mardi 1 août 2017

La SNCF sous pression après trois jours de chaos gare Montparnasse

entreprises LE FIGARO 

Le gouvernement multiplie à la fois critiques sur la gestion de crise et promesses d’investissements.

VALÉRIE COLLET

Le trafic restait très perturbé, mardi à la gare Montparnasse, malgré l’identification de l’origine de la panne.SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO

TRANSPORT Après la pagaille généralisée gare Montparnasse dimanche lors du pic des départs en vacances, l’heure des explications a sonné. Mardi, Benjamin Griveaux, secrétaire d’État au ministère de l’Économie, a tiré au bazooka sur la gestion de la crise par la SNCF. « 100 000 personnes voyageaient sur ces lignes depuis 48 heures, 7 000 n’ont pas pu trouver de solution. C’est évidemment inconcevable et pas acceptable pendant ces périodes de vacances, a-t-il tonné sur RMC. La modernisation du réseau est indispensable afin d’éviter qu’à l’avenir ce type de situation ne se ­reproduise. Il va falloir réaliser des investissements rapidement pour permettre une optimisation du fonctionnement réseau. »

Au même moment, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, annonçait sur Europe 1 avoir demandé aux deux présidents de la SNCF, Guillaume Pepy (SNCF Mobilités) et Patrick Jeantet (SNCF Réseau) un rapport d’ici à la fin de la semaine sur cette panne. « On aura certainement à faire un retour d’expérience, à la fois sur pourquoi on a mis aussi longtemps à trouver la panne et à la réparer - et ce n’est pas faute d’énergie dépensée par les équipes de la SNCF -, et aussi pourquoi on a eu une situation aussi dégradée à Montparnasse », a souligné la ministre.

Un défaut lors de travaux liés aux nouvelles LGV 

Deux jours après le black-out de la gare Montparnasse, de nombreuses questions restent sans réponse : Pourquoi l’équipement électrique du poste de commande de la signalisation, situé à Vanves, a-t-il flanché ? Cet incident aurait-il pu être évité ? S’agit-il d’un problème de maintenance, d’un manque d’investissement dans les équipements ou d’une erreur humaine lors d’une intervention ? Mardi après-midi, les ingénieurs de la SNCF mobilisés pour faire toute la lumière sur l’incident n’avaient toujours pas la réponse. Une chose est sûre : le défaut d’isolement électrique localisé dans un poste de signalisation à Vanves s’est produit lors des travaux d’extension de ces installations avec la mise en service de deux nouvelles lignes de TGV Paris-Bordeaux et Paris-Rennes, a assuré Guillaume Pepy, PDG de SNCF Mobilités, à Ouest France. Le fin mot de cette panne géante sera dévoilé au plus tard vendredi, lorsque le rapport réclamé par Élisabeth Borne sera rendu public.

Mardi soir, le premier ministre, Édouard Philippe, a affirmé au Sénat vouloir « consacrer beaucoup plus de moyens à l’entretien des réseaux existants ». Or, c’est justement ce que prévoit le contrat de performance signé par l’État. À partir de 2020, 3 milliards d’euros seront dédiés à la rénovation du réseau existant (2,6 milliards en 2017). Non sans ironie, Guillaume Pepy a accueilli « avec beaucoup de ferveur » l’intention de l’exécutif d’augmenter les moyens consacrés à l’entretien du réseau. La modernisation du réseau sera l’objet d’une loi de programmation en 2018. Si les zones d’ombre subsistent sur les causes de la panne, les dirigeants de la SNCF font leur mea culpa sur le fiasco de « l’information voyageur ». « Nous avons, c’est vrai, géré cette crise en cherchant avant tout à vider les gares, à remplir les trains et à faire partir un maximum de voyageurs, admet un cadre. Cela s’est fait de manière totalement improvisée sans outil de communication, sans plan concerté. Cela explique les informations contradictoires et une certaine confusion. »

La SNCF va ouvrir un chantier pour améliorer ces services en cas de crise. On peut toutefois s’étonner qu’au fil des nombreuses pannes survenues ces derniers mois, le groupe public soit toujours aussi mal armé. D’autant que les informations pratiques fournies aux clients, notamment sur le mobile avec l’aide de start-up, font l’objet de lourdes dépenses et d’une large médiatisation par le groupe.

La SNCF fait aussi les comptes des dépenses allouées au dédommagement des clients : remboursement intégral pour les trains annulés, les retards de plus de quatre heures, prise en charge de nuit d’hôtel ou de frais de taxi pour les voyageurs sans solutions. Tous peuvent faire appel au service de réclamation en ligne sur le site sncf.com, justificatifs à l’appui. La SNCF a promis d’être généreuse.

La version du Monde est plus complète  :

Dans une interview à « Ouest-France », le PDG de la SNCF a exprimé ses « plus sincères regrets » après l’incident qui gêne le trafic depuis trois jours.

Après plusieurs jours de suspense, le PDG de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), Guillaume Pepy, a précisé mardi 1er août dans une interview à Ouest-France les causes de la panne de signalisation qui a provoqué un blocage d’une ampleur exceptionnelle depuis dimanche matin à la gare Montparnasse, à Paris. C’est « un défaut dans les travaux » des nouvelles lignes à grande vitesse (LGV) qui est « à l’origine » du dysfonctionnement, a donc révélé le dirigeant.

Cette dernière, identifiée seulement dans la nuit de lundi à mardi, se situe au niveau du poste de commandes de l’aiguillage, situé à Vanves (Hauts-de-Seine) et qui contrôle la signalisation sur 10 km à la sortie de la station parisienne. L’entreprise ferroviaire avait récemment effectué des travaux sur cet équipement pour le « monter en puissance » dans le cadre du chantier des LGV vers Rennes et Bordeaux.

Une cinquantaine de techniciens ont été mobilisés dans la nuit du dimanche 30 au lundi 31 juillet pour déterminer l’origine de la panne. Pour permettre les investigations, la SNCF a, en outre, fermé la gare de 22 heures à 6 heures entre lundi à mardi.

  • Retour « progressif à la normale » du trafic mercredi

Un porte-parole de la compagnie ferroviaire a évoqué « un retour progressif à la normale » à partir de mercredi matin, avec encore des perturbations à prévoir mais « beaucoup plus légères ». Pour anticiper les difficultés, la SNCF encourage toutefois les usagers à se reporter à son site Info trafic avant de se rendre en gare. Mardi, le trafic des Transiliens, Intercités et TER avaient déjà été rétabli, mais seuls trois TGV sur quatre circulaient, certains étant déroutés vers la gare d’Austerlitz comme les jours précédents.

  • Pourquoi autant de temps pour trouver la panne ?

La SNCF n’a donc identifié le problème que mardi, ce qui a engendré un chaos en plein chassé-croisé des vacanciers dans la station parisienne desservant la Bretagne et la façade Atlantique. La priorité, dimanche, avait été d’acheminer le maximum de voyageurs jusqu’à leur destination au-delà de 22 heures, au détriment des travaux d’investigation qui ne peuvent s’effectuer qu’en mode hors tension du local de commandes de signalisation de Vanves, a expliqué la société ferroviaire. Une enquête longue et difficile en raison des milliers de composants à vérifier pratiquement un par un pour résoudre ce problème électrique.

  • Mauvaise communication

Dès dimanche, la SNCF a reconnu des difficultés sur sa communication, parfois contradictoire, auprès des voyageurs, annonçant notamment la reprise du trafic alors qu’aucun train ne quittait Montparnasse. Le vice-président de la branche francilienne de la Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT), n’a pas hésité à qualifier de « médiocre », voire « nul », le relais d’information, estimant que les agents de l’entreprise étaient un peu dépassés par la situation. La CGT cheminots a, de son côté, dénoncé une « communication perturbée » : « des informations contradictoires étant dispensées, occasionnant incompréhensions et tensions entre les agents eux-mêmes et avec les usagers ».

Sur les quais de la gare de Paris-Montparnasse, le 1er août. | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Sur les quais de la gare de Paris-Montparnasse, le 1er août. | LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Nous avons demandé à la SNCF de faire tout le retour d’expérience nécessaire d’un tel incident », notamment concernant le « manque d’informations » auprès des clients durant la panne, qui « posait notamment des questions de sécurité », a par ailleurs fait savoir le premier ministre, Edouard Philippe.

M. Pepy a d’ores et déjà reconnu que la compagnie ferroviaire n’avait « pas suffisamment informé les voyageurs sur les développements » de la situation, mais il assure que « la sécurité a été [sa] seule obsession pendant deux jours ». Tenant à exprimer ses « plus sincères regrets » aux « 55 000 usagers affectés », le PDG a rapporté qu’en cas de « très grand retard, excédant les quatre heures, là aussi, le remboursement intégral sera assuré ».

  • Le gouvernement demande un rapport

Agacé par cette crise et sa gestion erratique par la SNCF, le gouvernement a haussé le ton et sommé le groupe ferroviaire de s’expliquer sur les perturbations et leurs répercussions. « J’ai demandé un rapport (…) pour la fin de la semaine car je pense que la situation n’est pas satisfaisante », a fait savoir la ministre des transports, Elisabeth Borne, sur Europe 1.

« On aura certainement à faire un retour d’expérience, à la fois sur pourquoi on a mis aussi longtemps à trouver la panne et à la réparer – et ce n’est pas faute d’énergie dépensée par les équipes de la SNCF –, et aussi pourquoi on a eu une situation aussi dégradée à Montparnasse », a reconnu M. Pepy. Ce document « sera accessible à tous(…) vendredi » sur le site internet de la SNCF, a-t-il.

« On peut supposer que la forte sollicitation du réseau a joué son rôle », mais « la maintenance de l’installation n’est pas mise en cause », a-t-il assuré. Le dirigeant a, d’ores et déjà, promis des améliorations.

« Après enquête, nous détaillerons précisément les causes de l’incident et formulerons certaines recommandations, qui pourraient aller dans le sens de ce que propose le gouvernement. »

La SNCF a « des progrès considérables à faire », a estimé M. Philippe, chiffrant pour sa part à 70 000 le nombre de passagers affectés, dont 3 500 qui « n’ont [pas] pu être acheminés ».

  • L’état des réseaux mis en cause

La situation est « inconcevable » et « inacceptable », a déclaré de son côté le secrétaire d’Etat au ministère de l’économie, Benjamin Griveaux. « Il faut investir dans la modernisation du réseau et il va falloir réaliser ces investissements rapidement », pour permettre une « optimisation [de son] fonctionnement », a-t-il ajouté, alors que la SNCF a mis trois jours à identifier l’origine de la panne.

Le premier ministre a expliqué, mardi devant le Sénat, qu’il voulait « consacrer beaucoup plus de moyens à l’entretien des réseaux existants »« SNCF Réseaux et SNCF Mobilité ont des progrès considérables à faire », a-t-il lancé. La modernisation du réseau sera l’objet d’une loi de programmation en 2018. La politique des transports va être remise à plat dans les mois qui viennent. MmeBorne a rappelé que « trois milliards d’euros vont être investis tous les ans pour rénover le réseau ».

  • Des installations anciennes

Dans la nuit de mardi à mercredi, la SNCF devait effectuer de nouvelles vérifications techniques « pour rouvrir tous les itinéraires dans des conditions parfaites de sécurité et de régularité », a fait savoir le directeur général adjoint de SNCF Réseau, Matthieu Chabanel. « On est sur des installations qui ne sont pas toutes neuves mais pas particulièrement anciennes », a-t-il fait valoir, et le matériel est « bien entretenu ».

« Cette partie-là [du réseau SNCF] a été faite il y a une trentaine d’années », a rappelé sur RMC-BFM-TV, Christian Broucaret, et pour le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports de Nouvelle Aquitaine (principale association d’usagers de transports) : « Trente ans, c’est vieux. »

Il y a un mois, M. Macron assurait que l’heure n’était plus aux projets pharaoniques mais aux transports du quotidien. Avec l’incident de la gare Montparnasse, le discours prémonitoire du chef de l’Etat peut devenir réalité.

« Rennes à 1 h 25 de Paris ! » « Bordeaux à 2 heures de Paris ! » Souvenez-vous de ces slogans, ils datent du début de l’été. Mais ils datent déjà. Le 1er juillet, les dernières nées des lignes à grande vitesse de l’Hexagone étaient enfin inaugurées. La SNCF, les plus hautes autorités de l’Etat et tout ce que l’Hexagone compte de spécialistes des transports quittaient la gare Montparnasse en fanfare et se réjouissaient de cette merveille de technologie française qui permettait de relier des villes, ou plutôt des « capitales régionales », en à peine plus de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Pile un mois plus tard, la descente est rude. Un « défaut d’isolement sur une installation électrique » dans l’une des 17 armoires du poste de contrôle de Vanves-Malakoff met Rennes et Bordeaux à 3 jours de Paris. Malgré l’identification et la réparation de la panne, l’intégralité du service n’était toujours pas rétablie gare Montparnasse, presque 72 heures après la découverte de ce dysfonctionnement.

Discours prémonitoire de Macron

La SNCF a-t-elle privilégié les infrastructures coûteuses au détriment de la maintenance ? Fallait-il effectuer plus tôt un examen poussé de ces fameuses 17 armoires électriques plutôt que de dépenser 7,8 milliards d’euros pour construire des infrastructures essentiellement destinées à transporter encore plus vite des cadres hyperconnectés toujours plus pressés ?

La question est sans doute caricaturale, mais mérite d’être posée. Le rapport que le gouvernement a demandé, mardi 1er août, à la compagnie ferroviaire, évoquera peut-être ce décalage criant entre les grands travaux et la maintenance au quotidien. Elisabeth Borne, ministre des transports, et Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, sont en tout cas très à l’aise pour réclamer des explications à Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF depuis presque dix ans.

Car, depuis un mois, la doctrine de l’Etat en matière de transports a officiellement changé. L’heure n’est plus aux projets pharaoniques censés « désenclaver les territoires » et emmener les gens toujours plus loin de chez eux. « Le rêve des cinq prochaines années ne doit pas être un projet comme celui-là. Si je vous disais cela, je vous mentirais », avait très clairement affirmé le président de la République Emmanuel Macron le 1er juillet, à Rennes, après la mise en service de la LGV, face aux cadres de la SNCF. Et de vanter la priorité aux « transports du quotidien », aux économies budgétaires et aux « infrastructures existantes insuffisamment entretenues »… Prémonitoire.

A lire et voir dans le détail ici.

Priorité aux lignes régionales

Ce n’est pas seulement le locataire de l’Elysée qui s’est converti, faute d’argent public, aux transports de proximité. Le premier ministre, Edouard Philippe, a confirmé la doctrine lors de sa déclaration de politique générale, à l’Assemblée nationale, le 4 juillet.

L’antienne a été reprise quelques jours plus tard par Mme Borne, dans une interview au quotidien Les Echos. Pour les années qui viennent, « 10 milliards d’euros de projets d’infrastructures ont été annoncés sans être financés », a calculé le ministère des transports. La ministre s’est même fendue, le soir du 12 juillet, d’une visite à un chantier ferroviaire nocturne, dans la Nièvre. Il s’agissait de l’entretien d’une ligne de chemin de fer entre Neuvy-sur-Loire et Nevers, où circulent des trains régionaux.

Malgré ces prises de position fermes, de nombreux élus, comme les présidents des régions Nouvelle Aquitaine et Hauts-de-France, Alain Rousset (Parti socialiste) ou Xavier Bertrand (Les Républicains), ont passé leur mois de juillet à réclamer, qui sa LGV, qui son canal à grand gabarit. Même des députées de la majorité, Geneviève Darrieussecq dans les Landes ou Jacqueline Maquet dans le Pas-de-Calais, espéraient convaincre le gouvernement de ne pas renoncer à ces infrastructures d’ampleur.

Avec l’incident majeur de la gare Montparnasse, la situation a changé. Le discours prémonitoire de M. Macron peut devenir réalité. A la SNCF, la panne a tourné à la panique. Tout le monde est enfin en mesure de comprendre que, pour désenclaver un territoire, on a davantage besoin de couloirs de bus réservés et de trains régionaux ponctuels que de dispendieuses lignes à grande vitesse.

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