutôt rare dans la vallée.

Max Milliex exploite cette entreprise, dans sa famille depuis quatre générations. Exproprié pour laisser place au futur chantier, l’homme déplore la chute de son chiffre d’affaires. « En 2007, je passais 1 200 mètres cubes de grumes, aujourd’hui, c’est moitié moins, cela fait quinze ans que ça dure, et les entreprises disparaissent », dénonce-t-il.

TELT lui aurait proposé « une misère » comme dédommagement. Refus de sa part, procédure d’expropriation en juillet 2015 et bataille juridique. « Mais le jour où ils voudront envoyer les gendarmes chez Milliex, en Maurienne, cela va être lourd et dur à assumer pour le Lyon-Turin », préviennent Max et sa sœur, Chantal, tout en reconnaissant qu’il leur faudrait partir : « On ne peut pas lutter contre l’Etat français… » Même s’ils militent contre, distribuant des tracts sur les marchés de Saint-Jean-de-Maurienne, les Milliex négocient avec TELT un déménagement à proximité.

La société franco-italienne fait tout pour éviter les violences qui ont émaillé les travaux côté italien. Au début des années 2000, le mouvement No TAV (No al treno ad alta velocità, « non au train à grande vitesse ») a mené des actions, parfois dures, notamment à Vénaux, dans le val de Suse, en Italie, en 2005. Au point que l’installation de la base chantier a dû se faire avec l’appui de l’armée !

Pas de retour en arrière

Côté français, pas d’affrontement, point de « zone à défendre », de ZAD – « pour l’instant… », dit Daniel Ibanez. Chargé des procédures et des concertations pour TELT, Xavier Darmendrail préfère mettre en avant les avantages qu’apporteront les travaux pour les communes et les habitants. La promesse d’une gare internationale à Saint-Jean-de-Maurienne laisse espérer des retombées supplémentaires pour une vallée et une région dont la moitié des emplois sont tournés vers le tourisme.

Habituée des grands travaux, la vallée se prépare donc à ce nouveau chantier. « On a connu l’autoroute A43, le tunnel de sécurité du Fréjus, puis les descenderies pour le Lyon-Turin, on a une tradition des travaux publics, et on sait évaluer les besoins, préparer les embauches », confirme Armel Gautron, directeur de l’agence Pôle emploi de Saint-Jean-de-Maurienne.

Le tunnel sera donc percé, déclare Mario Virano, directeur général du promoteur franco-italien TELT. « Les deux pays se sont engagés, les coûts des travaux inscrits aux budgets nationaux, plus rien ne doit entraver le démarrage du chantier de ce tunnel de base ».

Quand on lui dit que l’ancienne ligne est loin d’être saturée, bonhomme, l’Italien répond : « J’ai une merveilleuse machine à écrire Olivetti, elle n’est pas saturée, elle peut écrire des milliers de pages encore… Mais, depuis trente ans, tout le monde utilise l’ordinateur ! »

Les opposants évoquent les conflits d’intérêts qui marqueraient les porteurs du projet, redoutent l’implication de la Mafia, côté italien. Les partisans dénoncent, eux, les « contre-vérités répandues par les opposants et leurs propositions irréalistes », comme l’avance la Fédération nationale des associations d’usagers de transports, ou encore le côté « rétrograde » de leur engagement, comme Louis Besson dans son ouvrage Le Nouveau Lien ferroviaire mixte transalpin Lyon-Turin (L’Harmattan, 2016).

Principal visé, Daniel Ibanez invoque le témoignage d’Irène Frachon, pneumologue lanceuse d’alerte, renommée depuis ses révélations dans l’affaire du Mediator. « Ce n’est pas un hurluberlu, c’est un gars qui sait compter, qui sait chiffrer, qui sait réfléchir, disait-elle de lui, au Salon du livre des lanceurs d’alerte, à Paris, en novembre 2016. Et j’ai compris, effectivement, que derrière un grand projet de travaux soi-disant d’utilité publique, il pouvait y avoir un enfumage maximal. »

Infiltré dans un abattoir breton pendant six semaines

Critique

Par Audrey Garric

Dans « Steak Machine », le journaliste Geoffrey Le Guilcher raconte quarante jours de travail dans un abattoir. Pour lui, les souffrances humaine et animale sont « indissociables ».

« Aller voir si les usines à viande ont enfanté des hommes-monstres. » Voilà la mission que se donne Geoffrey Le Guilcher lorsqu’il se fait embaucher comme intérimaire dans un immense abattoir breton. Une infiltration de quarante jours, durant laquelle le journaliste va tenir le couteau avec ces ouvriers qui assomment, tuent et découpent des bêtes à longueur de journée.

Dans Steak Machine, le premier ouvrage des Editions Goutte d’or, il livre le récit d’une immersion dans cette violence quotidienne, attisée par une cadence infernale. Des souffrances animale et humaine qui lui apparaîtront, au final, comme « indissociables ».

Geoffrey Le Guilcher n’est pas le premier à raconter de l’intérieur ces lieux fermés au public, des « boîtes noires » telles que les avait qualifiées le député de la Charente-Maritime Olivier Falorni, président de la commission d’enquête sur le sujet.

Avant lui, Stéphane Geoffroy, « tueur » pendant vingt-six ans à l’abattoir de Liffré (Ille-et-Vilaine), avait déjà témoigné sur sa « plongée dans un univers qui a quelque chose de primitif » (A l’abattoir, Seuil, 2016). La journaliste du Parisien Bérangère Lepetit avait également passé un mois dans la blouse d’une ouvrière du groupe volailler Doux (Un séjour en France, Editions Plein Jour, 2015).

Reste que ces témoignages sont rares, et le regard journalistique précieux. Dans Steak Machine, écrit à la première personne, Geoffrey Le Guilcher, 30 ans, mêle habilement récit de terrain et travail d’investigation et de documentation. Il démontre comment l’industrialisation massive de la production de viande mène au « traitement indigne des hommes qu’elle emploie et des animaux qu’elle abat ».

L’abattoir tue 600 bœufs et 7 500 porcs par jour

Pour se faire embaucher, le journaliste, qui collabore avec MediapartLe Canard enchaîné ou la revue XXI, modifie son identité : il se fait appeler Albert – son second prénom –, se tond les cheveux, troque ses lunettes pour des lentilles et s’invente un père éleveur de moutons.

L’abattoir, qui le prend à l’essai, rebaptisé Mercure – pour éviter les poursuites et protéger ses collègues –, tue 600 bœufs et 7 500 porcs par jour, soit 2 millions d’animaux par an. Trois mille ouvriers y travaillent, à la tuerie, à l’assommage ou à l’accrochage.

« Albert », lui, est affecté au parage des bovins. Juché sur une nacelle à trois mètres de hauteur, huit heures par jour, il ôte les graisses d’une carcasse décapitée et coupée en deux. Et ce, à ­raison de 55 à 60 vaches à l’heure, soit des ­milliers de fois le même geste dans la journée. Le bruit de la chaîne est assourdissant et la chaleur oppressante.

Très vite, son corps souffre. Les cervicales et le dos sont douloureux, les doigts bloqués. Les crampes se multiplient, les tendinites ne sont pas loin, malgré les échauffements, les pommades et les compresses thermiques. A l’abattoir, les maladies professionnelles et les troubles musculo-squelettiques sont pléthore : hernies discales, sciatiques, syndromes du canal carpien. La majorité des ouvriers, dont certains « ne peuvent plus rester assis ni debout », se considèrent comme « foutus ».

L’abattoir a réalisé des aménagements pour limiter la dureté du travail, mais ils sont insuffisants. Malgré le robot affûteur, acheté 180 000 euros, les couteaux restent mal aiguisés, obligeant les salariés à forcer pour couper. Surtout, l’entreprise ne reconnaît pas toujours les maladies professionnelles pour payer moins de cotisations sociales.

La drogue est souvent nécessaire

Pour surmonter cette souffrance physique et psychologique, la drogue est souvent nécessaire. Nombre d’ouvriers tournent à la bière, au whisky, aux joints, mais aussi au LSD ou à la cocaïne. « Si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas, tu tiens pas à Mercure, tu craques », assure Kévin, un ouvrier.

Geoffrey Le Guilcher raconte alors les soirées à picoler jusqu’à 7 heures du matin avant de prendre son service, le joint dès le matin ou les barbecues bien arrosés. Ce milieu, très masculin, compte beaucoup d’intérimaires. L’abattoir embauche en continu, quel que soit le niveau d’études, et les salaires ne sont pas mauvais. Jeanne, 56 ans, qui travaille à Mercure depuis quinze ans, gagne 1 580 euros par mois, auxquels il faut ajouter un treizième mois et l’intéressement.

Si Geoffrey Le Guilcher a cherché à comprendre la souffrance des hommes, il n’a pas pour autant délaissé celle des animaux. Pendant six semaines, il tente d’aller de l’autre côté du « mur », celui construit autour de l’atelier de la « tuerie » pour ôter à la vue de tous la saignée et éviter des ­vidéos en caméra cachée, à l’image de celles de l’association L214.

Seuls les salariés pénètrent dans cet « antre sacré ». Avant de réussir à y entrer quelques minutes, Geoffrey parvient à parler avec certains « tueurs », qui étourdissent ou donnent la mort à l’animal.

Ces hommes, qualifiant leur poste de « dangereux » et de « stressant », confient qu’avec les cadences les animaux ne sont pas toujours inconscients lorsqu’ils sont tués, comme le prévoit la loi. Parfois, des bêtes se réveillent d’entre les morts ou s’échappent sur la chaîne. Le risque de dévoiler ces scènes, selon un ouvrier : « Que les Parigots arrêtent de manger de la viande ! » « L’occultation ­totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation de masse de viande », confirme l’auteur.

Après cette expérience « d’immersion totale », Geoffrey choisit de démissionner, ne parvenant plus à assumer sa double identité. Le journaliste, devenu flexitarien – il ne consomme que peu de viande – en est aujourd’hui convaincu : « Tant que la cadence sera absurde pour les hommes, il n’y aura pas de viande propre. » Son livre se dévore d’une traite, mais attention, il laisse un arrière-goût amer.

« Steak Machine », Geoffrey Le Guilcher, Editions Goutte d’or, 200 pages, 12 €.

Musée Zadkine

Très joli cadre à découvrir à deux pour ces belles sculptures. Moments de plaisir.

L'autre point de vue socialiste

Tribune

« Députés du Parti socialiste, nous revendiquons notre droit de retrait »

Par Christophe Caresche, Député (PS) de Paris, Gilles Savary, Député (PS) de Gironde

Estimant que le projet du candidat du PS ne présente pas les conditions du rassemblement et qu’il relève d’une « gauche radicalisée », le Pôle des Réformateurs, aile droite du Parti socialiste, a fait savoir que certains députés ne prendraient pas part à la campagne.

Benoît Hamon a gagné la primaire de gauche. Son élection est nette, elle est légitime, elle est incontestable. Quel contraste, pourtant, avec 2011 ! Notre famille sortait alors renforcée d’une primaire qui avait fortement mobilisé, unifié la gauche et engendré une dynamique forte autour de notre candidat, créant ainsi les conditions de la victoire à l’élection présidentielle, un an plus tard. Aujourd’hui, le constat est tout autre : des divisions plus profondes que jamais et une césure réelle entre deux sensibilités idéologiquement distantes.

Notre groupe, celui des Réformateurs de l’Assemblée nationale et du Sénat, rassemble depuis 2013 des parlementaires socialistes qui ont soutenu loyalement le processus de réforme conduit par le président de la République pour redresser la France, la moderniser, protéger son modèle social et environnemental, tout en développant de nouveaux droits. Il s’inscrit résolument à gauche, dans cette culture de gouvernement issue du Parti socialiste d’Epinay, créé alors par François Mitterrand.

Un cas de conscience inédit

Nous sommes fiers d’appartenir à la seule majorité gouvernementale d’Europe qui a refusé l’austérité tout en contenant les inégalités, en dépit d’un contexte terrible : la crise grecque, les attentats terroristes ou les conflits au Proche-Orient qui bouleversent l’équilibre international. Oui, nous avons porté cette culture de gouvernement à la hauteur des exigences d’une époque chaotique. Car faudrait-il balayer d’un revers de manche la hausse du pouvoir d’achat pour les plus fragiles, l’ouverture de nouveaux droits sociaux comme la prime d’activité, le tiers payant médical, la garantie jeunes, le compte personnel d’activité, la modulation des allocations familiales en fonction du revenu, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, l’exonération d’impôt sur le revenu pour 12 millions de ménages modestes ?

Socialistes nous sommes, socialistes nous entendons rester. Mais comment le nier : à l’issue de cette primaire qui n’a rien résolu, nous sommes confrontés à un cas de conscience inédit : comment porter un projet présidentiel conçu comme l’antithèse d’une action de mandature que nous avons soutenue et dont nous revendiquons les avancées ?

Comment justifier qu’après avoir défendu une ligne politique visant à consolider la compétitivité de notre économie, à faire entrer de nouveaux droits sociaux dans le réel, à réformer le marché de l’emploi, à maîtriser nos finances publiques et à relancer l’Europe de la défense et de la sécurité, nous devrions désormais devenir les porte-parole d’un programme intégrant à la fois un dispositif au coût annuel de 350 milliards d’euros, le reniement, de fait, de nos engagements européens et l’explosion programmée de la pression fiscale et de notre dette ?

En tant que militants, nous ne pouvons nous sentir liés par un « projet de société » fondé sur une logique d’assistance généralisée et de dépréciation de la valeur travail. Nous considérons que ce serait contraire à la culture socialiste qui, historiquement, s’est construite autour de l’amélioration des conditions de travail et du temps du travailleur.

Fausse route

D’ailleurs, poser aujourd’hui la « raréfaction du travail » comme un postulat, c’est faire fausse route : car c’est oublier que si des emplois disparaissent, d’autres vont émerger, grâce aux innovations technologiques ; et c’est passer à côté des termes du vrai défi, celui de la transformation du travail, liée en particulier à la révolution numérique.

