samedi 12 août 2017

Ce que l’on sait sur les événements de Charlottesville

Au moins une personne a été tuée par le véhicule qui a foncé, samedi, sur des opposants à un rassemblement de l’extrême droite dans la ville de Virginie.

Un rassemblement controversé de groupuscules de l’extrême droite américaine, samedi 12 août, à Charlottesville en Virginie, a viré au drame : une voiture a foncé sur des contre-manifestants antiracistes, faisant au moins un mort et des dizaines de blessés. L’état d’urgence a été décrété.

Les faits

Une véhicule a foncé sur des militants antiracistes qui entendaient protester contre la tenue à Charlottesville d’un rassemblement de groupuscules de la droite radicale et identitaire américaine. Une personne – une femme de 32 ans – a été tuée et 35 autres ont été blessées, ont annoncé les autorités de la ville« J’ai le cœur brisé qu’une vie ait été perdue ici »a déclaré le maire démocrate Mike Signe sur Twitter.

Des ambulances ont évacué des personnes touchées notamment aux jambes. Des victimes étaient immobilisées sur des civières. Le conducteur, originaire de l’Ohio, a été inculpé de meurtre, de blessures et de délit de fuite, selon la chaîne de télévision CNN. Trois autres hommes ont été arrêtés. Le FBI a ouvert une enquête a annoncé la division de Richmond (Virginie) de la police fédérale américaine.

Dans une vidéo amateur diffusée sur les réseaux sociaux, on voit une voiture de couleur sombre percuter violemment un autre véhicule, puis repartir vivement en marche arrière, au milieu des manifestants.

Quelques heures plus tard, un hélicoptère des forces de l’ordre s’est écrasé près de la ville, tuant ses deux passagers. La police a rapporté que ce crash était lié aux manifestations, sans plus de précisions. L’aviation fédérale a confirmé qu’un hélicoptère Bell 407 avec deux personnes à son bord avait eu un accident, samedi, à 11 kilomètres au sud-ouest de Charlottesville. On en ignore pour le moment la cause, une enquête va être ouverte.

Plus tôt dans la journée, de violents heurts avaient éclaté entre les militants d’extrême droite et leurs opposants, donnant lieu à des rixes, des jets de projectiles, des échanges de coups de bâton. Face à ces premiers incidents, la police en tenue anti-émeute avait décidé dans l’après-midi d’interdire la manifestation prévue et procédé à l’évacuation du parc public où elle se tenait. Les forces de l’ordre ont procédé à un nombre inconnu d’interpellations.

Le gouverneur démocrate de Virginie, Terry McAuliffe, a déclaré l’état d’urgence et il a ordonné la dispersion de la manifestation dont il a condamné explicitement les participants. Dans la soirée, le conseil municipal a voté l’instauration d’un couvre-feu par la police.

Des craintes de débordements plus graves étaient avivées par la présence d’armes portées ouvertement par les manifestants, ainsi que le permet la loi dans cet Etat. Des membres de milices d’extrême droite s’étaient aussi positionnés en tenue paramilitaire, fusil semi-automatique en bandoulière, non loin des forces de l’ordre très sollicitées.

Les réactions

« Nous condamnons dans les termes les plus forts ces démonstrations flagrantes de haine, de bigoterie et de violence de tous les côtés, de nombreux côtés », a déclaré le président Donald Trump lors d’une conférence de presse, ignorant toutefois les questions des journalistes lui demandant s’il dénonçait l’idéologie nationaliste et si l’épisode représentait un attentat.

Le ministre américain de la Justice Jeff Sessions a déclaré « quand de telles actions sont suscitées par l’intolérance raciale et la haine, elles trahissent nos valeurs fondamentales et ne peuvent être tolérées ». Il a estimé que les violences « atteignent le cœur du droit et de la justice américaine ».

Plusieurs responsables républicains ont déploré son absence de condamnation officielle des mouvements suprémacistes blancs. « Les suprémacistes blancs et leur sectarisme ne représentent pas notre grand pays. Les Américains devraient condamner cette haine », a réagi l’ancien gouverneur de Floride et ancien candidat à la primaire républicaine Jeb Bush.

Le sénateur du Colorado Cory Gardner, qui préside la campagne républicaine en vue des élections sénatoriales, a appelé Donald Trump à utiliser des termes plus exacts : « M. le président, nous devons appeler le mal par son nom. Il s’agissait de suprémacistes blancs et de terrorisme intérieur. »

Le sénateur de Floride Marco Rubio, ex-adversaire du milliardaire pour l’investiture du « Grand Old Party » (GOP) a renchéri : « Il est très important pour le pays d’entendre [le président] décrire les événements de Charlottesville pour ce qu’ils sont : une attaque terroriste par des suprémacistes blancs. » Et le sénateur conservateur de l’Ohio Rob Portman d’ajouter : « la tragédie de Charlottesville cet après-midi était du terrorisme intérieur (…) Nous devons tous condamner la haine et le nationalisme blanc. »

Le gouverneur démocrate de Virginie a, lui, lancé « nous sommes plus forts que vous » aux suprémacistes blancs lors d’une allocution télévisée.

Dans plusieurs messages Twitter, Donald Trump a présenté ses condoléances aux familles des victimes et ses « meilleures salutations » aux blessés.

Pourquoi Charlottesville ?

Les groupes de la droite radicale et identitaire américaine présents, dont le Ku Klux Klan et des néonazis, entendaient dénoncer de façon unitaire le projet de la ville de déboulonner dans un jardin municipal la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavagisme.

Le gouverneur de Virginie avait appelé, vendredi, les habitants à éviter de se rendre à ce rassemblement, baptisé « Unite the Right », pour lequel un détachement de la Garde nationale de l’Etat avait été mis en alerte. « De nombreuses personnes attendues à Charlottesville veulent exprimer des idées considérées par beaucoup de gens, y compris moi-même, comme abjectes. Tant qu’ils le font pacifiquement, c’est leur droit », avait-il souligné.

Le 8 juillet, quelques dizaines de membres du Ku Klux Klan s’étaient déjà rassemblésdans cette ville paisible et pittoresque, très largement surpassés en nombre par les manifestants antiracistes. Mais les images de ces extrémistes en robe traditionnelle avaient été diffusées dans le monde entier.

Cette fois-ci, la droite nationaliste espérait attirer nettement plus de partisans, grâce à la présence de différents responsables de la mouvance Alt-Right, qui avait soutenu Donald Trump pendant sa campagne. Les experts doutent toutefois d’un véritable rapprochement entre ces différents groupes très disparates.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire