samedi 5 août 2017

Mettre la saucisse dans la choucroute

Pour la jeune génération, en particulier pour ceux que l'on nomme " diplômitifs " en Guinée, les étudiants, les congés d'été sont synonymes de ce que l'on appelle " chômer " aux Antilles, c'est-à-dire faire la fête, ou, selon les générations et les " tribus ", la fiesta, la bombe, la nouba, la teuf, la java. C'est aussi ce que fait le Québécois qui " jeunesse ", quel que soit son âge, ou qui " se lâche lousse ", le Belge qui " va à Guindaille ", l'Allemand qui " laisse sortir la truie " (die Sau rauslassen) et le Suisse qui " fait la nautique ". Le Suédois qui " vit la puce " (leva loppan), lui, est plus précisément en pleine éclate. On peut préférer " gazer ", faire la bringue à l'ivoirienne. Mais gare au mélange des latitudes : quand on " gaze " à Montréal, on fait le plein d'essence ! On peut encore " se repousser les cornes " (sich die Hörner abstoßen) outre-Rhin, " semer sa folle avoine " en Suède, ou très joliment " se faire des cheveux sauvages " (wilde haren krijgen) aux Pays-Bas, des façons de faire les quatre cents coups qui, pour les Grands-Bretons, reviennent à " peindre la ville en rouge " (to paint the town red).

" Mettre la saucisse dans la choucroute "

En villégiature en Belgique, peut-être vous proposera-t-on de " poter ", une façon de vous convier à boire un pot, et gageons qu'aux Antilles vous vous laisserez plus facilement qu'en métropole tenter par un " CRS " (un punch citron, rhum, sucre), surtout s'il s'agit d'un " décollage ", le premier de la journée. Les jeunes Ivoiriens aiment à se retrouver dans des boîtes à la mode, les " gazoils ", avec d'autres " gazeurs ", pour " décaler ", danser. Le Québécois en visite s'y mettra aussi quand passera sa " toune " préférée, cet air américain (tune) tranquillement francisé. Il ne se privera pas pour " jeunesser " dans le deuxième sens québécois du terme, celui de danser, et peut-être même passera-t-il " la nuit sur la corde à linge ", la nuit blanche de chez lui. Ah, si outre-Rhin l'on vous invite à " danser le mambo des matelas " (Matratzen-Mambo tanzen), sachez qu'il ne s'agit pas d'une danse cubaine mais d'une proposition salace à se lancer dans ce que l'on appelle des " discussions ougandaises " (Ugandan discussions) à Londres, " balayer " (scopare) à Rome et " jeter une poussière " (echar un polvo) à Madrid. On pourra préférer, poétiquement, jouer au " jeu des nuages et de la pluie " à Pékin ou " donner du travail à la cigogne " à Berlin, où l'on aime aussi, de manière moins romantique mais très graphique, à " mettre la saucisse dans la choucroute " (die Bratwurst ins Sauerkraut stecken), bref, faire la bête à deux dos, comme on dit des deux côtés du Rhin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire