mercredi 2 août 2017

La "déclichette"

Chronique

Drôles d’expressions françaises et d’ailleurs : mal aux cheveux et turista

Par Muriel Gilbert

Espèce d’idiome ! (10/12). Gallicismes, anglicismes, hispanismes… Balade estivale en idiotisme, à travers des locutions astucieuses et révélatrices des cultures qui les inventent.

L’été, tout n’est pas toujours « tiguidou », ainsi que le disent nos cousins québécois quand tout se passe comme sur des roulettes, ou « comme le chat dans son bac à litière », à la mode d’Amsterdam (het is kat in het bakkie)Les vacances ne sont pas ce chemin de roses, sur lequel nous marcherions chaque jour « heureux comme un poussin dans les ordures » au Brésil (como um pinto no lixo), ou « comme un singe avec sa queue » en Hongrie (orul mint majom a farkanak), soit comme un roi chez nous.

C’est aussi l’époque des bobos : coups de soleil, coups de chaleur, piqûres d’insectes et autres ampoules de randonnée nous créent bien des « bibittes », les soucis du Québec, ou « des Russes », les ennuis du nord de la France. Pourtant, ne vous faites pas de bile si l’on vous indique que votre ami camerounais « est allé faire un tour à la pharmacie » : c’est au bistrot du coin que vous le trouverez.

Comme lui, peut-être êtes-vous du genre à ne pas voyager sans « ziboulateur », le tire-bouchon de République centrafricaine, à boire « comme un poisson » anglo-saxon (to drink like a fish), « comme une éponge » espagnole (beber como una esponja), « comme un templier » des Pays-Bas, bref « comme un papier buvard » roumain ou comme un trou de chez nous ?

Après « une douffe », la cuite à la belge, on ne s’étonnera pas d’avoir « un matou » (einen Kater haben), comme disent les Allemands qui ont mal aux cheveux ou la gueule de bois, tandis que les Néerlandais auront « la tronche pleine de billes » (een hoofd vol knikkers hebben).

« Cagagne », « cagasse » et « cagarelle »

Quand on est « maladieux », le maladif du nord-est de la France, ou même simplement « malaucœureux », sujet à la nausée en Normandie, peut-être d’ailleurs est-il plus sage de rester dans l’Hexagone.

Savez-vous qu’un tiers des touristes voyageant à l’étranger attrapent chaque année la maladie à laquelle ils ont donné leur nom en espagnol (oui, « turista ») ? Avec un peu de chance, vous ne serez simplement « pas très catholique » à la catalane, soit pas dans votre assiette.

Le plus désagréable, c’est quand même la déripette, la « cagagne », la « cagasse » ou la « cagarelle » du Midi, la « déclichette » de Lorraine, la « dipadapa » bretonne, la « dringue » auvergnate, la va-vite de Lyon, bref, d’« aller comme un canard » du Bourbonnais.

Heureusement, les choses finissent toujours par « s’enmieuter », comme on dit dans la Belle Province. Suivons le dicton anglo-saxon : « Une pomme par jour garde le médecin à distance » (an apple a day keeps the doctor away). Churchill, qui préférait le whisky et les cigares, aurait ajouté : « Il suffit de bien viser. »

Muriel Gilbert est l’auteure de « Que votre moustache pousse comme la broussaille ! - Expressions des peuples, génie des langues » (Ateliers Henry Dougier, 2016).

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