mardi 8 août 2017

L’afflux de touristes en France laisse espérer une sortie de crise

Par Juliette Garnier

La fréquentation touristique a bondi de 10 % au deuxième trimestre.

Ils sont de retour. Touristes américains, chinois et, dans une moindre mesure, japonais sont revenus dans l’Hexagone. La fréquentation touristique a bondi de 10,2 % au deuxième trimestre en France, a révélé l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) mardi 8 août.

Et cette progression est bien plus solide que celle constatée lors des deux trimestres précédents. Sur les trois premiers mois de 2017, le nombre de nuitées vendues par les hôteliers français avait augmenté de 1,1 % seulement. Au dernier trimestre 2016, elle n’avait gagné que 3,6 %. « Cette reprise concerne tant la clientèle résidente qu’étrangère », note l’Insee.

La clientèle étrangère descend davantage dans les hôtels parisiens. Le nombre de nuitées vendues à des ressortissants étrangers dans la capitale et ses environs a bondi de 16,5 % au deuxième trimestre 2017. Et malgré une comparaison à une saison touristique 2016 marquée par l’afflux de fans de football pendant la tenue de l’Euro, la relance est bel et bien là depuis neuf mois. A tel point, selon l’Insee, que le « nombre de nuitées vendues au deuxième trimestre [107,1 millions] dépasse de plus de 4 % celui du deuxième trimestre 2015 ».

« L’année 2016 a été catastrophique »

Voilà de quoi apporter de l’eau au moulin du gouvernement. Lors du comité interministériel du tourisme, le 26 juillet, le premier ministre Edouard Philippe a affirmé combien le tourisme est un « trésor national ».

Celui qui, malgré l’importance du secteur, n’a pas créé de secrétariat d’Etat au tourisme, a confirmé les objectifs fixés par le précédent gouvernement : accueillir 100 millions de touristes d’ici à 2020, générer 50 milliards d’euros de recettes grâce au tourisme et créer 300 000 emplois. « Nous prévoyons 89 millions de visiteurs à la fin de l’année, soit presque 5 millions de plus qu’en 2016 », s’est félicité M. Philippe.

La crise du secteur serait-elle alors finie ? « L’année 2016 a été catastrophique jusqu’en novembre 2016, avec une baisse de 8,2 % des arrivées hotelières à Paris », précise Charles-Henri Boisseau, chargé d’études au sein de l’Observatoire de l’Office de tourisme et des Congrès de Paris. Les touristes se détournaient alors de la capitale et du territoire français.

Tous avaient en tête les « attentats de novembre 2015, celui de Nice le 14 juillet 2016 mais aussi les inondations de juin, les grèves et violences » dans les rues de la capitale lors des manifestations des taxis contre les chauffeurs de VTC au printemps. Voire l’agression de Kim Kardashian. La star américaine avait été détroussée de 10 millions d’euros de bijoux, en plein Paris, début octobre 2016. Au grand dam des touristes asiatiques, toujours très sensibles aux questions de sécurité lors de leurs déplacements à l’étranger.

Les touristes d’affaires d’abord, puis ceux de loisirs

Depuis, les touristes d’affaires – ils représentent 52,7 % des nuitées vendues dans la capitale – sont revenus, délaissant les établissements de périphérie que leurs employeurs leur imposaient pour des raisons de sécurité. Puis, la clientèle de touristes de loisirs – Américains d’abord, Chinois ensuite – a suivi. Notamment dans les palaces et les hôtels haut de gamme, note Christophe Laure, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) Prestige, le syndicat de ces types d’établissements de grand luxe.

Dès lors, le record de fréquentation sur la période de janvier à juin « n’est plus très loin », note M. Boisseau. Ils ont été 9,2 millions à prendre une chambre dans Paris sur cette période. « Dont 4,4 millions de touristes étrangers, un nombre comparable à 2008 », estime le chargé d’études sur le flux touristique parisien.

La Côte d’Azur a aussi retrouvé des couleurs, après l’attentat de Nice qui avait poussé nombre de touristes à renoncer à un séjour sur la Grande Bleue. L’an dernier, la deuxième région touristique de France avait essuyé un recul de 3 % du nombre de nuitées vendues. Mais, en juin dernier, « les trois quarts des chambres étaient occupées», assure le Comité régional du tourisme.

« C’est la clientèle étrangère qui soutient la fréquentation », juge l’office de tourisme. Parmi eux figurent les Américains, premier bassin de touristes en France, loin devant les Chinois. A Paris, passage obligé, les ressortissants américains sont revenus en masse, « battant le record de fréquentation d’il y a dix ans », juge M. Boisseau.    

Hausse du nombre de chambres de grand luxe

Mais la reprise du tourisme serait fragile. « On est loin encore d’une croissance à deux chiffres dont l’industrie hôtelière a besoin pour se redresser », juge Georges Panayotis, PDG du cabinet de conseils MKG Group, spécialiste du secteur. Le revenu des hôteliers par chambre n’a progressé que de 2,1 % en un an, sur la période de janvier à juillet 2017, selon ses données.

« La rentabilité des établissements est en berne », ajoute M. Panayotis, en imputant cette érosion à la pression des plate-formes de réservation hotelière (Booking, Expedia etc.) qui capteraient « 17 à 20 % du chiffre d’affaires des hôteliers en France ».

Et des pans entiers de clients ne trouveraient pas d’hébergement hôtelier à la hauteur de leur convenance en France. « C’est le cas de la génération Y », juge M. Panayotis. Ces trentenaires préfèreraient réserver un logement sur la plate-forme de locations entre particuliers Airbnb, faute de trouver des « hôtels hybrides ou des auberges de jeunesse à 30 euros la nuit ».

Il reste que le secteur attire encore nombre d’investisseurs. « En dix ans, le nombre de chambres d’hôtels d’établissement de quatre et cinq étoiles et de palaces a progressé de 60 % », fait valoir M. Laure. A Paris, trois palaces ont ouverts leurs portes, le Peninsula, le Shangri-La et le Mandarin. Le reste provient de la rénovation des hôtels Royal Monceau, Crillon, Ritz et autres hôtels de renom. Et ce n’est pas fini. Fauchon ouvrira en 2018 un établissement place de la Madeleine, à la place d’une boutique Baccarat. Sofitel s’installera sur les Champs-Elysées, à un jet de pierre du Fouquet’s Barrière en cours de rénovation et du Marriott.

Les grands magasins sur le qui-vive

Les grands magasins sont aussi sur le qui-vive. Le Printemps multiplie les projets. Depuis son rachat par le fonds qatari Divine Investments, en 2013, l’enseigne de grands magasins du boulevard Haussmann a investi pas moins de 100 millions d’euros dans la rénovation de ses magasins de mode masculine, d’articles de décoration et de produits de beauté. Près de 20 000 de ses 43 500 m² ont été aujourd’hui rénovés à grands frais.

Il s’apprête à lancer un nouveau chantier propre à séduire un peu plus encore sa clientèle de touristes. L’enseigne va ouvrir une épicerie fine et un restaurant au septième et huitième étages de son magasin de mode masculine. Il devrait rivaliser avec le Maison & Gourmet, inauguré sur le trottoir d’en face voilà trois ans par son grand rival, les Galeries Lafayette.

Pour séduire les clients étrangers – la moitié des 35 millions de personnes qui poussent les portes de ses magasins – les Galeries Lafayette ne sont pas en reste. En mars, l’enseigne a inauguré un  « magasin dédié à la clientèle asiatique voyageant en groupe » au sous-sol de son magasin du boulevard Haussmann. Ce point de vente de 2 800 m² est desservi par une entrée propre devant laquelle les cars de tour-opérateurs déversent leurs clients.

En outre, l’enseigne vient de décrocher une autorisation administrative pour agrandir de 3 299 m² son magasin dit Coupole où les touristes apprécient de se filmer et se faire photographier. A l’issue des travaux, les Galeries Lafayette occuperont pas moins de 71 500 m².

Les Galeries Lafayette vont par ailleurs s’installer sur les Champs-Elysées début 2019. Tous ces investissements sont propres à doper le montant des dépenses des touristes sur le territoire français, évalué aujourd’hui à 40 milliards d’euros.

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