lundi 7 août 2017

La question du tri des migrants

Migrants : la politique africaine de Macron

Par Maryline Baumard

Afin de couper la route migratoire avant la Libye, le président français veut mettre en place un corridor humanitaire. Encore faut-il que celui-ci présente une véritable alternative pour les candidats au départ.

Est-on en train d’externaliser un peu plus la demande d’asile hors d’Europe, ou d’inventer une véritable solution à l’hécatombe en Méditerranée ? Avec les grandes manœuvres dont rêve Emmanuel Macron à l’entrée sud du vieux continent, cette double question revient sur le devant de la scène.

Jeudi 27 juillet à Orléans, lors d’un déplacement consacré aux réfugiés, le chef de l’Etat a rappelé son souhait d’une protection plus sévère des frontières extérieures de l’Europe. L’affaire n’est pas nouvelle et l’annonce du renforcement des contrôles aux entrées de l’espace européen constituait déjà le premier chapitre du Plan migration du gouvernement, le 12 juillet. « La transformation de Frontex en agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes », avec l’idée qu’elle « doit pouvoir disposer, dès les prochains mois, d’une réserve opérationnelle de 1 500 hommes » et même « atteindre à terme 5 000 hommes » est un des credo de l’exécutif.

Rejoindre légalement Paris

Pour rendre acceptable ce volet qui empêche clairement de venir déposer les demandes d’asile en Europe, et parallèlement tenter de diminuer l’hécatombe en Méditerranée, où 2 300 migrants ont péri depuis le début de l’année, M. Macron propose un corridor humanitaire pour des réfugiés.

Son idée est simple : des Africains vulnérables enregistrés par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) dans les pays du Sahel seraient auditionnés par l’Office français des réfugiés et des apatrides (Ofpra) qui y viendrait en mission. Ces Africains pourraient obtenir l’asile et rejoindre légalement Paris, où le statut de réfugié leur serait délivré dès leur arrivé.

Cette formule vise à couper la route migratoire avant la Libye. Une fois les Subsahariens entrés sur ce territoire où règne le chaos, il est trop tard : ils n’ont d’autre choix que de prendre la mer. Même s’ils n’avaient pas prémédité de venir en Europe, l’urgence de fuir les pousse vers le Nord.

La réussite du projet tiendra à son ampleur

Fin août, une mission exploratoire de l’Ofpra doit déjà se rendre au Niger, où le HCR est implanté et dispose de listes d’Africains éligibles au statut de réfugiés. Une fois que la diplomatie française aura ouvert la voie, le pont aérien n’aura plus qu’à se mettre en place pour le nourrir, l’Office transposera là le modèle développé au Moyen Orient. Depuis 2015, en effet, il enchaîne les missions en Jordanie, au Liban et en Turquie, pour éviter que les Syriens massivement réfugiés dans les pays de premier accueil ne reprennent leur baluchon et viennent en Europe. Quelque 10 000 ont été entendus.

La réussite de ce nouveau projet tiendra à son ampleur. Pour dissuader des Africains de traverser la mer, le pont aérien ne devra pas être anecdotique. Même s’il sera toujours possible de demander l’asile en France, et d’y entrer par ses propres moyens, obtenir le statut dès l’Afrique doit présenter une véritable alternative et être accompagné d’une aide au retour pour les recalés de l’asile.

L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a, à ce titre, proposé au ministre de l’intérieur de mettre en place un programme dit « sud-sud » de retour vers les pays d’origine, pour dissuader ceux qui ne seraient pas éligibles officiellement à l’Europe de continuer leur route. « Nous testons déjà ce dispositif d’aide à la réinstallation pour les Maliens qui arrivent en Tunisie, observe l’ancien préfet Didier Leschi, pour qui « il faudrait installer le même programme au Niger et au Tchad ». Il est évident en tout cas que quelque moyen qu’y mette Emmanuel Macron, il aura besoin d’être suivi par ses voisins européens dans cette aventure africaine, même si la France est la plus concernée.

De plus en plus de francophones

Au fil des mois, en effet, le pourcentage des ressortissants de pays francophones dans les arrivants en Italie ne fait que croître. Si ces derniers représentaient 44 % des embarcations de fortune jusqu’en avril, ils sont plus d’un sur deux cet été (57 %). 529 Sénégalais, 731 Maliens, 550 Ivoiriens, 324 Camerounais et même 872 Guinéens ont été enregistrés dans les ports italiens durant le seul mois de juillet ; et une partie pense évidemment Paris comme le terminus de leur route, même s’ils sont de plus en plus nombreux à rester dans un premier temps en Italie.

La deuxième partie des missions assignées à l’Ofpra concerne justement la péninsule, où l’Office doit aller chercher des réfugiés dans les hotspots, ces centres d’accueil et de tri organisés par l’Europe pour séparer les demandeurs d’asile et les migrants économiques juste à leur arrivée. Ces centres ne fonctionnent pas, car la relocalisation voulue par l’Union européenne est chaotique. Il n’est pas dit que la tentative par la France de relancer le processus soit vraiment fructueuse, car les Erythréens, qui sont les seuls Africains éligibles à la relocalisation, ne veulent pas venir en France… En plus, et même si de nouveaux engagements de relocalisation ont été signés en juin entre la France et l’Italie, cette dernière avait refusé en 2015 que Paris vienne chez elle faire le tri dans ces centres entre les réfugiés (à protéger) et les migrants économiques (à renvoyer), le pape n’adhérant pas du tout à cette approche clivante…

Bref, il n’est pas certain que cette annonce suffise à redonner le sourire à l’Italie, froissée que la France lui ait refusé en juin de prendre des bateaux remplis de migrants dans ses ports et que, le 25 juillet, Emmanuel Macron ait reçu à l’Elysée deux représentants libyens afin de jouer les entremetteurs pour pacifier cette ex-colonie italienne.


Le bateau mesure 40 mètres de long et navigue en mer Méditerranée. A bord du C-Star, des militants d’extrême droite. Leur mission : repousser les embarcations de migrants vers l’Afrique. Passé près de la Libye, samedi 5 août, le navire voguait, dimanche, vers la Tunisie. Des pêcheurs locaux ont déjà assuré qu’ils empêcheraient le navire d’accoster dans le port de Zarzis situé au sud du pays.

Le groupe Génération identitaire a financé son opération baptisée « Défendons l’Europe » par une campagne de financement participatif (crowdfunding) lancée par des militants anti-immigration français, allemands et italiens. Sur son site Internet, le groupe accuse les organisations non gouvernementales (ONG) de « faire passer clandestinement des centaines de milliers de migrants illégaux en Europe »et il promet de « faire quelque chose pour s’y opposer ». Les ONG iraient même jusqu’à collaborer avec les passeurs affirme le site.

Samedi, le navire a suivi à la trace Aquarius, un bateau affrété par les ONG françaises SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), au large des côtes libyennes. L’un des militants, Clément Galant, a posté sur Twitter, le 1er août, une vidéo tournée depuis le C-Star, expliquant que le bateau reconduirait vers les côtes africaines toutes les embarcations de migrants qu’il rencontrerait.

Le « C-Star » évite la Grèce et la Sicile

Forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye serait illégal, selon le droit maritime international.

Le C-Star est resté bloqué une semaine dans le canal de Suez où les autorités égyptiennes l’ont fouillé, à la recherche d’armes. Il a ensuite fait escale à Famagouste sur l’île de Chypre où des membres de l’équipage ont été interpellés puis relâchés. Il a quitté Chypre le 1er août, renonçant à passer par la Grèce et la Sicile sous la pression des autorités de ces pays.

Des pêcheurs tunisiens prêts à empêcher le C-Star d’accoster dans un des ports du pays. | FATHI NASRI / AFP

Des pêcheurs tunisiens prêts à empêcher le C-Star d’accoster dans un des ports du pays. | FATHI NASRI / AFP

Si le navire approche du port de Zarzis, « nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C’est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d’Africains » en mer, a prévenu le président de l’Association des marins pêcheurs, Chamseddine Bourassine.

Vendredi, l’ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) s’est dite opposée à ce que le C-Star « accoste dans les ports tunisiens »et a appelé « le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux ».

Les navires affrétés par les ONG ont aidé environ un tiers des quelque 100 000 personnes secourues cette année au large de la Libye et qui ont été convoyées vers l’Italie, selon les garde-côtes du pays.

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