mardi 28 février 2017

Port-Louis

Balade et déjeuner dans la capitale de l'ile après un voyage en bus de 2 h. Ces conducteurs de bus sont des héros ! Ils  se sortent de situations particulièrement délicates. La ville ne présente pas d'intérêt particulier mais le quartier autour du port est agréable et bien adapté aux touristes. Retour à La Gaulette en taxi en 1 heure, beaucoup plus confortable...

Blue penny museum à Port-Louis

Ce petit musée historique conserve deux timbres très rares ( dont le blue penny, le graveur y ayant inscrit par erreur post-office au lieu de post-paid ce  qui objectivement ne présente aucun intérêt) et toute une iconographie et des témoignages sur la ville de Port-Louis. Il célèbre aussi l'histoire de Paul et Virginie inspirée d'un drame ayant eu lieu sur cette ile. Le nu de Virginie est attribué  à  Courbet.

Capitalisme : un Etat actionnaire sans véritable stratégie 2/5

Enquête du Monde

Par Philippe Jacqué

La valeur du portefeuille de l’Etat a chuté de 54% en dix ans. La faute à une forte exposition dans le domaine de l’énergie. Mais aussi à la difficulté d’endosser la fonction de stratège.

C’est imminent. Dans une poignée de jours, PSA et General Motors doivent sceller leur accord. Le constructeur français mettra alors la main sur l’allemand Opel, propriété du groupe américain depuis 1929. Quel retournement de l’histoire pour PSA, au bord du gouffre en 2012, et quel succès pour l’Etat actionnaire !

Fin 2013, l’Etat avait accepté d’entrer au capital du constructeur aux côtés de la famille Peugeot et du constructeur chinois Dongfeng. Début 2014, il investissait 800 millions d’euros pour prendre 14 % du constructeur. Trois ans plus tard, cette participation vaut près de 2 milliards d’euros ! Si PSA parvient à ramener Opel dans le vert, l’Etat pourra accroître la valeur de sa participation. « C’est une très belle opération et une bonne illustration de notre politique industrielle », applaudit-on à l’Elysée.

En réalité, cette success story exceptionnelle cache d’énormes difficultés pour l’Etat actionnaire. Le bilan chiffré des dix dernières années est éloquent. Au 22 février, le portefeuille de l’Etat (14 participations cotées dont ADP, EDF, PSA, Renault, etc.) était valorisé à 57,8 milliards d’euros, son plus bas niveau historique. Il valait 148,5 milliards d’euros fin 2008 !

Série de déboires pour l’Etat actionnaire

Le portefeuille de l’Etat a beaucoup moins bien évolué que la Bourse dans son ensemble. Sa valeur a chuté de 54 % en dix ans, quand le CAC 40 a baissé de 12 %, selon la Cour des comptes. Côté résultats, même déroute. En 2007, les sociétés du portefeuille de l’Agence des participations de l’Etat (APE) dégageaient 13,9 milliards d’euros de bénéfice. En 2015, elles affichaient un déficit record de 10,1 milliards, en raison des déboires d’Areva, d’Engie et de la SNCF. Les comptes de l’Etat actionnaire pour 2016 s’annoncent a priori un peu meilleurs : Areva a réduit ses pertes, la SNCF est sortie du rouge, EDF et La Poste ont accru leurs profits…

La descente aux enfers de l’énergie, un secteur surreprésenté dans les participations publiques, a pesé lourd dans les difficultés passées. Les spécialistes comme Engie, fruit du rapprochement de Suez et GDF en 2007, EDF, Areva et CGG ont pris le bouillon ces dernières années avec la chute des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité.

Mais la conjoncture n’explique pas tout. Ces dix dernières années, nombre de projets ont tourné au fiasco, à l’image de la fusion en 2007 de la Compagnie générale de géophysique avec son rival américain Veritas. Sur le papier, le projet était superbe : faire de CGG le leader mondial des études sismiques pour la recherche de pétrole. Dix ans plus tard, l’entreprise, surendettée, négocie pour éviter la faillite. En Bourse, elle ne pèse plus que 1 % de ce qu’elle valait à son sommet, à l’automne 2007.

Areva, le fleuron français du nucléaire, n’a pas fait beaucoup mieux. Si la catastrophe de Fukushima, en 2011, a donné un sérieux coup de frein à l’atome, le groupe a accumulé les ratages. Ces dernières années, il a été « handicapé par une stratégie d’expansion aventureuse, des échecs et difficultés récurrents dans le secteur minier, et des défaillances dans le pilotage des grands projets [réacteurs EPR finlandais et français] ayant entraîné une forte dégradation de sa situation financière », écrit pudiquement la Cour des comptes. Des fraudes ont également été relevées dans une usine clé du groupe.

Jouer les pompiers

A présent, Areva se recentre sur le seul combustible et cède toutes ses autres activités. Pour affronter les échéances de dette, l’Etat et deux groupes japonais vont injecter jusqu’à 5 milliards d’euros. Alors qu’il n’a pas su contrôler la société, pourtant à 95 % publique, l’Etat doit jouer les pompiers pour tenter de sauvegarder une filière qu’il entend défendre encore et toujours.

Ce sauvetage souligne le rôle d’EDF, qui va racheter pour 2,5 milliards d’euros l’activité de réacteurs d’Areva et réunifier ainsi la filière. L’électricien français n’a cependant jamais paru aussi affaibli. En dix ans, sa valorisation a été divisée par dix et sa dette s’est creusée pour atteindre 37,4 milliards d’euros ! Pour moderniser ses centrales nucléaires, voler à la rescousse d’Areva, et lancer de nouveaux projets comme Hinkley Point au Royaume-Uni, EDF doit également lever 4 milliards d’euros fin mars. L’Etat apportera 3 milliards.

Le cas EDF illustre la difficulté de la puissance publique à se montrer un actionnaire cohérent et rationnel. Par définition, l’Etat poursuit des objectifs contradictoires. D’un côté, le gouvernement pousse l’entreprise à investir massivement. De l’autre, il souhaite que les tarifs n’augmentent pas trop. Le tout en ponctionnant année après année d’importants dividendes. Depuis 2015, ces dividendes sont versés en actions pour préserver la trésorerie du groupe. Cela suffira-t-il ?

Aucun observateur ne conteste que l’Etat puisse jouer un rôle de stratège. Ces dernières années, il a su consolider certains métiers avec le rapprochement de l’ex-Giat, Nexter, et de l’allemand KMW dans la défense, ou la création d’une filière de lanceurs spatiaux grâce à l’acquisition d’Arianespace par le duo Airbus-Safran. De même, les sauvetages de PSA et de quelques autres entreprises ont été salués.

Demandes contradictoires

Mais les gouvernements peinent à exprimer des stratégies claires pour les grandes entreprises en partie publiques. Entre les demandes contradictoires et la tentation de certains hauts fonctionnaires d’intervenir directement dans la gestion, l’Etat a souvent du mal à se positionner.

Ce qui va reposer la question de sa présence dans certaines sociétés. L’Etat ne devrait-il pas se concentrer sur quelques entreprises structurantes, qui seraient 100 % publiques comme la SNCF, La Poste, voire EDF, conserver quelques participations stratégiques (défense, nucléaire) et privatiser les autres ? C’est ce que suggère David Azéma, l’ex-patron de l’Agence des participations de l’Etat. Aujourd’hui, plaide-t-il, l’Etat dispose d’outils réglementaires, législatifs, voire simplement politiques puissants pour mener sa stratégie industrielle. Cela pourrait l’inciter à s’interroger sur le maintien de ses participations minoritaires au capital d’Orange, de CNP, de Safran, d’Air France, voire de Renault et bientôt PSA.

François Fillon s’est déclaré favorable à une « reprise des privatisations », appelant l’Etat à sortir de toutes les entreprises du secteur commercial « où il n’est pas absolument nécessaire ». Les autres candidats à la présidentielle sont restés plus discrets sur ce sujet loin de faire l’unanimité.

A suivre : « Les grandes familles résistent » (mercredi 1er mars) ; « Pourquoi le capitalisme français se renouvelle si peu ? » (jeudi 2 mars) ; « Les nouveaux contre-pouvoirs au sein des entreprises » (vendredi 3 mars).

Histoires de zetaoctets

Quand on pense que SFR me fait payer le mégaoctet 18 € à  Maurice...

Enquête

L’ADN, mémoire du futur ?

