vendredi 11 août 2017

Immigration clandestine

Cela dit lorsque des migrants érythréens débarquent d'un bateau par dizaines sur une plage espagnole, on peut s'interroger...

Tribune

« Cédric Herrou a été condamné pour la visibilité de ses idées plus que l’illégalité de son action »

Par Manuel Cervera-Marzal, sociologue à la Casa de la Velàzquez

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Manuel Cervera-Marzal plaide la cause de l’agriculteur des Alpes-Maritimes qui est venu en aide aux migrants.

Dans le conflit qui oppose Cédric Herrou à l’Etat français, ce qui gêne le second n’est pas que le premier apporte son aide à des migrants. Des milliers d’autres citoyens en font de même au quotidien sans être inquiétés par la justice.

Avec ses derniers outils législatifs et avec ses technologies de pointe, l’Etat pourrait vite identifier, surveiller puis sanctionner les coupables. S’il ne fait rien contre eux, c’est par manque de volonté et non par manque de moyens. Car, au fond, l’Etat tolère que ses citoyens apportent un peu de vivres et de réconfort aux migrants. Droits de l’homme obligent.

Ce que l’Etat ne saurait tolérer, en revanche, c’est que cette solidarité se fasse au grand jour, que ceux qui aident les migrants l’assument publiquement, qu’ils exhortent leurs concitoyens à en faire de même. A cet instant, l’Etat est attaqué dans sa prérogative : celle de définir la réalité, de dire ce qu’il en est de ce qui est.

C’est à lui de dire qui sont les migrants et comment les traiter. Si l’Etat dit que le migrant est un potentiel terroriste, le citoyen n’a pas le droit de crier à l’amalgame entre immigration, islam et attentats. Si l’Etat dit qu’il faut distinguer les exilés politiques des exilés économiques, le citoyen doit accepter cette catégorisation. Si l’État dit que les migrants prennent le travail des Français et vident les caisses publiques, il faut opiner.

Un récit qui fait vaciller le discours officiel

Cédric Herrou n’est pas harcelé – six perquisitions en moins d’un an, auxquelles s’ajoutent plusieurs procès et interpellations – parce qu’il fait autre chose que ce que l’Etat dit de faire mais parce qu’il présente les choses autrement que la façon dont l’Etat les présente. Son récit fait vaciller le discours officiel.

Oui, les migrants sont une richesse pour la France, une richesse humaine, due à la diversité culturelle qu’ils amènent avec eux, mais aussi une richesse économique, eux qui cotisent à la retraite et la Sécurité sociale sans pouvoir faire valoir leurs droits, eux qui nettoient nos bureaux, construisent nos immeubles, gardent nos magasins et nourrissent nos enfants.

Oui, les migrants sont des personnes humaines à accueillir et non des déchets à trier. Oui, les migrants sont des médecins, des enseignants, des entrepreneurs et des diplômés que l’on gagnerait à traiter comme des cerveaux utiles plutôt que comme des corps indésirables. Oui, l’Etat français est en contradiction avec sa propre législation lorsqu’il expulse des mineurs isolés et lorsqu’il empêche les migrants de déposer leur demande d’asile.

C’est parce que l’Etat ne remplit pas les obligations qu’il s’est lui-même fixées que des citoyens le font à sa place. Ils entrent dans l’illégalité parce que l’Etat s’est mis dans l’illégalité en refusant son assistance à des humains en détresse. Cédric Herrou décrit cette incurie à tous les journalistes qui lui tendent un micro.

Logique contre-productive

C’est cette description, plus encore que le camp d’accueil qu’il a installé chez lui, qui est insupportable à l’Etat. C’est son nom en « une » du New York Times, c’est le film qu’un cinéaste veut lui consacrer, c’est son titre d’Azuréen de l’année décerné par les lecteurs de Nice-Matin.

Cédric Herrou a été condamné pour la visibilité de ses idées plus que pour l’illégalité de son action. Les deux éléments sont étroitement liés mais, pour comprendre ce qui se joue de fondamental dans cette affaire, il faut voir que Cédric Herrou met à mal l’autorité de l’Etat en discréditant sa parole plus qu’en enfreignant sa loi. L’avalanche judiciaro-policière qui frappe le paysan vise à le bâillonner.

