mardi 8 août 2017

Macron met la pression

POLITIQUE LE PARISIEN

ÉLYSÉE Après un début d’été difficile et avant une rentrée qui s’annonce tendue, le chef de l’Etat, en chute dans les sondages, a dû recadrer ses troupes. De quoi méditer pendant les vacances.

« Macron est confronté à une chute dans les sondages. Et, comme tous ses prédécesseurs, il surréagit, alors que c’était écrit », s’étonne un vieux routier de la politique qui connaît bien le président. A l’Elysée, l’euphorie des premières semaines a laissé la place à une ambiance plus tendue. Hier soir, le président a convié ses ministres et leurs conjoints à un dîner, un moment de convi- vialité avant le dernier Conseil des ministres, ce matin, et la pause des vacances. Mais, aussi, une nouvelle illustration du « management » à la Macron. « Il faisait déjà pareil à Bercy avec ses collaborateurs », souligne un conseiller.

Première échéance électorale

Les dernières semaines n’ont pas été de tout repos. Entre couacs et flottements, le char de l’Etat a semblé parfois bringuebalé pour le plus grand plaisir de l’opposition. Et la rentrée s’annonce sportive, entre la contestation de la loi Travail 2, les économies annoncées pour rester dans les clous de Bruxelles ou encore une grogne possible des étudiants remontés contre le coup de rabot sur les aides personnalisées au logement. Sans compter un budget 2018 — le premier 100 % Macron — où il faudra dégager des milliards d’euros d’économies. Bref, des mesures pas exactement populaires… En prime, l’exécutif sera confronté à sa première échéance électorale, les sénatoriales, qui pourraient bien tourner au fiasco pour la République en marche.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron ne veut pas laisser les choses lui échapper. Depuis quelques semaines, il procède donc à des recadrages multiples. Au gouvernement, bien sûr, où les ministres, jugés parfois trop timorés, sont sommés de passer la seconde. Mais aussi à l’Assemblée, au sein du parti ou encore dans l’administration (lire ci-contre). Macron, qui a choisi de faire remonter à lui toutes les décisions — en contradiction avec ce qu’il affirmait pourtant en début de quinquennat —, prend aussi de gros risques. Voilà cet hyperprésident en première ligne, à découvert presque, sur tous les fronts. Eclipsant son Premier ministre, le (trop ?) discret Edouard Philippe. Quitte à perdre un potentiel fusible si les nuages politiques devaient un jour virer à l’orage.

Conscient qu’il doit expliquer aux Français son action — et en souligner les aspects positifs, les baisses d’impôts promises, par exemple —, le chef de l’Etat va sortir de son mutisme. Une interview est programmée à la rentrée. Histoire de rester en mouvement.

« Les derniers Conseils des ministres ont été assez tendus » selon un proche du président

« Je sais que ça va être dur. » Cette phrase, Emmanuel Macron a pris l’habitude de la prononcer à chaque Conseil des ministres. Ce matin, pour la dernière réunion du gouvernement avant les vacances, elle pourrait prendre une résonance particulière, à l’heure où le quinquennat traverse sa première zone de turbulence.

Depuis son entrée en fonctions, le président a en tout cas bousculé ce rendez-vous incontournable de l’exercice de l’Etat. « C’est différent de tout ce que j’ai vu dans les gouvernements précédents », constate un conseiller à la longue expérience ministérielle. Certes, les usages sont préservés — vouvoiement et solennité de rigueur —, mais pour le reste…

le chef de l’état est « assez cash »

« C’est toujours un moment très formel. On s’y interpelle par son titre et sa qualité, mais c’est en même temps très libre », raconte un ministre. L’ordre du jour a en effet été modifié et une nouvelle partie a fait son apparition, la « partie D », celle durant laquelle les ministres échangent sur un sujet choisi. « Tout le monde donne son avis. La place de la parole est vraiment importante, raconte un participant. Il n’y a pas tellement de coloration droite ou gauche, de clivages politiques établis. » La méthode Macron en somme. « Sarkozy était beaucoup plus directif, compare un conseiller qui a connu les deux écoles. Lui, il laisse parler tout le monde, parfois trop de monde. On n’a jamais fini avant 12 h 30 et cela dure parfois jusqu’à 13 heures-13 h 30. »

La prise de parole a beau être libre et le président à l’écoute, cela ne l’empêche pas de profiter de l’occasion pour recadrer ses ministres : « Les derniers Conseils ont été assez tendus. Et vu qu’Emmanuel Macron est assez cash… », s’amuse un familier du chef de l’Etat. « Le Canard enchaîné » rapportait ainsi que le président y a qualifié de « connerie sans nom » le coup de rabot imposé à l’aide personnalisée au logement (APL), ou qu’il se serait agacé de la faiblesse de ses ministres face à l’administration… « Il ne distribue pas des claques en Conseil des ministres. S’il a quelque chose à dire à un ministre, il lui en parle directement », minore toutefois Christophe Castaner, le ministre des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Tout en concédant : « Il lui est arrivé une ou deux fois de s’adresser directement à tel ou tel, mais, en général, il donne un sens global à son propos. Il nous dit de nous projeter sur les cinq prochaines années », assure ce fidèle du chef de l’Etat. Se projeter dans cinq ans ? Pas si simple pour des ministres qui savent d’ores et déjà que leur action sera évaluée tous les six mois par le président de la République…

Recadrage à tous les étages

Face aux flottements divers qui fragilisent son début de quinquennat, Emmanuel Macron procède à un serrage de vis tous azimuts.

LE GOUVERNEMENT

sous tension

« On est souvent en désaccord, mais c’est moi qui commande. Faut se méfier de ses ministres ! » Emmanuel Macron a-t-il écouté ce conseil que lui a glissé Donald Trump lors d’une rencontre officielle ? Depuis quelques semaines, le président met son gouvernement sous pression. Une équipe en plein rodage : « La caractéristique la plus forte, c’est qu’il n’y avait pas de culture, d’histoire communes entre les ministres », concède l’un d’entre eux.

Agacé par les récents couacs (coup de rabot sur les APL, projet de loi sur le droit à l’erreur repoussé car jugé mal ficelé…) et par des ministres trop effacés, le chef de l’Etat veut reprendre les choses en main. Il a demandé à son équipe de mieux mettre en perspective l’action du gouvernement. « Il a le sentiment que ça n’avance pas aussi vite qu’il le voudrait. Pourtant, ses ministres n’ont pas démérité, la seule vraie erreur, c’était les APL, mais il vit très mal sa baisse dans les sondages », croit savoir un proche.

Pas de hurlements, dont il n’est pas coutumier, plutôt de la colère glaciale : « Quand il n’est pas content, vous le comprenez immédiatement, en trois remarques, vous savez que vous avez fait une connerie », raconte un ministre. Le chef de l’Etat garde un œil constant sur ses équipes. Il envoie de nombreux messages sur la messagerie WhatsApp, parfois dans la nuit : « Macron se couche très tard », soupire un membre du gouvernement…

Et le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, veille au grain. « C’est lui qui recadre les ministres », confie un familier. Ces derniers ne sont pas près de souffler. Le remaniement, ce n’est pas pour tout de suite, mais, dans trois mois, l’action de chacun sera évaluée. Et Macron a prévenu : mieux vaut tenir ses objectifs…

LES DÉPUTÉS

priés d’être efficaces

« On a fini nos classes, l’opposition a mangé son pain blanc. Je vous annonce une rentrée surprenante. » Bruno Bonnell, député LREM de Villeurbanne (Rhône), bombe le torse.

Depuis plusieurs semaines, les macronistes multiplient pourtant les gaffes sur les bancs de l’Assemblée. La faute à l’inexpérience. « Ils sont arrivés comme on débarque sur la Lune. Ils posaient des questions sidérantes », se souvient un ministre. Mais aussi à une organisation défaillante. Principal accusé : Richard Ferrand, le président du groupe, qui a brillé par son absence dans l’hémicycle. « Il y a 314 novices, tous apprentis. Sauf qu’il n’y a pas de maître d’apprentissage. On accuse ce pauvre Richard de tous les maux, mais il n’y a pas grand monde autour de lui pour se charger de l’apprentissage », le dédouane un ministre.