Par Denis Delbecq

D’une capacité colossale, quasiment indestructible et très économe en énergie, l’ADN synthétique pourrait répondre aux besoins croissants de stockage de données.

Quand elles apposaient leurs mains sur les parois de grottes pour peindre au pochoir, les populations de Maros-Pangkep (île de Sulawesi, Indonésie) n’imaginaient pas que des archéologues s’extasieraient quarante mille ans plus tard. Pas plus que les ­contemporains de Khéops n’auraient espéré que des parchemins décrivant la construction de la grande pyramide de Gizeh puissent être présentés au public, 4 500 ans plus tard.

Face à cette ­extraordinaire résistance des premiers témoignages de notre histoire, l’espérance de vie des supports de nos données, toujours plus dématérialisées, semble bien dérisoire : moins de dix ans pour les disques durs ou les mémoires flash ; quinze ans – peut-être trente – pour la bonne vieille bande magnétique. Que restera-t-il de ­notre héritage dans une poignée de générations ?

« Vers 300 avant J.-C., l’humanité produisait l’équivalent de 1 000 bits d’information par habitant, avance Victor Zhirnov, le directeur scientifique de Semiconductor Research Corporation, un organisme de prospective scientifique financé par l’industrie et le gouvernement américains. En l’an mille, le savoir représentait de l’ordre de 100 000 bits d’information par personne, et aujourd’hui, nous en sommes à environ 10 000 milliards de bits par humain. Nous allons rapidement avoir un problème de stockage ! »

En 2011, Martin Hilbert (université de Californie du Sud) et Priscila López (université ouverte de Catalogne) ont calculé que la planète avait produit un zettaoctet (Zo) de données en 2010, soit mille milliards de milliards de caractères – chacun étant codé sur huit bits. Ils ont prédit que nous en créerons entre 300 Zo et 700 000 Zo en 2040.

Se détourner du sable

Face aux difficultés croissantes ren­contrées par les fabricants de disques magnétiques et à l’incapacité des méthodes optiques à ­rivaliser en termes de densité, la voie logique pour répondre à une telle demande semble être la mémoire flash, à base de silicium, à l’instar des composants électroniques et des cellules solaires. Logique, mais loin d’être évidente.

Le silicium ne risque pas de manquer, puisque la silice – ou dioxyde de silicium – représente plus du quart de la masse de l’écorce terrestre. On l’extrait principalement du sable, avant de le raffiner pour obtenir des lingots purs à 99,9999999 %. Un processus particulièrement gourmand en électricité, qui requiert 2 000 kWh par kilogramme de silicium pur.

D’où la tendance grandissante à se détourner du sable pour exploiter des gisements de quartz de haute ­pureté – il n’en existe qu’une poignée –, qui permettent d’accélérer le processus de fabrication et de réduire les besoins en énergie.

« Martin ­Hilbert et Priscila López prédisent des besoins en silicium électronique, pour 2040, compris entre 50 millions et 100 milliards de tonnes, à comparer avec les 100 000 tonnes qu’espèrent atteindre les industriels à cette échéance », constate Victor Zhirnov. Le passage attendu de la 2D à la 3D pour la gravure des mémoires flash permettrait de ­diviser par dix les besoins.

Mais, traduite en électricité, la demande de silicium représenterait quand même l’équivalent de 400 fois la consommation électrique mondiale actuelle ! « Que se passera-t-il pour nos sociétés toujours plus dépendantes du stockage des données si nous ne trouvons pas une autre idée ? »

Stockage à cinq dimensions

A l’université de Southampton (Royaume-Uni), le groupe du physicien Peter Kazansky élabore un procédé innovant, avec la perspective de multiplier par cent à mille la capacité de stockage ­optique par rapport aux disques Blu-ray. L’inscription des données en volume dans un cristal de quartz avec un laser de forte puissance modifie localement les propriétés géométriques de la propagation de la lumière (biréfringence) et donne 2 degrés de liberté supplémentaires par rapport au seul volume.

Autrement dit, il s’agit d’un stockage à cinq dimensions. « Pour le ­moment, nous savons écrire 1 mégaoctet (Mo) par heure, c’est dix fois mieux qu’il y a un an, se réjouit Peter Kazansky. On vise 100 Mo par seconde. » Ce support aurait, selon lui, une durée de vie de plusieurs centaines de millions d’années…

« C’est une idée intéressante à court terme, relève Victor Zhirnov. Mais elle se heurte aux limites de l’optique. » En effet, le phénomène de diffraction limite la taille des informations optiques à des dimensions proches de la longueur d’onde de la lumière utilisée, qui est de 405 nanomètres pour le Blu-ray, à comparer aux 10 nanomètres des éléments gravés dans les puces électroniques.

Pour Victor Zhirnov, comme pour un nombre grandissant d’industriels, la solution à long terme est donc ailleurs, dans le stockage moléculaire suggéré dès 1959 par le Nobel de physique Richard Feynman. Le candidat semble tout trouvé : la molécule d’ADN.

L’ADN est un Lego formé de l’assemblage de quatre molécules, les bases ou oligonucléotides : l’adénine, la cytosine, la thymine et la guanine. En 1964, le physicien soviétique Mikhaïl Neiman avait suggéré qu’on utilise ces quatre « lettres », A, C, T et G, pour mimer les 0 et des 1 de nos ordinateurs.

Faute d’outils capables de séquencer (lire) et de synthétiser (écrire) l’ADN, l’idée est restée lettre morte jusqu’à l’apparition du premier séquenceur dans le laboratoire de Leroy Hood, au Caltech, en 1980. Suivi, sept ans plus tard, au même endroit, de la première machine à synthétiser l’ADN.

Ensuite, les choses n’ont pas traîné : la première expérience de codage d’informations non biologiques en ADN a été réalisée dès 1988. Aidé d’une biologiste de Harvard, l’artiste américain Joe Davis avait transcrit un petit dessin – l’équivalent de 35 bits – dans un fragment d’ADN inséré dans une bactérie vivante.

Puis, en 1994, le mathématicien Leonard Adleman (université de Californie du Sud) avait réalisé le premier ordinateur biologique de l’histoire, en utilisant des fragments d’ADN pour ­représenter les données d’un calcul simple.

Un livre répliqué à 70 milliards d’exemplaires

En 2010, le groupe de Craig Venter, de l’institut américain du même nom, a réalisé la première traduction directe en molécules biologiques d’un contenu informatique extrait d’une base de données : la synthèse d’un génome complet de bactérie introduit, ensuite, dans des organismes vivants. Un génome signé par une série de 7 920 bits d’informations non biologiques, dont les noms des chercheurs.

Puis, en 2012, une étape spectaculaire est franchie : George Church (Harvard) transcrit en ADN le contenu d’un livre qu’il vient de publier. Un fichier de 658 kilooctets ­dupliqué, en éprouvette, à 70 milliards d’exemplaires ! Quelques mois plus tard, Nature publie les résultats du groupe de Nick Goldman, de l’Institut européen de bio-informatique (EMBL-EBI), installé près de Cambridge (Royaume-Uni). Il a transcrit un ensemble de fichiers (texte, son, image et code informatique), pour un total de 739 Ko. Un résultat soumis aux pairs un mois avant celui de Harvard, mais publié cinq mois après, laissant la vedette à George Church.

Dans ces deux cas, l’ensemble des données doit être séquencé avant qu’on puisse accéder aux informations désirées. Inconvénient corrigé en juillet 2016, avec l’annonce d’un groupe ­piloté par Microsoft, dont le détail n’a pas encore été publié. Cette fois, pas moins de 200 Mo ont été encodés de manière séquentielle, pour permettre une sélection des informations avant ­séquençage. La bataille promet d’être belle !

Façonnée par des milliards d’années d’évolution, la molécule d’ADN semble cumuler tous les avantages : sa densité volumique de stockage est mille fois plus élevée que celle de la mémoire flash, et un million de fois plus que celle d’un disque dur. Dans l’hypothèse la plus folle, toutes les données produites par l’humanité en 2040 logeraient dans un seul kilogramme d’ADN ! Cette compacité s’accompagne d’une frugalité énergétique sans égale : il faut seulement 10-10 watts pour lire ou écrire 1 Go de données d’ADN. C’est dix millions de fois moins que les disques durs et les semi-conducteurs !

Une durée de vie qui dépasse l’entendement

Enfin, la durée de vie de ce support dépasse l’entendement, puisqu’on a pu décoder – partiellement – de l’ADN néandertalien vieux d’au moins 60 000 ans. Mieux, un enrobage de l’ADN avec du verre réalisé à froid pourrait porter la durée de conservation à plusieurs millions d’années, si l’on en croit les résultats obtenus en 2015 par Robert Grass, à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Sans compter que la pérennité des outils de lecture est assurée : il est raisonnable de penser que tant qu’il y aura des humains, il y aura des machines pour séquencer l’ADN !

Alors, l’ADN serait-il la solution miracle pour étancher notre soif d’informations ? Pas si sûr. « C’est un outil pour l’archivage de données auxquelles on accède peu souvent, il n’offrira probablement jamais la souplesse et la rapidité d’un disque dur ou d’une mémoire flash. Mais là où on stocke généralement deux ou trois exemplaires de nos données informatiques, l’ADN permet d’en produire des milliards de copies pour un prix quasi nul », prévient Nick Goldman.

« Si on parvenait à rendre les données accessibles en quelques heures, et sans intervention humaine, ce serait déjà extraordinaire », renchérit Karin Strauss, qui dirige l’équipe de Microsoft. Car le séquençage et la synthèse reposent sur des processus biochimiques qui exigent du temps et des manipulations.

Encore un million de fois trop cher

Pour la synthèse d’ADN, Microsoft a fait appel à Twist Bioscience, une start-up fondée et dirigée par la biochimiste Emily Leproust. Une opportunité nouvelle pour une activité conçue au départ pour la biologie fondamentale et la recherche médicale et pharmaceutique. « Pour l’expérience de Microsoft, nous avons synthétisé dix millions de brins d’ADN, résume la dirigeante, très avare de détails sur son procédé. Cela représente de longues heures de travail ! » Probablement beaucoup plus, selon Nick Goldman, qui collabore, lui aussi, avec la start-up américaine : « On peut estimer qu’il faut plusieurs heures pour écrire un seul mégaoctet de données. »

Achevé en 2003, le premier séquençage d’un ­génome humain avait représenté treize ans d’efforts et un budget de 3 milliards de dollars. Aujourd’hui, on décode un génome en vingt-quatre heures pour moins de 1 000 dollars. Les progrès ont été plus rapides encore que dans l’industrie électronique, régie depuis 1969 par la ­fameuse loi de Moore – un quadruplement des performances et une division par quatre des coûts tous les trois ans. « Aujourd’hui, le séquençage progresse suivant la loi de Moore, et la synthèse un peu plus rapidement. Les progrès seront donc très rapides », se réjouit Emily Leproust.

Mais pour devenir praticable, l’archivage par ADN devra encore multiplier ses performances par un facteur dix mille à cent mille. « Il faudra aussi faire un million de fois moins cher, prévient Karin Strauss. Mais il n’y a pas de raison de ne pas y parvenir. »« Sans compter que les prix baisseraient immédiatement s’il y avait plus d’acteurs sur le marché, car ils sont maintenus à un niveau artificiellement élevé », renchérit un spécialiste du secteur.

Des prototypes « d’ici à cinq ou dix ans » ?

Reste à savoir qui sera le premier client de cette technologie en devenir. « On peut penser à l’industrie du cinéma, pour préserver les films tournés en numérique », souligne Nick Goldman. Technicolor n’a-t-il pas entrepris, assez discrètement, de travailler sur l’ADN ? « On peut aussi penser aux entreprises minières et pétrolières, dont les mesures sur le sous-sol sont parfois conservées pendant des décennies, le temps que des gisements identifiés deviennent économiquement viables. Les banques aussi semblent intéressées, d’autant plus que la destruction de l’ADN se fait de manière irréversible et instantanée. »

Une garantie pour des données sensibles, tandis que les supports magnétiques, même effacés plusieurs fois, conservent encore des traces des informations stockées. Autant d’atouts qui devraient ­séduire, aussi, les agences de renseignement.

Ce n’est donc pas un hasard si l’« Intelligence Advanced Research Projects Activity » (IARPA) – le bras scientifique des agences américaines de renseignement – a financé l’an dernier le colloque scientifique privé sur le stockage sur ADN organisé par Victor Zhirnov au sein de SRC. « Notre conclusion, c’est qu’on pourrait voir apparaître des prototypes d’ici à cinq ou dix ans. »

Selon nos informations, les Etats-Unis s’apprêteraient à lancer une initiative pour accélérer la recherche et développement sur le stockage biomoléculaire, tandis que l’Europe reste bien discrète. Outre-Manche, Nick Goldman semble d’ailleurs avoir quelques difficultés à sécuriser des financements pour la start-up qu’il a décidé de créer.

« nous avons le choix entre un candidat qui est un type bien mais avec un programme dingue, ou un dingue avec un programme plutôt bien ! »

Ce reportage du Monde montre que les ministres de Hollande n'ont rien à voir avec la gauche


Le désarroi des ministres face à Hamon l’ancien frondeur et Macron « l’irrationnel »

Par Solenn de Royer, Bastien Bonnefous

La plupart des membres du gouvernement demeurent pour l’instant en retrait mais certains n’excluent pas de « voter utile » en soutenant Emmanuel Macron dès le premier tour.

L’Elysée, bureau des pleurs. Trois mois après sa renonciation, François Hollande est devenu le réceptacle des frustrations de ceux qui ne trouvent pas leur compte dans la campagne présidentielle. Il y a quelques jours à peine, un poids lourd du gouvernement a ainsi confié au chef de l’Etat son désarroi. Il lui a expliqué qu’il « aimait bien » Benoît Hamon, mais qu’il ne pouvait accepter ses orientations, trop à gauche.

Pour aussitôt ajouter qu’Emmanuel Macron avait un « bon programme », dans la droite ligne du quinquennat, mais que le leader d’En marche ! était trop « irrationnel », avec ses envolées « christiques ». En résumé, « nous avons le choix entre un candidat qui est un type bien mais avec un programme dingue, ou un dingue avec un programme plutôt bien ! » Et ce ministre, redevenant sérieux, de conclure : « C’est quand même assez atterrant, comme alternative. Qu’est-ce qu’on choisit ? »

A huit semaines du premier tour, les ministres du gouvernement Cazeneuve, qui restera comme le plus éphémère de la Ve République, ne savent plus à quel saint se vouer. « On est dans un temps d’observation », reconnaît la ministre de la santé, Marisol Touraine, qui ne cache pas sa « préoccupation » devant l’incertitude d’une élection inédite à bien des égards. « Au conseil des ministres, je regarde autour de la table, et je me demande qui est vraiment à l’aise dans cette campagne, qui peut dire avec certitude pour qui il votera… Sans doute, très peu », lance un autre ministre, qui avoue n’avoir « aucun candidat ».

La campagne de Hamon a déçu

Un mois après la défaite de l’ancien premier ministre Manuel Valls, que plusieurs d’entre eux avaient soutenu, la plupart des ministres restent à – grande – distance de la campagne de Benoît Hamon. Ainsi, les proches de François Hollande, Michel Sapin (économie), Jean-Yves Le Drian (défense) et Stéphane Le Foll (agriculture), font mine de soutenir – du bout des lèvres – le candidat du PS, mais se désolent en privé du cap choisi, à gauche toute. « Contrairement à mes vœux, plus il avance, moins il s’ouvre », soupire l’un d’eux, qui critique ces semaines passées à tenter de se rapprocher de l’écologiste Yannick Jadot ou de Jean-Luc Mélenchon.

Pour ces amis du président, déjà en train de s’effacer, l’ancien frondeur représente la négation du quinquennat pour lequel ils ont œuvré. Mais les hollandais ne sont pas les seuls, au sein du gouvernement, à se poser des questions sur la campagne de Benoît Hamon, dont le premier mois, « peu utile », a déçu. « Il aurait dû ouvrir, relativiser sa participation à la fronde, séduire les députés…, énumère un membre du gouvernement. Mais il s’est enfermé dans la politique politicienne. »

De son côté, Bernard Cazeneuve préfère combattre Marine Le Pen, plutôt que de s’investir plus avant derrière le candidat socialiste, à qui il avait demandé de défendre le bilan, ce que l’intéressé n’a pas fait. La semaine prochaine, le premier ministre a l’intention de se déployer sur les terres d’élection frontistes : il sera en Lorraine lundi, dans le Pas-de-Calais mardi et à Vitrolles mi-mars. A l’étude depuis sa victoire à la primaire, un déplacement commun avec Benoît Hamon n’est toujours pas programmé.