Ce non-sens, cette « erreur d’aiguillage », sont à l’image de l’orientation générale d’un projet qui risque, en l’état, de condamner la gauche à une opposition durable, peut-être confortable pour ses représentants, mais stérile pour les femmes et les hommes que nous sommes censés défendre…

Nourris par cinq années de divisions tumultueuses éprouvées au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, nous refusons l’ambiguïté, pire, le reniement. Les Français, nous en sommes certains, veulent tourner la page des divisions récurrentes, las du spectacle d’une famille privée de cohérence, quand l’une de ses composantes théorise l’affaiblissement de son propre camp à des fins politiques.

Benoît Hamon, dans les minutes suivant l’annonce de son investiture, a parlé de « rassemblement ». Que sa traduction aboutisse, quelques phrases plus tard, à tendre la main à Jean-Luc Mélenchon, n’est pas forcément rassurant. Car Benoît, si ton ambition – légitime – est effectivement de créer les conditions d’une unité restaurée, celle-ci devrait d’abord s’adresser à tous ces militants et sympathisants qui ne se retrouvent pas dans ton « offre » actuelle. Le risque est clair si bon nombre d’entre eux estiment, demain, que « leur » socialisme n’est pas incarné par le candidat officiel du parti socialiste…

Le rassemblement, c’est le respect de tous associé à des actes, ce ne peut être l’obligation, pour chaque socialiste, de se convertir à la « fronde »… Convaincus que le duel Fillon/Le Pen n’est pas inscrit dans les faits, nous restons fidèles à une ligne politique en phase avec les grands enjeux du temps présent.

La gauche, celle qui assume l’exercice du pouvoir, ne gagnera, au printemps 2017, que si elle donne aux Français ce qu’elle leur doit : un espoir, un horizon, des réponses crédibles et des engagements précis. Avec, à la clé, une dynamique puissante, seule à même de garantir à notre pays une majorité solide et unie.

Conscients de la responsabilité écrasante qui pèse aujourd’hui sur les forces progressistes, nous refusons tout à la fois la brutalité d’une droite qui a aiguisé son esprit de revanche au rythme des « manifs pour tous » et le naufrage d’une extrême droite qui n’a jamais aimé la France. Mais nous ne pensons pas davantage que l’avenir puisse passer par cette aventure aléatoire à laquelle nous convierait une gauche radicalisée.

C’est pourquoi nous revendiquons haut et fort un droit de retrait de la campagne présidentielle car les conditions de notre soutien à la candidature de Benoît Hamon ne sont pas réunies.

Christophe Caresche et Gilles Savary signent cette tribune pour le Pôle des Réformateurs au sein du Parti socialiste, qui forme son aile droite.

Comment la DGFiP travaille avec des collectivités à simplifier la vie des usagers

Publié le 23/12/2016 • Mis à jour le 03/01/2017 • Par Claire Chevrier • dans : A la Une financesActualité Club financesFrance • Club : Club finances

1

COMMENTAIRE

RÉAGIR

Yannick Girault, directeur du service Cap Numérique © DGFIP

Bénéficier d'un tarif calculé sur le quotient familial sans fournir d'avis d'imposition, obtenir une carte de stationnement résidentiel sans attestation de résidence principale, payer ses impôts et la cantine de ses enfants sur un même portail... Yannick Girault, directeur du service Cap Numérique en charge de ces questions à la DGFiP, fait le point sur les différents projets qu'il mène avec les collectivités locales.

Pourquoi Cap Numérique travaille-t-il avec des collectivités ?

Le service Cap Numérique, outre la maîtrise d’ouvrage d’un grand nombre d’applications utilisées au sein de la DGFiP, est en charge de tout ce qui concerne l’innovation numérique et la transformation de notre administration. Nous essayons bien sûr de partager nombre d’expériences avec les collectivités, car s’agissant par exemple des particuliers, nous avons les mêmes usagers !

Dans quelques années, ces derniers pourront payer leurs factures de crèche ou de cantine à partir d’une même solution de paiement offerte depuis leur portail ou le nôtre. Autre exemple : dans le cadre de la refonte de notre portail public nous devons converger pour prendre en compte les attentes de la grande diversité de nos publics.

C’est ainsi qu’un certain nombre de collectivités ont eu accès au printemps dernier à la version bêta de la nouvelle version de notre portail impots.gouv.fr qui ouvrira en janvier 2017 pour recueillir l’expérience utilisateur. Dans le cadre de la récente «Semaine de l’innovation publique », nous avons aussi échangé avec le conseil départemental de Seine-Saint-Denis pour partager des expériences utilisateurs, l’enjeu des outils en co-construction pour nos services en ligne, le défi de la veille numérique…

Vous développez aussi des interfaces permettant aux collectivités de ne pas demander certaines pièces aux usagers…

Parmi nos axes de transformation et d’innovation, il y a l’ouverture des données. Nous avions travaillé en 2014 sur les procédures simplifiées des marchés publics et les attestations fiscales, pour faciliter la vie des entreprises. Nous sommes en train de concevoir les mêmes types de services pour les particuliers.

Ainsi, nous avons développé pour les collectivités deux API (1), c’est à dire des interfaces qui permettront aux télé-services d’une ville de communiquer avec notre propre système d’information. Ces transferts de données allégeront les démarches des citoyens qui n’auront plus, par exemple, à fournir leurs avis d’imposition. La collectivité, elle, est certaine d’avoir les bonnes données, elle évite les fraudes et n’a plus à traiter de documents papiers.

Quels services testez-vous actuellement ?

Nous travaillons avec les villes de Paris, Lyon et Marseille sur des échanges de données pour le calcul du quotient familial et pour le stationnement résidentiel. L’usager qui utilisera un télé-service de sa collectivité pour inscrire son enfant à la cantine scolaire ou à la crèche, n’aura pas à fournir son avis d’imposition et obtiendra immédiatement les tarifs.

En effet, s’il passe par le service de fédération d’identité FranceConnect, un écran lui demandera s’il accepte que ses données fiscales, dont la collectivité a besoin pour établir le tarif, soient transférées. Il lui suffira de cocher une case. Tous les champs du formulaire concernant son état civil seront également pré-remplis.

Pour le stationnement résidentiel, toujours avec FranceConnect, nous fournirons l’adresse de la résidence principale de l’usager qui fait la demande. Dans les trois villes, ces services devraient être disponibles en production courant 2017.

Lire aussi :

France connect : le projet d’identification numérique s’installe dans les collectivités

D’autres collectivités pourront-elles en bénéficier ?

Pour l’instant, la difficulté pour nous réside dans la très grande hétérogénéité des systèmes d’information des collectivités. Et cela constitue un réel point d’interrogation sur notre capacité, dans l’avenir, à industrialiser ces deux services. Il nous faut en effet tester de bout en bout la chaîne de sécurité pour chaque collectivité intéressée. Cela exige des compétences relativement pointues en termes de sécurité au sein des collectivités, et des ressources suffisantes chez nous.

Quel est l’intérêt pour vous de transférer ces données ?