Emmanuel Macron a joué les invités surprises, le 18 juillet, à une réception organisée au ministère des Relations avec le Parlement où tous les députés LREM étaient conviés afin de les remobiliser. Le 26 juillet, une discrète réunion stratégique a réuni à l’Elysée le premier cercle du président, dont Ferrand, pour tenter de fluidifier les relations entre l’exécutif, les groupes parlementaires et le parti. Voyant ces échanges reproduits dans la presse, le président s’est mis en colère, rendant ses équipes, déjà peu bavardes, encore plus silencieuses… « Il y aura d’autres réunions de ce type, mais sous la houlette du Premier ministre, sans le président », assure Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement.

LE PARTI

à Remettre En Marche… avant

Trois mois après l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron et la victoire aux législatives, LREM est toujours un parti en chantier, flanqué d’une direction provisoire aussi inaudible que mal identifiée par les Français et qui n’a toujours pas de siège. Le parti peine à accoucher de ses nouveaux statuts, qui ont fait l’objet de recours en justice et sont actuellement soumis au vote des adhérents jusqu’à la date assez surréaliste du… 15 août !

Cette situation inédite sous la Ve République commence à donner des cheveux blancs au sommet du pouvoir comme aux cadres du mouvement. « Laissons passer le mois d’août, mais, à la rentrée, il est urgent de régler cette question afin que le président et le gouvernement puissent s’appuyer sur un parti qui soutienne leur action et qui l’explique sur le terrain », juge François Patriat, le président du groupe LREM au Sénat. En attendant, les listes pour les sénatoriales du 24 septembre ne sont toujours pas bouclées…

L’ADMINISTRATION

au pas

Que ce soit à Bercy, à l’Intérieur, dans les préfectures ou encore les ambassades, Emmanuel Macron entend procéder à un grand renouvellement de l’administration. Objectif : s’assurer que la courroie de transmission entre le gouvernement et les services de l’Etat fonctionne bien. En clair, que les dirigeants de la haute administration soient bien « Macron compatibles ».

Selon BFM, 250 hauts fonctionnaires seraient dans le viseur. Dans la seule administration centrale, 52 nominations ont eu lieu depuis le 7 mai, tandis que 47 directeurs ont été reconduits.


Gare à la malédiction du premier été 


Dans un quinquennat, le premier été est un moment qui compte. La marche qu’il ne faut pas rater. Emmanuel Macron le sait. Mais il ne suffit pas de savoir pour éviter les pièges. Tout le monde se souvient de la faute commise par Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection en mai 2007. Non content d’avoir célébré sa victoire au Fouquet’s, la brasserie chic des Champs-Elysées, il était parti en croisière sur le yacht de Bolloré. en août, le couple présidentiel s’était envolé pour un séjour aux Etats-Unis dans une maison de milliardaire au bord du lac Winnipesaukee, dans le New Hampshire. Sarkozy ne se défera jamais de cette image de président bling-bling qui lui coûtera si cher.

François Hollande, lui, en prenant le train pour la Côte d’Azur, histoire de faire comme tout le monde, s’est pris les pieds dans le tapis du « président normal ». Une fiction à laquelle les Français ne veulent déjà plus croire. Les photos des paparazzis le montrant sur la plage vont achever le tableau…

Pour ses premières vacances de président, Emmanuel Macron entretient toujours un épais mystère : « Quelques jours en France, mais mobilisable à tout moment », précise l’Elysée.

Le Touquet « trop difficile à sécuriser »

Le Palais avait assuré en juillet qu’il ne mettrait pas les pieds dans sa maison de vacances du Touquet, « trop difficile à sécuriser ». On a pourtant appris que le président et son épouse, Brigitte, s’y sont offert un week-end, il y a près de quinze jours. La résidence discrète et confortable de la Lanterne, dans les Yvelines, figure parmi les destinations possibles. Même si les proches collaborateurs du président préféreraient qu’il prenne un peu plus de champ : « S’il reste près de Paris, il va nous appeler tout le temps pendant les vacances », sourit l’un d’eux.





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