samedi 12 août 2017

Les NEET, ces jeunes sans emploi, ni en étude ni en formation.

Il arrive à Benoît de mentir. Lorsqu'un ami prend de ses nouvelles sur les réseaux sociaux, il prétend " bosser à la plonge dans un restaurant ". Ou encore, " livrer des repas pour Allo Resto ". N'importe quoi, sauf avouer qu'en vérité, il passe ses journées à compter les heures. Boire du café. Jouer en ligne et surfer sur Internet, à la recherche d'offres d'emploi auxquelles il n'ose plus répondre. " Personne ne veut d'un gars comme moi ", pense le jeune homme de 20  ans, visage étique et silhouette dégingandée.

Il y a deux ans, juste avant de passer le bac, il a abandonné le lycée. " L'école n'est pas pour moi, je pensais me débrouiller bien mieux tout seul. " Des petits boulots, il en a trouvé. Au début. Des contrats précaires dans la restauration, " épuisants, parfois payés au noir ". Un soir, il se dispute avec son employeur. Démissionne, puis perd courage. C'était il y a un an. Depuis, il vit chez sa petite amie, près de Paris. Ses parents lui donnent un peu d'argent. " Il faudra bien que je trouve quelque chose, mais comment faire quand on ne croit plus en rien ? "

Benoît fait partie des 3,710  millions de moins de 25 ans qui, au mois de juin, étaient sans emploi dans l'Union européenne (UE), selon Eurostat. C'est 16,7  % des jeunes actifs, soit plus du double de l'ensemble de la population active (7,7  %). A l'occasion de la Journée internationale de la jeunesse, samedi 12  août, Eurostat publie des données sur le sujet. Et en particulier sur les NEET, de l'anglais " Not in Education, Employment or Training ", ces jeunes sans emploi, ni en étude ni en formation.

Employé dès les années 1990 au Royaume-Uni, cet acronyme devenu un indicateur officiel de la Commission européenne depuis 2010. " Plus large, il permet de mieux appréhender les vulnérabilités des jeunes au regard de leur insertion dans l'emploi ", explique Massimiliano Mascherini, de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofond).

En  2016, la proportion des NEET dans l'UE s'élevait ainsi à 18,8  % parmi les 25-29 ans. " Elle a fortement augmenté avec la crise, surtout dans le sud de l'Europe ", détaille M. Mascherini. S'il a reflué depuis son pic de 2013 (21  %), ce taux reste supérieur à son niveau de 2008 (17  %). Et il est particulièrement élevé en Grèce (33,5  %), en l'Italie (32,4  %), en Roumanie (24,7  %) ou en Espagne (24,2  %). A l'inverse, il est au plus bas en Suède (9  %) et au Luxembourg (9,2  %) et au Danemark (10,6  %).

En France, le taux de NEET parmis les 25-29 ans était de 19,2  % en 2016, toujours supérieur à son niveau de 2008 (16,7  %). Et le taux de chômage des moins de 25 ans s'élevait à 21,4  % en juin. Il baisse doucement depuis son pic de fin 2012 (25,7  %). " Contrairement à ce que l'on a observé après les précédentes reprises, le chômage des jeunes a commencé à refluer plus tard que celui de l'ensemble de la population active ", note Stefano Scarpetta, spécialiste de l'emploi à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Motif : la crise a été plus longue, et plus profonde. Si les NEET en ont été les premières victimes, ils représentent néanmoins un ensemble très hétérogène. Certains s'accordent une pause avant de reprendre leur recherche de poste, ou ont des diplômes peu recherchés sur le marché du travail. D'autres sont en grande difficulté. En France, 60  % des NEET sont ainsi chômeurs de longue durée ou inactifs : pour ceux-là, l'entrée dans l'emploi sera particulièrement complexe. " La probabilité de devenir NEET est de 40  % plus élevés chez les jeunes souffrant d'un handicap ou d'un problème de santé, et de 70  % chez ceux issus de l'immigration ", ajoute M. Scarpetta. Une étude de France Stratégie, organisme de réflexion rattaché à Matignon, montre également que les jeunes issus de zones urbaines sensibles sont plus exposés.

Risque d'exclusion sociale

Mais le facteur le plus déterminant reste le niveau de diplôme. Dans l'Hexagone, le taux de chômage des actifs de 15-24 ans sans le bac s'élevait, en  2016, à 40,3  % (27,3  % dans la zone euro). Un pourcentage chutant à 23,7  % pour ceux détenant le bac ou équivalent, et à 15,7  % pour les diplômés du supérieur. L'étude de France Stratégie montre également que 86  % des jeunes détenant un bac + 2 ou + 3 dans le secteur de la santé et du social trouvent immédiatement un emploi, contre 44  % pour l'ensemble des jeunes, 36  % des CAP-BEP et 17  % de ceux sans diplôme. " Dit autrement : le critère pertinent pour évoquer et traiter le chômage des moins de 30 ans n'est pas l'âge, mais bien le niveau de qualification ", explique Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

C'est d'autant plus dramatique que ces jeunes seront, tout au long de leur vie, plus exposés au risque de pauvreté et d'exclusion sociale. S'ajoutent à cela les " pertes " économiques pour l'UE liées à leur désengagement du marché du travail, estimées à 162  milliards d'euros par an par Eurofound.

Que faire, dès lors ? D'abord, traiter le problème à la source, recommandent les économistes. " Et ce, luttant dès la maternelle et le primaire contre le décrochage scolaire ", recommande M.  Heyer. Autre piste : développer l'apprentissage. " L'exemple allemand montre que cela fonctionne d'autant mieux que les employeurs sont vraiment impliqués, mais aussi que les contrats d'apprentissage offrent des emplois qualifiés et des passerelles vers la formation ", ajoute M. Scarpetta. En France, les écoles de la seconde chance offrent également de bons résultats.