A terme cela devrait permettre de réduire le nombre de demandes à nos guichets. En 2012, nous avions mené une étude sur les motifs de demandes de copie d’avis d’imposition : 40 % d’entre elles étaient en rapport avec le revenu fiscal de référence demandé par une collectivité. Or, en 2015, 1,2 million de personnes a été accueilli par nos services locaux pour la délivrance d’une copie d’avis d’imposition…

Vous développez également un nouveau système de paiement via Internet…

Nous montons une offre de services qui permet de payer ses factures en ligne. Jusqu’à présent nous proposions un règlement par carte bancaire, avec TiPi. PayFIP permettra dans une offre en ligne unique de choisir soit un paiement par carte bancaire, soit par prélèvement sur un compte bancaire. Une fois que son identité aura été vérifiée, l’usager verra s’afficher les références de ses comptes bancaires qui sont enregistrés dans nos systèmes d’information et pourra sélectionner celui sur lequel il souhaitera être prélevé. Cela lui évitera de devoir rentrer toute son identification IBAN. PayFIP est en cours de développement informatique.

Nous prévoyons sa mise à disposition auprès de quelques collectivités au quatrième trimestre 2017, et, une ouverture plus large au 1er semestre 2018. Il devrait fonctionner avec FranceConnect au cours du deuxième semestre 2018.

Travaillez-vous sur d’autres projets concernant les collectivités ?

Nous sommes en train de développer le logiciel ORC qui va faciliter l’accès de nos comptables locaux et celui des juridictions financières aux pièces justificatives des ordonnateurs qui sont stockées dans notre solution d’archivage électronique Atlas.

Et puis il y a le grand chantier de l’Espace Numérique Sécurisé Unifié (ENSU). Cet espace permettra aux usagers de disposer sur un espace unique, c’est-à-dire en un même lieu, de leur situation fiscale au niveau de l’Etat, mais aussi de leurs factures pour des services publics locaux, c’est un défi passionnant !

Les disparités de dépenses de fonctionnement dans le secteur communal

La dépense moyenne de fonctionnement des communes et de leurs groupements à fiscalité propre est de 1 265 euros par « habitant DGF » en 2015. Ces dépenses sont très variables selon la taille de la commune : plus élevées dans les plus petites communes (900 €/hab.), elles diminuent ensuite
légèrement jusqu'à 500 habitants, puis progressent fortement pour atteindre 1 700 €/hab. pour les communes de plus de 100 000 habitants, progression qui s'explique surtout par les frais de personnel.

À tailles de commune identiques, les dépenses de fonctionnement par habitant DGF sont plus élevées pour les communes touristiques et pour les communes de montagne. Le niveau des dépenses de fonctionnement d'une commune est également lié à sa richesse, qu'elle soit mesurée par le potentiel fiscal ou le niveau des dotations de l'État. Ce lien est confirmé par l'évolution observée entre 2013 et 2015 : les communes pour lesquelles les concours de l’État ont le plus diminué sont aussi celles pour lesquelles les dépenses de fonctionnement ont le plus ralenti.

Pour en savoir plus, consultez le Bulletin d'Information Statistique

Donald et les morts vivants

Chronique

Survivrons-nous à l’apocalypse zombie ?

Par Pierre Barthélémy

Quatre étudiants ont tenté de simuler une apocalypse zombie. Le scénario le moins optimiste prévoit la réduction de notre espèce à moins de 300 personnes au bout de cent jours.

IMPROBABLOLOGIE

Le Journal of Physics Special Topics est une ­revue scientifique pas comme les autres. Publiée une fois par an, elle est exclusivement composée d’articles rédigés par des étudiants en physique de l’université de Leicester (Royaume-Uni). L’idée consiste à préparer les futurs chercheurs aux joies de la publication scientifique et au processus du peer review, l’évaluation par les pairs. Ne paraissent donc que les études jugées les plus intéressantes. Les auteurs sont vivement encouragés à faire preuve de créativité et d’humour, à l’exact opposé de ce que préconisent les autres revues…

Dans la dernière livraison, publiée en novembre 2016, quatre étudiants, peut-être influencés par la série d’horreur The Walking Dead, ont tenté de simuler une apocalypse zombie en lui appliquant un ­modèle mathématique utilisé par les épidémiologistes, le SIR. Celui-ci s’intéresse à la vitesse à laquelle s’étend et s’éteint une infection au fur et à mesure que les individus entrent en contact les uns avec les autres : ceux-ci peuvent donc passer de la case S (comme « sain ») à la case I (comme « infecté ») puis à la case R (comme « rétabli », mais aussi comme ­ « repose en paix » si jamais la maladie l’a emporté).

Que se passe-t-il si, au lieu d’une banale épidémie de grippe, on a affaire à une épidémie de morts-vivants dont le vœu le plus cher est d’enrouler vos boyaux autour d’une barre à mine et de faire ensuite de vous un(e) de leurs congénères ? Pour le déterminer, nos étudiants ont misé sur une contagiosité deux fois plus importante que celle de la peste noire (sinon ce n’est pas drôle), tenu compte de la séparation des continents et estimé que les zombies, dont l’encéphale s’apparente à une vieille éponge moisie, oublient de manger et de boire et meurent pour de bon au bout de vingt jours.

La transformation en zombie s’effectue sur un rythme effréné

Après avoir décidé que tout partait d’une seule personne (appelons-la, au hasard, Donald), ils ont fait tourner le modèle. Il faut vingt jours pour qu’une fraction visible des 7,5 milliards d’humains soit « infectée » mais, une fois que Donald a suscité beaucoup de vocations de brutes décérébrées et sanguinaires, tout s’enchaîne très vite : la transformation des humains en zombies s’effectue sur un rythme effréné. Les auteurs de l’étude n’ont pas tenu compte des naissances ni des morts naturelles, mais ils arrivent à la conclusion qu’au bout de cent jours l’humanité, réduite à moins de 300 personnes, est à placer d’urgence sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Cependant, ces chercheurs en herbe se sont aperçus que leur modélisation était par trop simpliste car elle ne prenait pas en considération la difficulté des morts-vivants à trouver de nouvelles proies à mesure que celles-ci se raréfient ni la capacité des personnes non infectées à faire sauter la tête d’un déterré à l’aide d’un fusil à pompe. Dans un second article, ces quatre étudiants ont donc affiné leurs calculs, et redessiné leurs courbes en conférant aux humains un droit de légitime défense et en accordant aux zombies une durée de survie d’un an, histoire de corser le jeu.

Dans ce cas de figure où la partie est plus équilibrée, il faut trois ans à la population zombie pour s’éteindre. L’humanité, quant à elle, finit par repartir après avoir frôlé l’extinction, et l’on peut raisonnablement penser qu’elle atteindra le niveau de 500 millions d’individus trente ans après l’apparition de Donald. Toute ressemblance avec des faits existants ou allant exister n’est qu’une pure coïncidence.

Les nourrissons sensibles à la justice

Les justiciers plébiscités par les bébés

Par Nathaniel Herzberg

Une étude japonaise montre que, dès 6 mois, les nourrissons sont capables de comprendre les relations d’oppression. Et vont vers ceux qui défendent les victimes.

En ces temps de trumpisme triomphant, la figure peut paraître désuète. Il n’empêche : le défenseur de la veuve et de l’orphelin, celui qui se lève dans le métro pour protéger une jeune fille agressée par deux vilains, ­Robin des bois du quotidien, fait toujours recette. Zorro, Tintin, Lucky Luke : le culte du bien et du mal mais aussi du courage désintéressé nous est inculqué dès l’enfance. A moins que les créateurs de héros pour la jeunesse ne surfent sur nos ressorts profonds.

Des expériences avaient déjà montré que, dès 3 ans, les enfants, placés devant une situation de harcèlement, portaient majoritairement secours à la victime. Une étude publiée le 30 janvier dans Nature Human Behaviour révèle que cette propension est plus précoce encore. « Notre admiration prend en réalité racine dans l’esprit du nourrisson », assure Yasuhiro Kanakogi, le premier signataire de l’article. Lui et ses collègues de l’université de Kyoto y affirment que, dès 6 mois, les nourrissons plébiscitent le tiers qui intervient dans un conflit pour protéger le faible contre le fort et dédaignent au contraire le spectateur inactif. Et un point pour Rousseau !

Dispositif original

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs de l’université de Kyoto ont mis en place un dispositif original. Ils ont placé les bébés face à des dessins animés dans lesquels une petite sphère bleue agresse une petite sphère jaune, sous les yeux successifs de deux petits cubes. Le vert intervient en se plaçant entre les deux belligérants. Le rouge laisse au contraire l’action se poursuivre. Puis les ­enfants sont invités à choisir ­entre deux cubes – des vrais – de chacune des deux dernières couleurs. Dix-sept sur 20 optent pour le cube vert. Le résultat inverse est obtenu lorsque le héros de la ­vidéo était le cube rouge.

Les scientifiques ont immédiatement émis des objections. Etait-ce bien l’intervention d’un tiers dans une « interaction ­sociale négative » que les bébés approuvaient ? Ne s’opposaient-ils pas simplement à un « événement physique », à savoir le ­contact ­entre deux objets ? Ils ont donc ­répété l’opération en modifiant quelques paramètres. Contrairement à la première expérience, les yeux des deux sphères ont été déstructurés, perdant leur caractère humain. Par ailleurs, la jaune n’est plus déformée par son adversaire, juste poussée. Le résultat n’a plus rien à voir : 10 bébés pour chaque couleur. « C’est donc bien une interaction sociale qui fait ­réagir le nourrisson », concluent les scientifiques.

Dans ce dispositif original, les cubes verts et rouges voient la sphère bleue poursuivre et agresser la jaune. Le vert s’interpose, pas le rouge. | Yasuhiro Kanakogi /Kyoto University

Mais celle-ci doit-elle être agressive ? Les bébés peuvent aussi bien avoir soutenu le cube qui agit, quelles que soient les conditions. Les scientifiques ont donc reproduit la même opération (en remettant les yeux), mais en ­retirant toute forme d’agression. Les deux sphères se courent après, sans dommage, et le cube vert vient les séparer. Là encore, les bébés ne manifestent pas de « préférence significative » (8 verts, 12 rouges).

Les scientifiques japonais n’en ont pas encore fini. Pour s’assurer que les bébés soutiennent bien l’intervention d’un tiers dans une agression, encore faut-il qu’ils fassent la différence entre l’agresseur et l’agressé. Ils ont eu recours à une autre méthode : la mesure de l’attention des nourrissons. Ils ont présenté aux bébés deux vidéos dans lesquelles le petit cube, pour mettre fin à l’affrontement, attaquait l’une ou l’autre sphère. Les bébés sont restés « nettement plus longtemps attentifs à la scène inattendue », celle où la victime était punie par le sauveur.

Notion d’intention

Symétriquement, les chercheurs ont proposé deux autres vidéos dans lesquelles le cube séparait les belligérants, en aidant l’un, ou l’autre. Et, là encore, le décalage entre l’action attendue et la réalité a été privilégié – en l’espèce, la scène où le justicier aidait l’agresseur. Pour les chercheurs, « cela prouve bien que les nourrissons comprennent les relations de pouvoir entre ces acteurs ».

Une dernière question s’est alors posée à eux : les bébés sont-ils capables de discerner une ­intervention intentionnelle ? Des études précédentes, conduites dans d’autres situations, laissaient penser que la notion d’intention apparaissait autour de 8 mois. Les scientifiques de Kyoto ont présenté deux situations aux bébés. Dans la première, le cube commençait par suivre la poursuite des deux sphères avant d’intervenir pour mettre fin à l’agression ; dans la seconde, son intervention était soudaine, non préméditée. Les nourrissons de 6 mois n’ont pas fait la différence. Un groupe témoin d’enfants de 10 mois a clairement privilégié l’action intentionnelle.

« On découvre des capacités toujours plus précoces qui suggèrent que les bébés ont, dans bien des cas, des dispositions remarquables à se représenter ce que les autres pensent, à se représenter les relations sociales, ou encore à se représenter les actions et à évaluer leurs conséquences, souligne Olivier Mascaro, de l’Institut des sciences cognitives (CNRS/Lyon1). Un large champ de recherche s’ouvre donc, avec la possibilité de comprendre les origines de nos capacités sociales dans la toute petite enfance, avant même l’émergence du langage. » Pour ce qui est de l’intervention d’un tiers, les Japonais ont fixé un premier cadre. A 6 mois, les enfants soutiennent le héros, même accidentel. A 10 mois, ils plébiscitent le pompier volontaire. Et, à 3 ans, ils jouent les justiciers dans les bacs à sable. « Détailler comment les enfants passent du soutien à l’action sera le prochain défi de nos collègues », conclut l’équipe japonaise. Sans doute estiment-ils leur avoir déjà tendu la main.

Eclaircie pour les énergies renouvelables en France

Le Monde

Par Pierre Le Hir

La filière reste en retard sur ses objectifs pour 2020. Mais les professionnels croient encore possible d’atteindre ceux de 2030.

Les postulants à l’élection présidentielle – ou leurs porte-parole – étaient attendus, mardi 31 janvier, à la Maison de la Mutualité, à Paris, pour le colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Ils étaient invités à se prononcer sur le Livre blanc élaboré par les professionnels, désireux de profiter de « l’élan mondial » de ce secteur.

Après des années maussades, une éclaircie se profile pour les énergies vertes en France. Certes, elles demeurent à la peine : fin 2015, leur part dans la consommation finale d’énergie n’était que de 14,9 %, alors qu’elle aurait dû atteindre 17 % pour se trouver en phase avec l’objectif de 23 % en 2020, fixé dans le cadre du « paquet énergie-climat » européen. Les chiffres à fin 2016 ne sont pas encore connus, mais le différentiel ne devrait guère avoir changé.

Ces mauvaises performances placent la France dans la queue du peloton européen, loin de la Suède (52,6 % de renouvelables fin 2014), de la Finlande (38,7 %), de l’Autriche (33,1 %) ou du Danemark (29,2 %). De tous les pays de l’Union européenne, elle est celui qui accuse le retard le plus important sur son objectif.

La France en retard sur ses objectifs | Commissariat général au développement durable

« Il ne faut pas se faire d’illusions. On n’arrivera pas à rattraper ce retard d’ici à 2020 », déplore le président du SER, Jean-Louis Bal. En revanche, pense-t-il, « il n’est pas trop tard pour se mettre sur la bonne trajectoire pour 2030 ». La loi de transition énergétique d’août 2015 prévoit de porter, à cette échéance, la part des renouvelables à 32 % du mix énergétique.

Les industriels veulent donc faire preuve d’optimisme. Le bilan de l’année 2016 est pourtant en demi-teinte. Dans l’éolien terrestre, 1 345 mégawatts (MW) de capacités nouvelles ont été installés, un record historique. Pour autant, le parc en place au 30 septembre dépassait à peine 11 000 MW, très en deçà des 19 000 MW visés en 2020. La faute, en grande partie, aux recours systématiques déposés par les associations anti-éolien.

La situation est inverse dans le solaire photovoltaïque. On n’a installé que 576 MW de puissance en 2016, le plus mauvais résultat de ces dernières années. Ce secteur subit encore les contrecoups du moratoire sur les projets solaires décidés par l’Etat au début des années 2010 pour crever la bulle spéculative qui s’était formée. Le parc en place n’en atteignait pas moins 6 650 MW fin septembre (7 500 MW avec l’outre-mer), déjà au-delà des 5 400 MW escomptés en 2020.

L’Hexagone mal classé au sein de l’Europe | Eurostat

« Confirmation » des ambitions

C’est pour l’éolien en mer que le tableau est le plus sombre. Les turbines des six parcs au large des côtes normandes, bretonnes et vendéennes, pour un total de 3 000 MW, ne tourneront pas avant la prochaine décennie. Et les résultats d’un nouvel appel d’offres pour une puissance de l’ordre de 500 MW au large de Dunkerque (Nord) sont toujours attendus.

D’où vient, alors, que la profession croie en des lendemains plus radieux ? L’embellie espérée tient à la programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée en octobre 2016. Cette feuille de route, qui décline la loi de transition énergétique, « nous donne de la visibilité », se félicite Jean-Louis Bal. Elle prévoit de faire grimper la capacité hexagonale d’énergie renouvelable de 41 000 MW en 2014 à 71 000 ou 78 000 MW, selon les scénarios, en 2023.

La ministre de l’environnement et de l’énergie, Ségolène Royal, a ainsi lancé deux appels d’offres dans le photovoltaïque, pour une capacité totale de 4 500 MW sur trois ans. Les industriels en réclament autant pour l’éolien terrestre.

La filière profite aussi d’un travail de simplification administrative qui, constate le président du SER, « commence à porter ses fruits ». A compter du 1er mars, une autorisation environnementale unique sera exigée pour les installations de production d’énergie renouvelable, alors que de multiples autorisations étaient jusqu’alors nécessaires – au titre des réserves naturelles, des sites classés, de la protection de la faune et de la flore sauvages… Cela n’empêchera pas les recours, mais ils devraient être moins nombreux, ce qui pourrait diviser par deux la durée de réalisation des parcs éoliens (de six à sept ans aujourd’hui).

Un secteur dominé par la biomasse et l’hydroélectricité | SER

Les industriels attendent donc des futurs responsables politiques la « confirmation » des ambitions tracées par la programmation pluriannuelle. Et l’allocation des moyens financiers promis. Année après année, Mme Royal met en avant « le doublement du fonds chaleur », un dispositif géré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour développer la biomasse, la géothermie ou le solaire thermique. Ce fonds est doté de 210 millions d’euros par an, mais la promesse de doublement ne s’est pas encore concrétisée.

« Il s’agit d’un outil très efficace, plaide Jean-Louis Bal. De 2009 à 2013, l’Etat y a consacré 1,1 milliard d’euros, ce qui a permis de remplacer 1 million de tonnes équivalent pétrole de combustibles fossiles et d’économiser 350 millions d’euros par an sur les importations d’hydrocarbures. Soit un amortissement en seulement trois ans. »

Quel que soit le résultat de la présidentielle, les renouvelables peuvent compter sur un allié objectif : la baisse régulière de leur coût. Une étude publiée le 25 janvier par l’Ademe montre que l’éolien terrestre et le photovoltaïque sont devenus, en France comme dans le reste du monde, « compétitifs vis-à-vis des moyens conventionnels » de production d’électricité, nucléaire compris.

J'adhère à cette tribune

Tribune

Pour une candidature unique de la gauche progressiste et écologique

Par Collectif

Il existe de fortes convergences entre Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Benoît Hamon. Construisons une digue pour faire barrage au clan Fillon et à la famille Le Pen.

Nos institutions et notre système politique à bout de souffle n’en finissent plus de nous réserver des situations imprévues. Et pendant ce temps, chacun vaque à ses occupations. Pourtant, la désignation de Benoît Hamon, lors de la primaire citoyenne, change la donne. Elle solde par les urnes le rejet de la politique sociale-libérale menée pendant cinq ans par un gouvernement qui est même allé, avec la déchéance de nationalité et la loi travail, jusqu’à trahir ce qui fonde les valeurs de la gauche et de notre République : l’égalité devant la loi de tous les citoyens et la protection sociale des salariés.

Force est de constater qu’entre les trois candidats Benoît Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon existent d’énormes convergences. Ces convergences justifient qu’ensemble nous construisions une véritable digue contre les idées portées par la famille Le Pen et le clan Fillon. Face au réel danger que représente le Front national à l’heure où l’Europe et le monde sont balayés par des vents mauvais, venus de l’Est et de l’Ouest, et devant la dureté du candidat de la droite, François Fillon, dont le programme s’attaque à la pérennité même de nos services publics, avec la suppression annoncée de 500 000 fonctionnaires et la remise en cause de l’égalité de l’accès aux soins pour tous, le rassemblement d’une gauche écologique, sociale, démocratique et solidaire, rompant avec le renoncement et la trahison du quinquennat qui s’achève, s’impose comme un impératif catégorique.

Les programmes des trois candidats désignés convergent sur la nécessité de penser un monde post-croissance, la relocalisation de l’économie, la lutte contre le dumping social et fiscal, contre l’emprise de la finance sur nos vies. Ils prennent en compte la finitude de notre planète et l’épuisement des ressources naturelles. Ils mettent en leur cœur la lutte contre les inégalités : sociales, territoriales, Nord/Sud… Car comment tolérer un monde où les huit personnes les plus riches du monde, selon le dernier rapport d’Oxfam, possèdent autant que la moitié de l’humanité ?

« Désaccords féconds »

Leurs projets réhabilitent la volonté politique à l’heure où de nombreux dirigeants ont abdiqué face à l’horreur économique. Ils rompent avec le réalisme politique, « ce bon sens des salauds » dont parlait Paul Valéry. Ils inventent une société du bien-vivre face à la tyrannie du « toujours plus », des lobbys qui sapent l’intérêt général et des puissances de l’argent. Ils se projettent dans le monde de demain en s’affranchissant des vieilles recettes productivistes, des incantations à la croissance que les autres candidats développent encore, défendant les gaz de schiste ou les grands projets inutiles comme celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Benoît Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon ont également compris la grave crise démocratique que nous traversons et cherchent à y répondre par des propositions audacieuses en défendant de nouvelles respirations démocratiques, qui articulent démocratie représentative et participative avec la co-élaboration des politiques publiques, l’initiative et le contrôle citoyen. Enfin, sur le plan du vivre-ensemble, ils reviennent à la véritable conception de la laïcité selon la loi de 1905, liberté de chacun pour vivre tous ensemble, et non une nouvelle guerre de religion pour stigmatiser et rejeter une partie de la population de notre pays.

Certes, des dissensus existent dans les projets portés par les trois candidats : sur la place du travail, sur la question du revenu garanti universel, sur l’avenir européen et la place de l’Etat-nation, ou sur la diplomatie internationale et la relation avec la Russie de Poutine. Il faut les transcender pour en faire des « désaccords féconds », selon la formule de Patrick Viveret.

Faire tourner le vent

Comment imposer ce nécessaire rassemblement ? Par la pression citoyenne, tout d’abord. Par une méthode, ensuite, qui consiste à réunir au sein d’un même collège des représentants ou soutiens des trois campagnes. Celui-ci aura pour objectif de définir un seul projet à l’aune des différents programmes déjà établis, une équipe de campagne pluraliste représentant les diverses sensibilités, un « shadow » gouvernement devant conduire à la mise en place d’une Assemblée constituante pour réoxygéner notre démocratie et établir une nouvelle République et un processus de désignation du candidat qui aura son nom inscrit sur le bulletin de vote – par consensus, primaire citoyenne ou tirage au sort.

Comme le disait si bien le poète Guillaume Apollinaire, « il est grand temps de rallumer les étoiles », de réveiller l’espoir et de sortir nos concitoyens intoxiqués par le discours dominant de la peur et du repli identitaire, de la sinistrose. Sortons de nos chapelles doctrinales, de nos boutiques. N’attendons pas d’être sur un champ de ruines pour penser une hypothétique refondation. Cessons de danser chacun de notre côté sur le pont du Titanic. Osons imposer cette perspective de fédérer les partisans d’une République des communspar une vague citoyenne dépassant les petits jeux d’ego et les schémas des appareils aujourd’hui dépassés.

Il n’y a pas de fatalité à devoir choisir entre l’horreur et le pire, entre la peste et le choléra. La dynamique unitaire peut faire tourner le vent et nous permettre d’écrire une nouvelle page de notre histoire si tumultueuse. Comme nous y enjoignait Nicolas Hulot récemment, il nous faut « sécher les larmes du plus grand nombre, redonner le sourire au présent et de l’éclat à l’avenir ». Ensemble ! Maintenant !

Michèle Rivasi, députée européenne EELV ; Noël Mamère, député, maire de Bègles ; Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de gauche ; Emmanuel Poilane, directeur de la Fondation France Libertés – Danielle-Mitterrand ; Marie-Monique Robin, réalisatrice ; Sébastien Barles, animateur du collectif citoyen Marseille en commun

Liste intégrale des signataires sur : http://www.michele-rivasi.eu

dimanche 29 janvier 2017

Le grand chamboule tout

La présidentielle sur un volcan

Par Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin

« Présidentielle introuvable », « présidentielle dingo », « élection toboggan »… Pour la droite comme pour la gauche, le scrutin de 2017 ressemble à un jeu de quilles ou à un épisode de « The Voice ».

On se croirait devant un film de Quentin Tarantino. Un de ces pastiches de série B où chaque personnage qui semble promis aux premiers rôles se retrouve « fumé » d’un coup de Magnum. Un favori émerge à peine que, boum, le voilà déjà à terre, dégommé par des électeurs qui semblent avoir transformé cette pré-présidentielle en épreuves éliminatoires. Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis, avait prévenu le vainqueur de la primaire à gauche, Benoît Hamon, avant même le second tour de ce scrutin : « Dès que tu seras le candidat, tu auras tes frondeurs. »

« Hamon est désormais le candidat de notre famille politique », a d’abord assuré Manuel Valls, dimanche 29 janvier, après l’annonce de sa défaite. Mais sa porte-parole, Juliette Méadel, peine à dire aussi clairement qu’elle se rangera derrière le vainqueur de la primaire de la Belle Alliance populaire. Scène surréaliste typique de ce scrutin où les usages qui régissaient la vie des partis ont volé en éclats : plusieurs des supporteurs interrogés par les journalistes au siège de campagne de l’ex-premier ministre avouent, devant les caméras, qu’ils voteront pour l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron.

L’OPA de Macron

A peine désigné, M. Hamon doit séduire les quelque 40 % d’électeurs de la primaire qui n’ont pas voté pour lui. « Lorsque François Mitterrand l’avait emporté sur Michel Rocard, les rocardiens s’étaient rangés derrière lui, se souvient un vieux routier du PS. Mais cette fois, il y a une offre concurrente au centre gauche… » « Cette présidentielle est dingo, s’exclame un autre. Hamon n’a pas seulement gagné la primaire, il fait une OPA sur le programme du PS, qui va devoir faire campagne sur le revenu universel. » Le député du Gard apparenté Front national (FN) Gilbert Collard ironise sur son compte Twitter : « La gauche vient de désigner le capitaine du Titanic. » Mais que valent désormais les prédictions ?

« Avec une candidature à chaque heure, c’est le casting de The Voice plutôt que celui d’une présidentielle », s’était alarmé, dès novembre 2016, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Olivier Faure, devant la profusion de prétendants.

Le secrétaire d’Etat écologiste Jean-Vincent Placé avait lui aussi pensé à un épisode du fameux concours de chant télévisé : « La primaire, c’est The Voice et Koh Lanta réunis », fait-il remarquer, le 20 janvier, dans Paris Match. L’outsider Hamon ne s’était pourtant pas encore qualifié pour le premier tour de la « PrimaireAcademy », comme disent certains.

« Peu de fois dans ma vie politique j’ai senti autant d’exaspération que j’en observe maintenant, a noté le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, sur son compte Facebook. Et on devine que la tendance “dégagiste” de la société va s’amplifier. » « Dégagisme », son mot de la campagne 2017, une référence au slogan de la démocratie tunisienne « à l’adresse de Ben Ali », précise-t-il, sans doute pour qu’on évite de lui opposer le « Sortez les sortants » de Pierre Poujade.

Exaspération

Scandales, élimination des « sortants », affaiblissement ou division des partis traditionnels – FN excepté –, contexte international tendu… Le tableau politique est inédit, à trois mois d’un scrutin crucial. « La situation politique n’a jamais été aussi déstabilisée, s’inquiète François Bayrou, qui ne dira qu’en février s’il entre dans la course à la présidentielle. Il y a vingt ans, la fin des années Bérégovoy avait déjà été effrayante, mais si la gauche se portait mal, la droite républicaine, elle, allait bien. »

Cette fois, Les Républicains (LR) sont eux-mêmes menacés. Le 25 janvier, Le Canard enchaîné a révélé que François Fillon avait salarié sa femme pour un emploi dont il peine à prouver la réalité et également que le propriétaire de la Revue des deux mondes lui avait versé 100 000 euros pour un travail de « conseillère éditoriale » qui semble se résumer à deux notes de lectures. Pour la première fois, la droite qui partait largement favorite envisage à mots couverts l’impensable : une défaite à la présidentielle et aux législatives.

« C’est le grand chamboule tout »

« Depuis 1965, j’avais alors 14 ans, je n’ai jamais vécu une présidentielle comme ça, avoue Jean-Christophe Cambadélis, qui en a pourtant vu d’autres. Il n’y a plus d’axe, ni de règles. » Le premier secrétaire du PS a trouvé une jolie formule pour désigner cette folle élection : « la présidentielle introuvable », référence à ce Peuple introuvable, évoqué par l’historien Pierre Rosanvallon dès 1998 pour évoquer la désaffection croissante des électeurs à l’égard des grands partis politiques.

Jeudi soir, dans les travées d’un meeting à Alfortville, Un autre soutien de Manuel Valls, le secrétaire d’Etat chargé du développement et de la francophonie, Jean-Marie Le Guen, soupirait lui aussi : « Plus rien n’est stable. C’est le grand chamboule tout. »

« Chaque présidentielle crée un imprévu qui peut créer un abîme ; mise en ballottage de Charles de Gaulle en 1968, trahison de Chirac et ralliement à Giscard en 1974, cohabitation en 1986 [que les constitutionnalistes jugeaient impossible], relativise un proche de l’ancien président François Mitterrand. Mais les primaires sont décidément des machines à créer du bordel… » Au point que certains évoquent à mots couverts une « crise de régime ».

François Fillon en est encore à crier aux « loups » lâchés contre lui et à « la théorie du complot » que déjà on murmure les noms de ceux qui pourraient le remplacer. Pourquoi pas Gérard Larcher, le président du Sénat ? Ou même le battu, Alain Juppé ? Commentaire de Cécile Duflot après que le maire de Bordeaux a exclu « clairement et définitivement », le 27 janvier, de remplacer le candidat des Républicains à la présidentielle : « Est-ce irrévocable ? Vu que la politique française ressemble de plus en plus à un congrès Verts géant… »

Tous les pronostics ont été déjoués

Il y a trois mois à peine, sondeurs et éditorialistes rapportaient qu’une majorité de Français imaginait sans enthousiasme la réédition d’une campagne opposant François Hollande et son rival de 2012 Nicolas Sarkozy. On prend les mêmes et on recommence ; c’était même le titre qu’avait choisi pour son livre l’intervieweur vedette de Franceinfo, Jean-Michel Aphatie.

Il n’était pas le seul à ne pas avoir anticipé le maelström politique d’aujourd’hui. « Il n’y en aura que deux [à droite], Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance, prédisait le président socialiste devant les deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça », Stock, 2016). Non pas parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute, ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite (…). Mais son rôle est tenu par Juppé… »

Tous les pronostics ont été déjoués les uns après les autres. « Juppé est prenable », assurait Manuel Valls lors d’un déplacement en Gironde le 27 octobre 2016, un mois avant la primaire de la droite. Comprendre, il sera le candidat des Républicains. Comme un pied de nez à celui qu’il imaginait vainqueur, Jean-Luc Mélenchon avait de son côté organisé, le 29 novembre 2016, un grand meeting à Bordeaux, deux jours après le second tour de la primaire de la droite. Une contre-programmation tout à coup dénuée de sens.

Rien ne se passe comme prévu. En quelques semaines, François Fillon a éliminé ses adversaires lors de la primaire de droite. François Hollande, perdant son meilleur rival et sans le soutien de son propre camp, a renoncé lui-même à être candidat. Détail symbolique : le 8 décembre 2016, c’est à la place du président, initialement convié pour commenter sa candidature, que France 2 invite Benoît Hamon, l’outsider des primaires. L’ancien frondeur y lance avec succès sa campagne.

Marine Le Pen y croit

Le jeu de quilles semble sans fin. « Le prochain sur le toboggan, c’est votre lider maximo », a lancé, dimanche soir, le sénateur socialiste du Val-de-Marne Luc Carvounas, soutien de Manuel Valls, à une fidèle de Jean-Luc Mélenchon.

Même les vainqueurs des primaires ne sont sûrs de rien. Penelope Fillon peut bien avoir été applaudie, lors du meeting des Républicains à la Villette, dimanche soir, en privé, les soutiens de l’ancien premier ministre manquent singulièrement d’allant.

« Joyeux anniversaire, cher Nicolas. Tu nous manques. Ton talent aussi… Tes amis sont là ! », a tweeté, le 28 janvier, le sénateur de Paris Pierre Charon, vieil ami des Sarkozy. Les supporteurs de l’ancien chef de l’Etat ont renchéri en lui donnant du « Monsieur le président », comme si sa défaite, en novembre 2016, était une « fake news », une fausse information. Et qu’ils le rêvaient en recours.

Pire, le scandale qui piège aujourd’hui François Fillon a étouffé celui qui menaçait la présidente du FN Marine Le Pen. Le Parlement européen réclame pourtant 340 000 euros au parti frontiste pour avoir salarié sur les fonds européens deux personnes ne travaillant manifestement pas au sein de l’institution comme assistants parlementaires. Forte d’intentions de vote toujours très élevées dans les sondages, encouragée par l’élection surprise de Donald Trump aux Etats-Unis et par le Brexit au Royaume Uni, Mme Le Pen s’est remise à croire en son élection le 6 mai.

L’Europe s’inquiète

Cette présidentielle française qui danse sur un volcan commence à inquiéter une grande partie de l’Europe. De l’autre côté de la Manche, les Britanniques ont du mal à comprendre que le candidat Fillon puisse se maintenir alors même que son honnêteté est mise en doute. « Fraud is business as usual in french politics » (« La fraude est une habitude dans la vie politique française »), affirme ainsi avec ironie le quotidien britannique The Independent.

Jusque-là, plusieurs journaux allemands désignaient François Fillon du surnom flatteur de « Herr Nüchtern » (« Monsieur Sobre »). Le 23 janvier, la photo de l’ancien premier ministre, dans le bureau de la chancelière Angela Merkel, à Berlin, avait fait le tour de la presse conservatrice allemande. « Filou Fillon ? », titre désormais la Frankfurter Allgemeine Zeitung après les révélations du Canard enchaîné.

Même l’Italie s’étonne : « La France est désormais un pays unique », écrit la correspondante à Paris de la Repubblica à propos de ces pratiques d’embauches familiales.

Benoît Hamon sera reçu lundi à Matignon, mais déjà on cherche du neuf. Du jamais expérimenté, de l’inédit, du surprenant, du radical.

Pour François Bayrou, qui publie mercredi Résolution française (ed. de l’Observatoire) la semaine médiatique sera chargée. Le journal de 20 heures sur TF1, mardi, la matinale de France Inter mercredi, « On n’est pas couché », l’émission de Laurent Ruquier, samedi, le « Grand jury RTL-Le Figaro-LCI », dimanche…

La ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud Belkacem, a en revanche annulé son interview, lundi matin sur RTL, tandis que son collègue des finances, Michel Sapin, décommandait la sienne sur France Inter. Le premier ministre, Bernard Cazeneuve, a enjoint samedi ses ministres à ne pas commenter le résultat de la primaire dans les médias : par prudence, le scénario de cette campagne aussi bizarre qu’imprévisible s’écrit au jour le jour.