Là réside d’ailleurs l’erreur stratégique de l’Etat qui, en s’acharnant sur son adversaire, apporte de l’eau à son moulin. Cédric Herrou est d’autant plus écouté qu’on veut le faire taire. Chaque nouvelle convocation au tribunal lui fournit une tribune médiatique habilement exploitée.

Cette logique contre-productive était à l’œuvre avec José Bové il y a quinze ans. Que l’Etat n’en ait tiré aucune leçon indique à quel niveau d’intelligence politique il se situe. Au grand soulagement des défenseurs de l’environnement et des migrants.

La situation des migrants à la porte de La Chapelle s'aggrave  (LIBÉRATION) 

Un mois après l’évacuation du campement de la Porte de la Chapelle, des dizaines de tentes sont à nouveau visibles sous les ponts de ce quartier du nord de Paris. Installés au bord du périph, sur le terre-plein central et sur le chantier de la ligne de tram, les réfugiés tentent de trouver le sommeil. Une odeur d’urine imprègne l’air et des déchets jonchent le sol. La fumée, la pollution et la poussière rendent l’air difficilement respirable.

Ce bidonville en plein Paris s’est constitué au fil du temps autour d’un centre d’hébergement ouvert en novembre et censé accueillir les demandeurs d’asile arrivant pour la première fois dans la capitale. Il était prévu qu’ils restent deux semaines maximum avant d’être redirigés vers d’autres structures. En théorie. Car il n’y a pas suffisamment de places ailleurs pour que cette rotation soit possible. Avec seulement 400 places, le centre s’est vite avéré sous-dimensionné. 90 entrées pour 50 sorties ces derniers jours.

A l’extérieur, plusieurs campements informels se sont donc formés. Le 7 juillet, près de 2 800 migrants, dont beaucoup de réfugiés venant du Soudan et d’Afghanistan, ont été évacués vers des gymnases de la région parisienne. Un mois plus tard, les associations estiment qu’entre 800 et 1 000 personnes dorment à la rue : de plus en plus de couples avec de jeunes enfants et de nombreux mineurs isolés. L’épidémie de gale est toujours présente et les réfugiés n’ont pas les moyens d’acheter des médicaments pour se soigner. «La situation va conduire à une nouvelle évacuation. Ce ne sera que la 35e dans la capitale en deux ans»,affirme, dépité, Pierre Henry, le directeur général de France terre d’asile.

Sur les barrières et sur les bouches d’aération du métro, les migrants tentent de faire sécher leurs affaires. Derrière des poubelles, un homme nu se lave tandis que d’autres se brossent les dents en slalomant entre les voitures. Après avoir bataillé pendant sept mois pour l’installation de toilettes et de points d’accès à l’eau potable, l’association Utopia56 a finalement eu gain de cause : la mairie de Paris a accepté de mettre à disposition des sanitaires et des fontaines. Mais les cinq toilettes, deux fontaines et la dizaine d’urinoirs restent largement insuffisants.

Chaque matin, les mêmes scènes de désespoir se répètent. Plusieurs centaines de jeunes hommes font la queue pour obtenir un petit-déjeuner, la mine fatiguée et le visage amaigri. L’effervescence est visible car la nourriture est rare. C’est un collectif d’habitants, le comité Solidarité migrants Wilson, qui offre ce repas. Les Restos du cœur et le Secours populaire leur prêtent bien main-forte, mais c’est insuffisant : les bénévoles mettent de leur poche pour payer petits gâteaux et café. La mairie a accepté de mettre un local à disposition pour stocker les aliments. «Ils ont compris que s’ils ne nous soutenaient pas, des gens allaient mourir de faim», explique la responsable logistique. Une question reste en suspens : le centre de la Porte de la Chapelle étant censé fermer ses portes en mars, qu’adviendra-t-il des réfugiés ?

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