Toute la difficulté est de repérer les NEET qui, comme Benoît, ont renoncé à chercher un travail. Et ne sont donc pas inscrits sur les listes de Pôle Emploi. D'où la nécessité d'un accompagnement personnalisé, tel que la " garantie jeune ", lancée en France en  2013. Pendant un an, les 16-25 ans sont soutenus intensivement dans leur recherche, suivent des ateliers et perçoivent une allocation de 461,72  euros mensuels. 100 000 jeunes en ont déjà bénéficié.

Quid des contrats aidés ? Mercredi 9  août, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, les a définis comme " coûteux " et " pas efficaces dans la lutte contre le chômage ". Selon Eric Heyer, l'écueil est justement de les considérer comme un instrument de lutte contre le chômage. " Cpes contrats doivent au contraire être des instruments de réinsertion sur le long terme, précise-t-il. A condition qu'ils durent au moins trois ans, soient réservés aux jeunes qui en ont vraiment besoin et concernent des emplois qui seront indispensables à l'économie française dans le futur. "

Marie Charrel

Sur le papier, tout va bien. Après avoir atteint un pic à plus de 20  % en  2011, le chômage des jeunes (16-24 ans) au Royaume-Uni a dégringolé, et il n'est plus que de 12,1  % actuellement. C'est l'un des plus bas d'Europe, deux fois plus faible qu'en France et trois à quatre fois moindre qu'en Espagne ou en Italie.

L'amélioration n'est pas un simple tour de passe-passe statistique. Une autre mesure, plus révélatrice pour les jeunes, concerne ce que les Britanniques surnomment NEET (" Not in Education, Employment or Training ") : des personnes qui n'ont pas d'emploi, et ne suivent pas d'étude ni de formation. Là encore, la chute est impressionnante : seuls 800 000 jeunes de moins de 25 ans sont dans cette situation au Royaume-Uni, soit 11,2  % de cette tranche d'âge. C'est le plus bas niveau depuis 2001, quand cette série statistique a été créée.

" Pourtant, le marché du travail n'a plus rien à voir avec ce qu'il était en  2007, avant la crise ", relativise immédiatement Paul Brown, du Prince's Trust. L'association, sous le patronage du Prince Charles, aide chaque année 60 000 jeunes en sérieuses difficultés à trouver un emploi ou une formation. " Désormais, les jeunes font face à des contrats très précaires, où le nombre d'heures n'est souvent pas garanti. Ils sont aussi régulièrement en sous-emploi, alors qu'ils voudraient faire plus d'heures ", continue M. Brown.

L'exemple d'Amy Rawbone, 21 ans, résidente à Bristol, illustre les grandes précautions que prennent les entreprises avant de recruter des jeunes. La jeune femme est sortie de l'école à 16 ans, ayant passé ses GCSE (General Certificate of Secondary Education), l'équivalent britannique du brevet des collèges. Elle a débuté deux formations, qu'elle a quittées à la suite d'une dépression sérieuse et à des crises d'angoisse. Elle a fini par trouver un emploi temporaire de caissière et de manutentionnaire à Marks &  Spencer avoir suivi un programme du Prince's Trust. Quelques mois plus tard, le travail s'est transformé en contrat à durée déterminée (CDI). Mais son nombre d'heures hebdomadaires de travail n'augmente que graduellement : seize  heures initialement, désormais vingt-cinq heures, et elle espère finalement arriver à un temps plein prochainement.

Faiblesse des syndicats

Une autre difficulté pour les jeunes Britanniques vient des rémunérations, très faibles. Le niveau du salaire minimum dépend de l'âge : 4,05  livres (4,45  euros) de l'heure pour les moins de 18 ans, 5,60  livres jusqu'à 21 ans, 7,05  livres jusqu'à 24 ans, puis 7,50  livres à partir de 25  ans. Si ce système est censé encourager les employeurs à embaucher des jeunes, il rend en revanche très difficile de vivre de son travail. " La pauvreté des jeunes est un très sérieux problème ", souligne M. Brown.

John (le prénom a été changé) en sait quelque chose. A 24 ans, ce cuisinier travaille en banlieue de Londres pour Mitchells &  Butlers, une chaîne de pubs. Après quatre années d'expérience, il gagne maintenant 9,10  livres de l'heure (10  euros), mais fait face à des horaires extrêmement fluctuants. Ce vendredi, il a débuté à 9  heures pour finir à 23  heures. Et il estime avoir plutôt de la chance. " Dans mon entreprise, ceux qui ont moins de 18 ans ont des contrats très flexibles : ils ne savent pas d'une semaine à l'autre combien d'heures ils travailleront, et ça peut varier très fortement. "

John empoche environ 1 200  euros net par mois, après impôts. Il s'en sort parce qu'il vit en couple, mais estime qu'il aurait sinon beaucoup de mal à payer son loyer. " Trouver un emploi à Londres n'est pas vraiment un problème, mais c'est souvent insuffisant pour en vivre. "

Dans les vitrines des magasins de la capitale britannique, les annonces de recrutement fleurissent. Les employeurs se plaignent d'avoir du mal à recruter, en particulier des gens bien formés. Le paradoxe est que cette situation ne semble pas profiter aux salariés. Si ceux-ci n'hésitent pas à quitter leur emploi rapidement, améliorer ses conditions de travail reste très compliqué.

La grande flexibilité des lois explique en partie le phénomène. La faiblesse des syndicats, encadrés par une législation contraignante, est une autre explication. Enfin, l'arrivée de la " gig economy ", l'économie des start-up avec des tâches souvent payées à l'unité, est venue bouleverser la façon dont s'organise le travail.

Eric Albert

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