mardi 8 août 2017

Budget 2018 : les trois défis d’Emmanuel Macron

Analyse

Par Audrey Tonnelier

Analyse. En matière d’économie, le gouvernement va devoir faire un exercice d’équilibriste.

En matière oratoire, Emmanuel Macron est un adepte de la dialectique. Un penchant immortalisé jusqu’à la raillerie par sa formule désormais célèbre : « et en même temps ». Trois mois après le début du quinquennat, c’est paradoxalement sur l’un des sujets les plus arides, le budget, que le gouvernement va devoir démontrer sa capacité de synthèse.

La désastreuse séquence de la baisse des aides personnalisées au logement (APL) l’a montré : même si aucun troisième tour social n’a marqué le début de quinquennat, à la faveur de l’été et d’un calendrier parlementaire bouclé au pas de charge, M. Macron a encore tout à prouver sur le terrain économique. Il est toutefois urgent de décliner, concrètement, les promesses qui ont sous-tendu la campagne de l’ancien locataire de Bercy : recréer de l’emploi, relancer l’ascenseur social, bref, rénover l’économie tricolore au profit du plus grand nombre.

Parce qu’il traduira les ambitions et les possibles contradictions du programme du président, le projet de budget 2018 présenté fin septembre puis les débats parlementaires qui suivront façonneront le profil de son quinquennat. « Le projet de loi de finances va être le moment de vérité », glisse-t-on au sein de la majorité.

« En même temps »

Pour l’heure, les sceptiques, à droite comme à gauche, ont eu beau jeu de dénoncer les revirements et les coupes claires dont a usé l’exécutif pour tenir son objectif de 3 % de déficit public en 2017. Autant de coups de rabot – en langage macronien, on parle désormais de « refroidissement de crédits » – qui rappellent furieusement l’« ancien monde » décrié par le chef de l’Etat et sa jeune garde. Et rendent d’autant plus périlleux l’exercice d’équilibriste que s’est fixé le gouvernement pour 2018 : atteindre un déficit public de 2,7 %, tout en baissant les impôts de plus de 10 milliards d’euros.

Le défi est triple. D’abord, donner des gages à ceux qui dénoncent une politique « ni de gauche ni de gauche ». La suppression des cotisations chômage et maladie compensée par une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) et plus encore l’exonération de taxe d’habitation pour 80 % des Français ont été imaginées à cette fin.

Mais, « en même temps », certaines mesures du programme de M. Macron favoriseront nettement les plus riches : ainsi de la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et de la flat tax (prélèvement forfaitaire unique) de 30 % sur les revenus de l’épargne.

Quant aux hausses du prix du tabac et de la fiscalité écologique, elles vont toucher de plein fouet les Français les plus modestes. En effet, la consommation de tabac est inversement proportionnelle au niveau de vie, et les foyers les moins aisés sont les plus susceptibles de ne pouvoir se passer d’un véhicule, souvent ancien.

Le risque d’accroître encore les inégalités

Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un think tank classé à gauche, près de la moitié (46 %) des gains des mesures fiscales à destination des ménages profiteront aux 10 % de Français les plus aisés. « S’il concentre les gains fiscaux tout en réduisant trop fortement les dépenses publiques, le gouvernement risque d’accroître encore les inégalités », pointe Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

LA DÉSASTREUSE SÉQUENCE DE LA BAISSE DES APL L’A MONTRÉ, LE PRÉSIDENT A ENCORE TOUT À PROUVER SUR LE TERRAIN ÉCONOMIQUE

Pour le gouvernement, l’objectif de regonfler le pouvoir d’achat et de « faire en sorte que le travail paie » va de pair avec la volonté d’encourager« l’investissement productif » et de doper la compétitivité des entreprises. Encore faut-il être capable de l’expliquer aux Français.

Ce travail de pédagogie a cruellement manqué ces dernières semaines. A cette fin, l’Elysée a recadré ses troupes la semaine dernière. « Nous devons parler de budget sans parler de chiffres. Evaluer les dépenses publiques doit être un outil pour réaliser les réformes », indique Amélie de Montchalin, porte-parole des députés La République en marche (LRM) à la commission des finances de l’Assemblée nationale. « Il faut revenir au projet du président. Le budgétaire ne doit pas être l’alpha et l’oméga de notre programme économique », appuie une source proche du gouvernement.

Là encore, la marge de manœuvre est étroite. Dans le budget 2018, la défense et l’enseignement supérieur devraient être les mieux lotis, au détriment des politiques du logement ou de l’emploi.« Ce sera un budget de “re-priorisation”, on va déplacer des milliards. Il faudra être capable d’expliquer de manière crédible nos objectifs », concède Mme de Montchalin.

Quid des promesses?

Ce qui conduit au second défi pour l’exécutif : le calendrier des réformes. Le coût des mesures immédiates semble (relativement) cadré, mais quid des promesses seulement esquissées, comme l’élargissement de l’assurance-chômage aux démissionnaires et aux indépendants ? Ou du grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros, pour l’heure uniquement financé par la perspective de 10 milliards d’hypothétiques cessions de participations de l’Etat ?

Le gouvernement entend se fixer dès ce premier budget une feuille de route pour les cinq ans à venir : il va devoir apporter rapidement des réponses.

Restera, enfin, à relever le troisième défi. Celui des réformes dites structurelles (logement, formation professionnelle, retraites…), seules à même, dans l’esprit de l’exécutif, de permettre une gestion budgétaire assainie. Là encore, cela ne pourra se faire qu’en expliquant le sens des réformes proposées.

Dans un pays où le consentement à l’impôt fait toujours débat, quel que soit le niveau de revenu, et où les « acquis sociaux » demeurent centraux, le sujet est loin d’être uniquement technique. Il en va de la crédibilité du gouvernement.

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