vendredi 4 août 2017

Plus que cinq dodos sans les enfants !

Par Marlène Duretz

Toute l’année, on attend les vacances pour souffler un peu et prendre du temps pour soi. Mais le moment de la séparation est redouté tant par les parents que par leur progéniture.

Enfin seul(e) s au monde, libéré(e) s de ces adorables fils à la patte ! Bon nombre de parents en ont secrètement rêvé, préméditant des mois à l’avance le départ en vacances de leurs enfants, en colonie, dans la famille ou chez des amis. A l’inverse, d’autres redoutent le moment de la séparation. A quelques minutes du départ, les uns se trémoussent d’impatience, avec en poche une liste longue comme le bras de tous les plaisirs de la vie sans les enfants ; les autres, gorges étriquées, n’en mènent pas large.

Chez les enfants, même scénario. Au beau fixe ou minés, les visages masquent tant bien que mal l’anxiété de la séparation, « forcément partagée », selon le pédopsychiatre Frédéric Kochman. L’enfant, mis à distance de son quotidien parfaitement rodé, sort de son réseau sécurisé. « Il se construit et construit son estime de lui-même à travers la confiance qu’on lui témoigne et l’autonomie qu’on lui propose. Ce qui le fait grandir sur le plan psychique, affectif et intellectuel »,souligne M. Kochman. Les bienfaits sont indéniables, ses craintes aussi : va-t-il être obligé de manger des carottes râpées ? Devra-t-il dormir dans le noir ? Qui parlera à son poisson rouge ? Et sa petite sœur, pourquoi elle reste, elle ? La perspective de cet éloignement est source d’émotions et d’interrogations. « L’enfant est avide et curieux d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Et il faut évidemment l’encourager, ajoute M. Kochman. Ce sont autant de coups d’accélérateur donnés à son développement. »

« IL S’AGIT JUSTE D’AVOIR LE COURAGE DE LÂCHER SON ENFANT EN ACCEPTANT DE DÉLÉGUER SON RÔLE À AUTRUI » 
FRÉDÉRIC KOCHMAN, PÉDOPSYCHIATRE

Non, on ne l’abandonne pas, oui, on l’aime fort et plus loin que les étoiles. Au parent de balayer ses inquiétudes, et de taire ses propres appréhensions : ce qu’il quitte, il le retrouvera – à un poisson rouge près, parfois – et ce qui l’attend, là où il va, c’est « trop bien » : le jeu de piste et les feux de camp en colo, le « Gatomiamdemamie », ou encore les cousins avec qui il refera les 400 coups. Bien sûr qu’il devra se débrouiller, gérer des moments inattendus, et certaines frustrations (« Je veux ma mamaaaaaaan ! »). Mais, il faut bien le lui avouer – et quand bien même il ne le sera jamais tout à fait à vos yeux – « tu es un(e) grand(e) maintenant ! »

Si cette parenthèse est profitable à l’enfant, elle l’est aussi pour le parent qui, loin de ses impératifs quotidiens et du rythme effréné, va pouvoir recharger ses batteries. A première vue, rien d’insurmontable. « Il s’agit juste d’avoir le courage de lâcher son enfant en acceptant de déléguer son rôle à autrui », observe M. Kochman.

Mais le protecteur invétéré pourra aussi avoir à composer avec la jalousie, la frustration ou la culpabilité. « C’est un travail psychique pour le parent que d’accepter ces émotions et ces affects troublants, et de réussir à prendre la distance nécessaire. » Le vide peut être intersidéral. Combien de pincements au cœur devant le seuil de sa chambre bien trop sage ? Un avant-goût du syndrome du nid vide ? Allez parents, tenez bon, plus que cinq dodos avant son retour.

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