Pour l’instant, une seule plongée sur le terrain aux côtés d’un ministre – en l’occurrence Thierry Mandon (recherche et enseignement supérieur) – est prévue à l’agenda de M. Hamon. Les secrétaires d’Etat Matthias Fekl (commerce extérieur) et Axelle Lemaire (numérique) ont certes intégré la « gouvernance politique » de son équipe. Mme Lemaire a même annoncé, lundi, son départ du gouvernement pour se consacrer « pleinement » à sa nouvelle tâche, mais aussi à sa campagne pour les législatives.

D’autres ministres d’envergure comme Najat Vallaud-Belkacem (éducation nationale), Laurence Rossignol (familles), ou Emmanuelle Cosse (logement), ont assisté à la cérémonie d’investiture du candidat, le 5 février à la Mutualité, ou au premier « comité politique » de sa campagne, la semaine dernière à son QG. Mais en privé, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. « Ça ne vole pas très haut… », a ainsi glissé l’une d’elles à l’un de ses collègues, à l’issue du comité politique, où les frondeurs restent surreprésentés.

Les proches du candidat n’ont cure des critiques et des états d’âme ministériels. « Les électeurs de gauche n’attendent pas de savoir ce que pense Stéphane Le Foll pour se décider », raille un élu hamoniste, qui estime que « le débat sur la ligne a été tranché par la primaire. » Benoît Hamon lui-même souligne qu’il n’a pas l’intention de changer pour plaire au plus grand nombre au gouvernement. « Je veux garder mon côté décalé », explique le député des Yvelines. Et qu’importe, selon lui, si certains ministres socialistes finissent par le quitter pour rallier son rival Emmanuel Macron.

Macron ou le « narcissisme extrême »

Mais pour ces mécontents ou ces inquiets, le cas Macron, qui a contribué à « l’empêchement » de François Hollande, suscite lui aussi des réserves. Un ministre dénonce ainsi en privé « une campagne d’un narcissisme extrême » de la part de l’ancien patron de Bercy qui n’aurait que « son propre destin comme projet politique »« Macron, c’est ni droite ni gauche, mais moi je suis de gauche et pas de droite », maugrée le radical Jean-Michel Baylet (aménagement du territoire), qui évoque une « campagne étrange, à nulle autre pareille ».

La majorité gouvernementale reste donc, à ce stade, prudemment en retrait. « Ils attendent de voir où le vent va tourner », résume un conseiller. Mais certains ministres laissent déjà entendre qu’ils pourraient soutenir Emmanuel Macron s’il se révèle le mieux placé pour battre Marine Le Pen. « Qui peut être au deuxième tour pour empêcher un duel François Fillon-Marine Le Pen ? C’est ça la question, c’est celle que je me poserai », a prévenu M. Le Foll, dès le 21 février.

Un avis partagé par plusieurs ministres : « Une victoire de Le Pen est possible, avoue un poids lourd du gouvernement. La question sera donc de savoir qui incarne le vote utile à gauche : Hamon ou Macron ? » Un dilemme qui risque de se poser vite : pour ce ministre, « les trois prochaines semaines vont être décisives, soit Hamon redonne un élan à sa campagne et rattrape Macron, soit il reste enfermé dans son schéma et je ne vois pas comment il peut gagner ».

lundi 27 février 2017

L'ascension du Grand Morne

Protégé par l'Unesco comme site du patrimoine mondial de l'humanité en souvenir des esclaves qui s'y sont réfugiés , le Grand Morne est un des monts les plus élevés (555 m) de Maurice. A proximité de notre village, son ascension est une belle balade qui se termine par une véritable escalade déconseillée par le ministère de la culture local. Nous avons bravé cette interdiction mais sans oser aller jusqu'au sommet car cela devenait périlleux.

Sur le plan culturel et paysager, peu d'intérêt sauf le souvenir (retracé  ci dessous par wikipedia) de cette tragédie de l'esclavage à peine présente dans ce lieu.

Wikipedia
La reconnaissance du morne Brabant comme site mondial de l’humanité fut l’aboutissement d’une longue quête du parti politique Les Verts Fraternels. La nature multiethnique de la République de Maurice fait que les acquis d’un groupe socioculturel peuvent être interprétés comme de l’injustice par d’autres. Ainsi, bien que le projet d’inscrire le morne auprès de l’Unesco datait de bien avant celui de l’Aapravasi Ghat, ce dernier devint prioritaire et fut défendu brillamment par le gouvernement. Ce ne fut pas le cas du projet du morne qui fut rejeté par le comité du Patrimoine mondial de l’Unesco en janvier 2006, au grand désespoir des Créoles (descendants d’esclaves).

Les Vert Fraternels, qui se disent représentants de la communauté des Créoles, négocièrent le support gouvernemental, contre appui électoral, lors du dernier scrutin législatif. L’inscription du morne au patrimoine mondial a pris une dimension politique lors de la dernière ligne droite et fut appropriée par toute la classe politique lors de l’annonce du 6 juillet 2008.




La bataille des perdants

Une campagne électorale se juge autant aux combats que l'on mène qu'à ceux que l'on abandonne à la fatalité. Dans un monde où Donald Trump a été élu et où les Britanniques sont en passe de sortir de l'Union européenne, le Front national aurait dû être un sujet obsédant pour les candidats à la présidentielle française. Il n'en est rien. A 55 jours du premier tour, la candidate du FN, Marine Le Pen, est pourtant en position de force puisque tous les instituts de sondage la placent en tête du premier tour.

Le 21  avril 2002, la qualification de Jean-Marie Le Pen avait cueilli à froid l'ensemble des partis tétanisés par la colère et le désarroi d'une partie des électeurs. Ils avaient la circonstance atténuante de n'avoir rien vu venir. Quinze ans plus tard, la stabilité du FN est une donnée incontournable depuis des mois et c'est son élimination qui serait vue comme une heureuse surprise. En réalité, plus personne dans l'entourage des candidats ne croit à ce scénario. François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon ou encore Jean-Luc Mélenchon semblent avoir déjà admis comme inéluctable la présence du FN au second tour. Et chacun se recroqueville sur son socle électoral en rêvant de passer la barre du premier tour pour rassembler ensuite face à Marine Le Pen. De semaine en semaine, le fatalisme et la résignation s'infusent doucement dans cette campagne. Comme si les candidats se battaient surtout entre eux pour savoir dans quel sens aura lieu ce nouveau 21  avril.

C'est particulièrement sensible à droite. Vendredi 24  février, lors de son meeting à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), François Fillon a consacré huit lignes de son discours à Marine Le Pen. Ses critiques contre M. Macron ont occupé plus de deux pages et demi de son texte. Récemment, tous les ténors de la droite sont montés au créneau pour dénoncer les propos de l'ancien ministre sur la colonisation vue comme un " crime contre l'humanité ". Personne au contraire n'a critiqué le voyage de la candidate frontiste au Liban où le premier ministre, Saad Hariri, a pourtant mis en garde la frontiste de ne pas faire d'" amalgame entre islam et terrorisme ".

Une stratégie qui s'explique par le contexte de sa campagne affectée par les affaires. A la baisse dans les sondages depuis les premières révélations sur l'emploi d'assistante parlementaire de son épouse, le candidat de la droite ne rêve plus de la première place mais espère juste devancer le troisième. " Si notre élection se jouait au premier tour, Marine Le Pen serait élue ", souffle un dirigeant important du parti Les Républicains (LR).

Cette façon d'installer le match avec M. Macron tout en délaissant le FN commence à inquiéter. Lors d'une réunion au QG, jeudi 23  février, plusieurs élus, notamment Xavier Bertrand et Christian Estrosi, ont alerté François Fillon en lui demandant d'être plus offensif contre Marine Le Pen. Christian Estrosi, élu à la tête de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur face à la frontiste Marion Maréchal-Le Pen, a proposé de mettre en place un comité de riposte républicaine. Il serait composé d'experts et d'élus qui alimenteraient les militants en argumentaires sur le programme du FN, selon une note que Le Monde s'est procurée. " Globalement, dans cette campagne, on ne parle pas assez du FN, confie M. Estrosi. On considère comme un fait acquis que Marine Le Pen sera largement en tête au premier tour et défaite au second. Je dis attention. Mme Clinton était à 56-44 face à Donald Trump et elle a été battue avec le même score. "

" C'est une défaite morale complète "

François Fillon a acquiescé à la proposition de M. Estrosi. Mais, même si son entourage promet de davantage insister sur ce sujet dans les semaines à venir, la cible prioritaire restera M. Macron. " Avant, on était favori, et maintenant on se bat pour accéder au second tour. On essaie de sauver l'essentiel en ciblant prioritairement Macron car c'est notre principal adversaire pour le second tour ", avoue un conseiller. Un choix stratégique regretté par le juppéiste Edouard Philippe.

" La configuration qui consiste à surjouer l'opposition avec les autres candidats ne doit pas nous exonérer de critiques fortes contre Marine Le Pen, en soulignant tous les aspects catastrophiques de son projet ", met en garde le député (LR) de Seine-Maritime en appliquant ainsi à la lettre la doctrine de son mentor, Alain Juppé, qui a toujours appelé à " combattre " sans relâche " la démagogie " du FN. Selon ces élus de terrain, attendre l'entre-deux-tours pour s'attaquer au FN ferait courir le risque de le laisser prospérer jusqu'à l'Elysée.

S'il se targue d'être le seul rempart face au FN, Emmanuel Macron fait également preuve d'une étonnante pudeur vis-à-vis de Marine Le Pen. Bien sûr, l'ancien ministre pointe régulièrement du doigt le parti d'extrême droite. " Tout le monde s'est fait à l'idée que le FN serait au second tour, c'est une défaite morale et politique complète ", a-t-il encore affirmé, vendredi 24  février, lors d'une réunion publique devant quelque 500 sympathisants à Souillac. Le natif d'Amiens organise aussi régulièrement des déplacements sur les terres du FN, comme dans le 13e arrondissement de Marseille (Bouches-du-Rhône) le 17  novembre ou encore à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) le 13  janvier.

Au-delà de cette posture, l'ancien ministre ne fait en réalité jamais de critiques de fond sur le programme du FN. Lors de ses meetings, pas un mot sur le risque que ferait courir à la France une sortie de l'euro ou une fermeture de ses frontières. A chaque fois, il évoque Marine Le Pen de manière détournée. " Certains prétendent aujourd'hui parler au nom du peuple, mais ce ne sont que des ventriloques ", a-t-il lancé à Lyon le 4  février, ajoutant qu'" ils ne parlent pas pour le peuple, ils parlent pour eux-mêmes, de père en fille, de fille en nièce ".

En quête de crédibilité, l'objectif d'Emmanuel Macron est en fait surtout de se poser en alternative au FN. " Le Front national est aux portes du pouvoir. Il faut construire une forme de coalition " pour l'en empêcher, a-t-il expliqué vendredi 24  février sur RMC et BFM-TV. Comprendre : je suis le seul, avec mon mouvement " et de droite, et de gauche ", à pouvoir y arriver. En jouant avec cette idée, l'ancien ministre de l'économie acte lui aussi l'idée que Marine Le Pen sera son adversaire au second tour.

A gauche, les raisons de la résignation sont différentes. En  2012, Jean-Luc Mélenchon avait fait de la stratégie " front contre front " un point cardinal de sa stratégie, allant jusqu'à se mesurer à Marine Le Pen aux législatives à Hénin-Beaumont. Cinq ans plus tard, le candidat de La France insoumise a changé son fusil d'épaule. S'il continue d'en faire une cible privilégiée, il ne l'attaque plus aussi frontalement.

Son meeting du 5  février, organisé simultanément à Lyon et à Paris grâce à un hologramme, avait été pensé pour riposterau lancement de la campagne de la présidente du Front national qui réunissait également ses partisans dans la capitale des Gaules ce jour-là. Le candidat de La France insoumise avait attaqué fugacement Mme Le Pen pour " son communautarisme ethnique arrosé d'un fort sirop de clanisme familial ". Avant de dérouler un long argumentaire contre... Emmanuel Macron.

En revanche, jeudi 23  février, longuement interrogé lors de " L'Emission politique " sur France  2, M.  Mélenchon avait égrené ce qui le différenciait de sa collègue du Parlement européen. Mais ce partisan d'une laïcité ferme avait aussi pris la défense de la présidente du FN, qui avait refusé deux jours plus tôt de porter le voile à Beyrouth. Un refus " absolument " légitime, selon lui.

Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, soutien de Jean-Luc Mélenchon, juge durement l'atmosphère de cette campagne et l'ensemble des candidats. " A force d'être timide dans la réponse de gauche, on laisse de la place à Marine Le Pen. A force d'accepter comme une évidence le fait qu'elle soit au second tour, on en vient à ne plus mener la bataille politique et idéologique ", s'agace le sénateur de Paris qui publiera, le 9  mars, aux éditions de L'Atelier,L'imposture Le Pen, le danger Fillon : " Les candidats sont dans la concurrence pour savoir qui sera son challengeur. "

" «No pasaran», ça ne marche plus "

De son côté, le candidat socialiste Benoît Hamon ne cesse d'afficher sa détermination : " Il est temps de s'occuper de Marine Le Pen ", répète le vainqueur de la primaire à gauche en jugeant " irresponsables " ceux qui considèrent que leur victoire est assurée s'ils se retrouvent face à la présidente du Front national au second tour. Une attaque qui vise, sans les nommer, François Fillon comme Emmanuel Macron. " Moi, je n'esquive pas le sujet Le Pen ", poursuit-il.

M.  Hamon est volontaire. Mais le candidat du PS combat l'extrême droite avec les armes du passé. Jeudi 23  février, en meeting à Arras, dans le Pas-de-Calais, ce département de la région des Hauts-de-France où le PS a dû se saborder lors des élections régionales de 2015 pour éviter la victoire du FN, il s'en est pris longuement à Marine Le Pen.

En agitant le spectre d'un risque quasi-dictatorial en cas de victoire du FN dans deux mois. " Si Marine Le Pen gagne, qui prendra le pouvoir dans la haute administration ? Quels seront les juges nommés, les préfets ? Le pays sera mis en croix ", a-t-il expliqué. Benoît Hamon a notamment mis en garde les classes populaires qui sont tentées par le vote frontiste. " Je le dis aux ouvriers, aux fonctionnaires, aux employés : ne vous trompez pas de colère, ne lui donnez pas le pouvoir ! Vous lui donneriez le pouvoir par le vote, mais êtes-vous certains que vous pourriez le lui reprendre ? ", a-t-il déclaré.

Une stratégie du " tout sauf le FN " longtemps appliquée par les partis républicains. Sans véritable succès depuis plusieurs années. Dans l'entourage même de Benoît Hamon, ce choix divise. " Le coup de l'antifascisme, du «No pasaran», ça ne marche plus depuis longtemps ", estime un élu membre de l'équipe de Benoît Hamon qui préférerait que le candidat pointe les " conséquences cachées " du projet du FN. Un vaste programme alors qu'il reste à peine deux mois avant le premier tour...

Raphaëlle Besse Desmoulières, Bastien Bonnefous, Matthieu Goar, Alexandre Lemarié et Cédric Pietralunga

Marine menace les juges et les fonctionnaires

Le discours de Marine Le Pen se muscle à mesure que les affaires s'invitent dans sa campagne. En meeting au Zénith de Nantes, dimanche 26  février, la candidate du Front national à l'élection présidentielle a ciblé avec virulence un présumé " système " qui se serait " mis au service " d'Emmanuel Macron (En marche !) et lutterait " contre " sa propre candidature.

Pour contrer l'accumulation des affaires qui la touchent, dont les différents épisodes scandent l'actualité depuis plusieurs jours, la présidente du FN a attaqué comme rarement magistrats et journalistes dans le but de se faire passer pour une victime que l'on chercherait à bâillonner, à deux mois du scrutin.

" La justice est une autorité, pas un pouvoir ; les magistrats sont là pour appliquer la loi, pas pour l'inventer ou contrecarrer la volonté du peuple ", a notamment prévenu Mme Le Pen. Comprendre : le " peuple " aurait déjà choisi sa représentante, à rebours du " candidat des assurances " (François Fillon) et de celui " de la banque et des médias " (Emmanuel Macron).

Devant une salle chauffée à blanc, qui réunissait près de 3 000 personnes, la députée européenne a mis en garde contre un possible " gouvernement des juges ", mais elle s'est aussi montrée menaçante, entre les lignes, envers les " fonctionnaires ". " Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un personnel politique aux abois demande d'utiliser les pouvoirs d'Etat pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus ou des cabales d'Etat, de se garder de participer à de telles dérives, a prévenu Mme Le Pen. Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l'élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L'Etat que nous voulons sera patriote. "

La violence de la charge marque la tension qui s'empare de la campagne de la candidate d'extrême droite. Il faut dire que les affaires s'accumulent. Samedi, Le Monde a révélé qu'un de ses proches, Frédéric Chatillon, a été mis en examen, le 15  février, pour abus de bien social, dans le cadre de l'enquête menée par la justice sur le financement de différentes campagnes frontistes, menées en  2014 et en  2015.

" Instrumentalisation "

Sa chef de cabinet et amie personnelle, Catherine Griset, elle, a été mise en examen, mercredi 22  février, pour recel d'abus de confiance. Elle est soupçonnée de ne pas avoir réellement assuré son travail d'assistante accréditée de Mme Le Pen à Bruxelles, pour lequel elle était salariée. Dans cette affaire, la fille de Jean-Marie Le Pen a refusé de répondre aux questions de la police judiciaire, une ligne de conduite qu'elle entend conserver jusqu'aux élections législatives, en juin.

Dans un entretien à La Provence, Mme Le Pen a dénoncé une " instrumentalisation " de la justice à son encontre. Ce à quoi le garde des sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a répondu, dans les colonnes du Journal du dimanche. " Imaginer aujourd'hui que des instructions aient pu être ordonnées sur François Fillon ou Marine Le Pen est tout simplement absurde parce qu'illégal ", a assuré le ministre.

Dans l'esprit de la candidate frontiste, l'actualité judiciaire qui la frappe n'aurait pour but que de favoriser M.  Macron, qui s'impose dans les sondages comme son probable adversaire au second tour de la présidentielle. " Macron, dont Hollande aurait pu signer le programme, devient la possibilité pour ce système de se survivre, pour la caste au pouvoir aujourd'hui de se maintenir. Les puissances d'argent et médiatiques sont à son service ", a-t-elle lancé lors de son meeting à Nantes. Et de poursuivre en s'en prenant à plusieurs médias, ainsi qu'à leurs propriétaires. " Pierre Bergé, propriétaire du Monde, met son journal au service de Macron. Drahi et ses chaînes sont dévoués à sa candidature ", a-t-elle jugé, martelant que Le Monde serait " une arme de guerre contre la candidature qu' - elle - incarne ".

Plongée au coeur de la tourmente judiciaire, la candidate du FN cherche à cimenter une base électorale déjà solide, qui la considère comme vierge de l'exercice du pouvoir et des turpitudes de la classe politique. Ses supporteurs présents dans la salle, à Nantes, ne lui tenaient d'ailleurs pas rigueur des affaires qui la poursuivent. " Ils ont tous des affaires, malheureusement. Mais elle, ce n'est pas de l'enrichissement personnel qu'elle a fait ", soutient par exemple Joseph Elie, agriculteur à la retraite venu de Ploërmel (Morbihan).

Surtout, la présidente du FN défend des propositions - contre l'immigration, notamment - qui apparaissent comme prioritaires aux yeux de ses électeurs. " On peut raconter n'importe quoi, Marine, je lui resterai fidèle. Les affaires, ce sont des peccadilles, estime Jean-Michel Morin, ancien typographe originaire du Morbihan. Nous sommes face à un problème civilisationnel : l'Empire romain a chuté à cause des Barbares ; aujourd'hui, les barbares arrivent d'Afrique. " Dans son discours, la candidate frontiste a soutenu que " les Français n'en peuvent plus de l'immigration massive " et a attribué à M.  Macron la volonté d'" installer " une " autoroute migratoire (...) entre Alger et Paris ".

Olivier Faye

Analyse du Monde : Les dix ans qui ont ébranlé le capitalisme français 1/5

Par Denis Cosnard

En dix ans, le pays a perdu environ 45 % de sa « part de marché » dans le grand jeu capitaliste mondial.

Qui imagine le général de Gaulle siégeant au conseil d’un groupe du CAC 40 ? Nicolas Sarkozy, lui, va participer pour la première fois dans quelques semaines à celui d’AccorHotels, le champion français du secteur dont la gamme va d’Ibis à Sofitel. L’ancien chef de l’Etat a été coopté comme administrateur, le 21 février.

Ses prédécesseurs se contentaient du Conseil constitutionnel ? L’ancien hyper-président préfère œuvrer « au développement et au rayonnement international » de ce « fleuron français » dirigé par Sébastien Bazin, un de ses amis. Il lui ouvrira son carnet d’adresses… pour environ 60 000 euros par an. Mais « le rôle de Nicolas Sarkozy sera aussi de surveiller les actionnaires chinois et qataris », confie un de ses proches.

Depuis que l’ex-parrain du groupe, le fonds américain Colony, a vendu ses parts début février, le capital d’AccorHotels est plus éclaté que jamais. Et convoité. Le Qatar, qui en détient 10 %, est déjà au conseil. Le groupe chinois Jin Jiang, premier actionnaire avec 12 %, en est, lui, tenu à l’écart. En cas de grandes manœuvres, Nicolas Sarkozy, grand ami du Qatar, aura son mot à dire. Sa seule présence est déjà considérée par certains comme une « pilule empoisonnée » bloquant toute offre publique d’achat (OPA) chinoise…

La crise est passée par là

Bienvenue dans le capitalisme français du XXIe siècle ! Un capitalisme de plus en plus ouvert à tous les vents, et soumis aux pratiques anglo-saxonnes, comme celle d’intégrer d’anciens dirigeants politiques dans les conseils. Un capitalisme fragile, affaibli, aussi.

Près de dix années de crise sont passées par là. En 2007, la France affichait encore une certaine puissance économique. Et des ambitions fortes. En témoigne la création en fanfare de GDF-Suez, futur Engie, ou de CGG-Veritas, nouveau leader mondial des études sismiques pour la recherche de pétrole. Au printemps, l’indice CAC 40 crevait le plafond des 6 000 points, un record.

La crise des subprimes à partir de l’été 2007, la tempête financière qui a suivi, puis huit ans de quasi-stagnation économique ont eu raison de ces cocoricos.

Le capitalisme français n’est pas mort, loin de là. Accor, L’Oréal, Airbus, LVMH, Renault, Michelin, Valeo, Safran et bien d’autres : la crème des groupes tricolores sait profiter de la croissance là où elle se trouve, comme le montrent les solides résultats publiés depuis quelques semaines.

Mais dans le même temps, de grands noms français chancellent, à l’image d’Engie, qui a perdu les deux tiers de sa valeur en dix ans, de Vallourec, d’EDF, de CGG en pleine déroute, et plus encore d’Areva, dont la faillite a été évitée par l’intervention de l’Etat.

Fleurons et PME acquis par des étrangers

Plusieurs ex-fleurons ont également changé de bannière : Lafarge est devenu suisse, Alcatel finlandais, le Club Med chinois, Technip a fusionné avec l’américain FMC et transféré son siège au Royaume-Uni tandis que l’essentiel d’Alstom était avalé par General Electric.

De nombreuses start-up et sociétés de taille moyenne ont aussi été vendues à des étrangers, comme le transporteur Norbert Dentressangle, le fabricant d’objets connectés Withings ou le site de réservation de trains Captain Train. En 2016, environ 39 % des PME françaises qui ont changé de mains ont été acquises par des étrangers, un taux record, selon le baromètre CNCFA-Epsilon.

Aujourd’hui, les entreprises françaises réalisent toujours 50 % à 60 % de plus d’acquisitions hors des frontières que les groupes étrangers n’en concluent dans l’Hexagone. Mais il s’agit surtout d’opérations de petite ou de moyenne taille.

Les très grandes conquêtes tricolores, elles, se font rares, même si l’achat de l’italien Luxottica par Essilor montre que la flamme n’est pas éteinte. Or de leur côté, les géants étrangers n’hésitent plus à mettre la main sur des poids lourds français. Résultat : en montant investi, la situation s’est inversée.

Depuis 2014, les entreprises étrangères ont consacré 178 milliards d’euros à leurs emplettes en France, selon Mergermarket. Les sociétés tricolores n’ont dépensé, dans le même temps, que 133 milliards d’euros en acquisitions en dehors de l’Hexagone. La France est donc devenue avant tout une cible.

« Perte de compétitivité sans précédent »

Au total, un chiffre résume le déclin relatif du capitalisme bleu-blanc-rouge : 2,8 %. C’est le poids des groupes français dans la valeur de l’ensemble des entreprises cotées en Bourse dans le monde. Ce niveau n’a jamais été aussi bas. Au printemps 2007, il atteignait 5 %. En dix ans, la France a donc perdu environ 45 % de sa « part de marché » dans le grand jeu capitaliste.

De même, seuls vingt-deux groupes tricolores figurent aujourd’hui parmi les 500 premières capitalisations boursières mondiales, contre trente-deux il y a dix ans. « Oui, globalement, nos entreprises ont perdu du terrain par rapport au reste du monde », constate François Soulmagnon, directeur général de l’AFEP, le lobby des grands groupes privés français.

Une partie de ce recul est logique : de nouveaux pays comme la Chine se sont invités au grand banquet capitaliste, et les anciens convives ont dû faire de la place aux Alibaba, Petrochina, etc. A ce jeu, l’Italie a d’ailleurs perdu davantage que la France. Mais d’autres, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, ont mieux résisté. Dans ces pays, la valeur totale des sociétés cotées a retrouvé puis dépassé leur pic de 2007. Pas à Paris.

Et derrière la poignée de multinationales tricolores engrangeant les succès, la masse des entreprises qui dépendent davantage du marché hexagonal se trouve moins à la fête. En dix ans, des milliers de faillites ont emporté des pans entiers de l’industrie, et, hors biais statistique, le nombre des défaillances reste en 2016moitié plus élevé qu’avant la crise, selon Euler Hermes.

Les entreprises ont mis des années à retrouver leur rentabilité d’avant 2007. Globalement, le pays souffre d’une « perte de compétitivité sans précédent », illustrée par la chute de ses parts de marché à l’exportation, constatent les experts de COE-Rexecode, un institut proche du patronat.

Un actionnariat plus fragmenté

Cette baisse de tonus des entreprises se double d’un mouvement plus souterrain : leur actionnariat est de moins en moins français, et de plus en plus fragmenté. La part des investisseurs étrangers dans le capital des groupes du CAC 40 est passée de 36 % en 1999 à 45 % fin 2015, selon le dernier pointage de la Banque de France. Elle frôle les 30 % pour les autres sociétés cotées.

« C’est un des grands problèmes, on manque d’actionnaires français », analyse Loïc Dessaint, du cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest. L’Etat s’est désengagé. Les particuliers ont été échaudés par les crises boursières. Les contraintes réglementaires imposées aux banques et aux assurances leur interdisent de bloquer trop d’argent dans les entreprises. Quant aux fonds de pension, il y en a peu en France, et leur puissance de feu financière reste minime.

Résultat : le capitalisme français, longtemps structuré autour de grands actionnaires comme Axa ou la Société générale, manque d’armature, du moins lorsque l’Etat ou une famille ne joue pas un rôle pivot.

Finis les réseaux et les administrateurs croisés. « Le système français traditionnel s’est un peu disloqué », juge Olivia Flahault, d’OFG Recherche. A chaque entreprise son tour de table, souvent éparpillé entre une myriade d’investisseurs comme l’américain Blackrock, devenu le premier actionnaire de Total, Air Liquide, Unibail-Rodamco, Valeo, Schneider, etc. « Les actionnaires sont de plus en plus lointains, et connaissent moins les entreprises », regrette Loïc Dessaint. Et ils ne jouent plus le rôle d’épouvantail anti-OPA.

Perte d’influence

Accor n’est pas le seul exemple. Prenez son ex-filiale Edenred, l’inventeur du ticket-restaurant. Après son entrée en Bourse en 2010, la société avait pu s’appuyer sur deux actionnaires solides, présents à son conseil d’administration et impliqués dans sa stratégie : le fonds français Eurazeo et l’américain Colony. C’est fini.

Quatre ans après Eurazeo, Colony s’est retiré fin janvier. Le capital est désormais éclaté entre une multitude d’investisseurs sans attachement particulier. « Edenred est clairement opéable », constate un analyste de CM-CIC. Fragilisé par la crise au Brésil, peu valorisé en Bourse, le leader mondial « pourrait constituer une cible intéressante pour un concurrent ou un fonds. »

Perte d’influence des groupes français, effritement de leur capital : rien ne semble stopper cette double tendance, malgré les actions engagées par les pouvoirs publics.

Dernière en date, la création de fonds de pension « à la française », qui pourraient enfin stabiliser le capital des entreprises tricolores. La droite les réclamait depuis des années. La gauche au pouvoir va peut-être les faire naître.

Un projet d’ordonnance en ce sens est à l’étude au Conseil d’Etat. Michel Sapin, le ministre de l’économie et des finances, espère publier le texte avant de quitter Bercy. Le calendrier s’annonce serré. « Une fois l’élection présidentielle passée, je m’attends à une épidémie d’opérations sur des entreprises françaises, confie un financier. Ce sont des proies intéressantes, et pas très chères en Bourse. »


La veuve de Carpentras

La Bourse ? Elle " n'est pas faite pour la veuve de Carpentras qui passe un ordre tous les dix ans. " Gérard de La Martinière, alors directeur général de la Bourse de Paris, avait provoqué une fameuse polémique en  1989 avec cette formule tranchante. A l'époque, il s'agissait de justifier la hausse des tarifs des sociétés de Bourse. Vingt-huit ans plus tard, le message a été entendu : la " veuve de Carpentras " a bien quitté la Bourse, et avec elle la masse des actionnaires individuels dont elle constituait l'incarnation.


La France ne pratique plus le " capitalisme sans capitaux " longtemps décrit : les grands groupes se sont désendettés et disposent en moyenne de fonds propres assez robustes. En revanche, l'argent est désormais apporté avant tout par des investisseurs professionnels, et de moins en moins par les petits porteurs.


Seuls 3  millions de Français sont encore actionnaires directs d'entreprises cotées, selon la dernière estimation publiée en novembre  2016  par Kantar TNS pour l'Autorité des marchés financiers (AMF). Leur nombre a été divisé par deux en dix ans, et ne cesse de diminuer. " Si rien n'est fait, il risque bientôt de ne plus y en avoir du tout, ou presque ", s'alarme Caroline de La Marnierre, dont l'agence Capitalcom tente de réveiller cette flamme. Plusieurs organismes comme l'Association nationale des sociétés par actions (ANSA) tentent de mobiliser les candidats à la présidentielle pour qu'ils intègrent la relance de l'actionnariat dans leurs programmes.


L'actionnariat individuel avait gonflé dans les années 1980 et 1990 à la suite des vagues successives de privatisations touchant des entreprises aussi connues que Saint-Gobain, la Société générale, Renault, Gaz de France, etc. Entre 1982 et 2002, le nombre de petits porteurs était ainsi passé d'environ 1,7  million à 7  millions. Il s'est maintenu à plus de 6  millions jusqu'en  2009, grâce notamment au succès du plan d'épargne en actions (PEA) lancé en  1992 et au tonus du marché des actions : entre janvier  1992 et septembre  2000, les investisseurs ayant misé sur la Bourse ont obtenu un très confortable rendement annuel de 15,8  %, en dehors même des dividendes.


Investissements indirects


La faillite retentissante de Lehman Brothers, la crise de 2008-2009 et la chute du cours des actions qu'elle a entraînée ont changé la donne. A cela se sont ajoutés l'absence de nouvelle grande privatisation et l'alourdissement de la fiscalité du capital. " La France, par son niveau de taxation, dissuade les particuliers d'investir dans les entreprises ", juge l'ANSA. Résultat : les Français ont délaissé la Bourse. Seuls 6  % d'entre eux restent propriétaires d'actions en direct, contre près de 14  % en  2008, selon Kantar TNS.


Les ménages investissent aussi en Bourse de façon indirecte, au travers des véhicules collectifs comme les SICAV, les fonds communs de placement ou encore les contrats d'assurance-vie. Au total, les personnes physiques détiennent encore environ 11  % de la valeur des sociétés françaises cotées, selon les estimations de l'ANSA. Mais ce taux stagne depuis des années, et la situation n'a plus rien à voir avec celle des années 1980, où les particuliers pesaient pour 35  % du total.


Les grands groupes se sont adaptés à cette nouvelle donne. Quelques-uns continuent à miser sur les actionnaires individuels, considérés comme un socle stable qui met l'entreprise un peu à l'abri des tempêtes boursières et des OPA hostiles. C'est le cas d'Air Liquide et de ses 400 000 actionnaires, qui détiennent ensemble 36  % du capital. Mais la plupart préfèrent consacrer leurs efforts aux banques et aux fonds anglo-saxons devenus les premiers actionnaires des champions français de la cote.


S'ils s'écartent de la Bourse, les Français demeurent cependant prêts à placer de l'argent dans des sociétés. Mais en le confiant à des entreprises qui leur paraissent plus proches d'eux, et semblent avoir davantage besoin d'eux. C'est ce que montre l'explosion du financement participatif, le " crowdfunding " dans le jargon franglais : en France, les plates-formes de ce type comme KissKissBankBank ou Ulule ont collecté 234  millions d'euros en  2016, soit 40 % de plus que l'année précédente, selon KPMG. " C'est pourtant beaucoup plus opaque et risqué que d'investir en Bourse ! ", peste un défenseur de l'actionnariat classique.


L'épargne solidaire bénéficie également d'un essor impressionnant (+ 24  % en  2015, selon Finansol). Plus d'un million de Français ont déjà souscrit un produit de ce type, avec lequel tout ou partie du placement est investi dans des structures à caractère solidaire ou éthique. En  2017, la veuve de Carpentras souhaite donner du sens à son investissement.


De. C.

Entretien avec Patrick  Artus 

Directeur de la recherche et des études de la banque Natixis, Patrick Artus est aussi administrateur de Total et d'Ipsos.




Comment va le capitalisme français ?


Il est divisé entre deux types d'entreprises dont les situations sont très différentes. D'un côté, la multitude des entreprises, qui doit composer avec la faible croissance et les problèmes de compétitivité, notamment dans l'industrie. De l'autre, les groupes du CAC : des multinationales qui tirent les trois quarts de leurs profits de leurs activités à l'étranger et sont portées par la croissance de ces pays. Ce qui rend la France très atypique, c'est que ce petit Etat a réussi à créer un vivier important de multinationales, alors même que sa base d'actionnaires ne cesse de se réduire.




Que voulez-vous dire ?


De moins en moins d'investisseurs français misent sur les actions. Nous n'avons pratiquement pas de fonds de pension. Quant aux particuliers, la fiscalité les a découragés. En France, toutes taxes confondues, les dividendes sont imposés à 74  % pour ceux qui paient l'ISF - impôt de solidarité sur la fortune - . Contrairement à ce que beaucoup croient, notamment à gauche, la France taxe beaucoup plus les revenus du capital que ceux du travail. Et davantage les investissements à risque, dans les actions, que ceux dans l'immobilier ou les obligations. Sans doute est-ce une conséquence du fait que le capitalisme est mal vu. Le résultat, c'est que nous avons peu d'investisseurs en actions, qu'ils soient institutionnels ou individuels. La France devient en quelque sorte un pays capitaliste... sans capitalistes ! Ce sont les étrangers qui ont pris le relais, et cela va sans doute continuer.




La solution, est-ce la création de fonds de pension français ?


Il y a un débat sur ce point. Cela permettrait d'apporter des fonds propres aux entreprises et que les groupes tricolores restent davantage détenus par des capitaux français. En même temps, si demain les retraites dépendent de la Bourse, cela risque d'accentuer l'impact des crises boursières sur la consommation, donc sur l'économie.




Avec la fin des noyaux durs et la montée des investisseurs anglo-saxons, la France est-elle définitivement convertie au capitalisme financier ?


Dans les années 1980, le modèle dominant en France était celui du capitalisme étatique, ne serait-ce que par la sociologie des dirigeants des grandes entreprises qui venaient très souvent de l'appareil d'Etat. Puis elle est passée à un modèle financier anglo-saxon, dans lequel les décisions des entreprises sont prises principalement en fonction des intérêts des actionnaires. Ce modèle évidemment est très fort aujourd'hui. La moitié du capital des grands groupes cotés est aux mains d'investisseurs étrangers, essentiellement anglo-saxons. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Car un troisième modèle se développe en Europe continentale, notamment en France.




Lequel ?


Un capitalisme des " parties prenantes ". Les décisions des entreprises y tiennent davantage compte de l'environnement, des intérêts des salariés, des clients, des fournisseurs, des collectivités. Regardez les questions de climat. De nombreux groupes, comme Saint-Gobain, s'appliquent en interne un prix du carbone, alors que les Etats n'ont pas réussi à le mettre en place. De même, l'actionnariat des salariés et leur présence dans les conseils ont le vent en poupe.




Les Etats-Unis demeurent tout de même le modèle majeur, non ?


Le capitalisme américain s'est beaucoup développé parce qu'il disposait des ressources financières les plus importantes, les Etats-Unis ayant longtemps été le banquier du monde. Ce n'est plus le cas. Au lieu d'acheter des bons du Trésor, le monde les vend. Le capitalisme américain a connu son pic. Il n'est plus en expansion, mais se contracte. Aujourd'hui, c'est le capitalisme " étatique " qui est en essor, alimenté par les excès d'épargne de la Chine et des pays exportateurs de pétrole.




Cela a-t-il un impact sur la France ?


Bien sûr. Les groupes chinois investissent des milliards à l'étranger chaque année, en particulier en Europe, et leurs acquisitions sont toujours effectuées avec une arrière-pensée stra-tégique. Comme celle d'organiser toute une filière du tourisme, avec le Club Med et d'autres sociétés. Cela pose la question des limites à fixer par les Etats, comme on l'a vu lorsque l'Allemagne a bloqué l'achat d'un fabricant de machines-outils par une entreprise chinoise.




En France, en revanche, le capitalisme d'Etat semble mal en point...


L'Etat se retrouve face à d'énormes conflits d'intérêts. Les cas d'EDF ou d'Engie le montrent : impossible d'être à la fois actionnaire et régulateur, surtout avec une société cotée. De vouloir simultanément toucher de gros dividendes et plafonner les prix de vente. Quant à avoir 15  % ou 18  % d'une entreprise, cela n'a guère de sens. L'Etat devrait reprendre le contrôle complet des sociétés vraiment stratégiques et vendre le reste.


Propos recueillis par De. C.



dimanche 26 février 2017

La collection Kaplan en ligne !

Dans le cadre de sa saison dédiée au Siècle d’or hollandais, le musée du Louvre présente une sélection des principaux chefs-d'oeuvre des peintres du 17e siècle hollandais, issue de la collection de Thomas Kaplan et son épouse Daphné Recanati Kaplan. Rassemblée pour la première fois dans un grand musée international, cette sélection met à l’honneur la plus importante collection d’oeuvres de Rembrandt aujourd’hui en mains privées. Le public découvrira ainsi une trentaine de peintures et de dessins des plus grands peintres du Siècle d’or originaires de la région de Leyde (Leiden aux Pays-Bas), au premier rang desquels dix oeuvres de Rembrandt et une onzième, récemment attribuée.

Parmi les peintures de Rembrandt rassemblées en son sein, la Leiden Collection possède en particulier la Minerve, un grand format spectaculaire, issu d’une série représentant des femmes fortes et des déesses de la mythologie. La sélection présentée au Louvre compte aussi des tableaux de « rembranesques » et met en lumière les « peintres fins » de Leyde qui constituent le coeur de cette collection. L’ensemble est ainsi composé de peintures de très grande qualité réalisées par les plus grands peintres (Jan Steen, Jan Lievens, Frans van Mieris, Gerard Dou) et illustre les spécialités de l’art hollandais. L’accrochage thématique permet de montrer qu’un seul et même artiste peut pratiquer différents genres et entend également rappeler que la peinture hollandaise s’appuie sur un répertoire mêlé pratiquant tous les modes, du satirique au solennel.

A l’occasion de cette exposition, sera officiellement donné par Thomas Kaplan et Daphné Recanati Kaplan au musée du Louvre le grand format Eliezer et Rebecca au puits, peint par Ferdinand Bol (1616-1680), un des plus brillants élèves de Rembrandt. Acquise par les Kaplan en 2009, l’oeuvre est prêtée par le collectionneur dans les galeries hollandaises du Louvre depuis 2010.

Après l’exposition Chefs-d’oeuvre de la collection Leiden, le siècle de Rembrandt, une soixantaine de chefs-d’oeuvre de la collection sera présentée au Long Museum de Shanghai et au musée national de Pékin en 2017 et 2018 puis au Louvre Abu Dhabi avant de retourner en Europe puis en Amérique.

Dans le cadre d’un projet scientifique mené sous la direction d’Arthur K. Wheelock Jr., conservateur à la National Gallery of Art à Washington, Thomas et Daphne Kaplan ont souhaité rendre leur collection accessible aux chercheurs et aux passionnés par le biais d’un catalogue en ligne, consultable à partir du 23 janvier 2017 sur www.theleidencollection.com.