samedi 12 août 2017

Pour le plaisir des yeux

Sport JDD  l'Equipe et LE PARISIEN

Le grand blond avec une médaille d'or

ATHLÉTISME Kevin Mayer a régné sur le décathlon des Mondiaux et renforcé son statut de nouvelle star. Avant la dernière journée, l'équipe de France totalise trois podiums

Le plan s'est déroulé sans accroc et l'athlétisme français a adoré ça. On promettait à Kevin Mayer l'or du décathlon – surtout sans Ashton Eaton dans les pattes, parti à la retraite avec deux titres olympiques – et il est bien tombé dans son escarcelle hier soir. Rayon émotions, pas grand-chose à voir avec le sacre de Pierre-Ambroise Bosse, tombé du ciel mardi sur 800 m ; mais le plaisir diffus d'avoir paré toutes les flèches en deux journées à se balader avec une cible dans le dos. L'argent de Rio sonnait comme un acte fondateur, presque la promesse d'un règne à venir. Un an plus tard, on en est déjà aux finitions.

Rayon mathématiques, cela donne 8.768 points, un total qui peut laisser une pointe de regret si l'on considère que Mayer a été pendant les deux tiers du concours dans les temps du record du monde et en avance sur son record de France jusqu'au 1.500 m terminal, bouclé loin de ses standards, façon gestionnaire. Mais c'est vraiment histoire de faire la fine bouche, et quand on finit langue pendante, on n'est pas d'humeur à finasser. « Limite je m'en fous d'être champion du monde, j'ai été tellement relou avec mes potes et ma famille, il était temps que ça se termine, soufflait-il à chaud au micro de France 2. J'ai passé la moitié de mon temps aux toilettes tellement j'étais stressé. » La mission a été accomplie avec 90 % de maîtrise et 10 % de frayeur. Maîtrise, car le Drômois a quasiment mené de bout en bout, gardant une marge confortable sur son dauphin (l'Allemand Freimuth, à 204 points). Frayeur, car il a frôlé le pire lors de la huitième épreuve, la perche. Lui qui, effectivement, dit flipper de manière déraisonnée avant chaque décathlon s'affichait pourtant serein, à moitié assoupi sous sa casquette pendant que le gros des troupes s'escrimait à des hauteurs modestes.

Peut-être même un peu trop. Il avait décidé d'attaquer la séquence à 5,10 m (à 30 cm de son record), et a bien failli s'y arrêter. Ce n'est qu'au dernier essai qu'il s'est mis en mode KékéLaBraise : un élan réduit à 12 foulées, une barre effleurée de tout son long, avant des bonds qui disaient le soulagement. « Cela fait un mois qu'il ne passe plus une barre à l'entraînement, forcément ça s'est ressenti. Ce dernier saut est sorti de nulle part », admettait Bertrand Valcin, son coach.

« Mon point fort, c'est le mental, pas mon physique »

Au fil de la saison, déjà marquée par un titre européen indoor en heptathlon, on avait bien compris que Mayer n'est pas de ceux qui s'endorment sur leurs lauriers. Mieux, c'est comme si Rio avait renforcé son goût du dépassement. Avec lui, les records personnels tombent à intervalles réguliers, signe d'une ascension en marche, et Londres n'a fait que confirmer la tendance sur 100 m (10"70), 400 m (48" 26) et 110 m haies (13" 75). « Mon point fort, c'est le mental, pas mes capacités physiques. Je n'ai jamais de doutes pendant l'épreuve et c'est pour ça que j'arrive souvent à tutoyer mes records. » Le voilà érigé en maître des combinards, soit l'athlète le plus complet de la planète. Un vocable qui lui va d'autant mieux que son côté touche à-tout se prolonge volontiers en dehors des sautoirs. Ce garçon s'intéresse à l'astronomie comme à la politique, joue du piano et déborde d'abonnements sérieux sur Facebook. À 25 ans, difficile de ne pas voir en lui le plus sûr fournisseur de médailles jusqu'à Paris 2024. En attendant, l'équipe de France en a décroché trois et se dit que la dernière journée peut encore agrandir le sourire avec Mélina Robert-Michon au disque mais aussi Yohann Diniz, meilleur temps des engagés sur 50 km. À première vue, la moisson est moins clinquante que celle des derniers JO (6 médailles). Sauf que l'or, cette fois, est au rendezvous. Et ça change tout.

Une image qui plait au sponsors

Le du désormais champion du monde de décathlon risque bien de grimper en flèche. L’exploit sportif allié à un physique avantageux font de Kevin Mayer une cible privilégiée pour les annonceurs. Pas question toutefois de se précipiter. Depuis quelques années, c’est Delphine Verheyden, avocate de Kylian Mbappé, Teddy Riner, Renaud Lavillenie et Martin Fourcade, qui s’occupe de ses contrats. La recette est la même que pour ses autres clients sportifs : peu de contrats, mais des gros qui s’inscrivent dans la durée. Chose rare, après les Jeux de Rio l’an passé, Nike a prolongé de huit ans l’accord qui le lie à l’athlète. Voilà donc Mayer main dans la main avec son équipementier, son plus gros partenaire, jusqu’au lendemain des Jeux de 2024 à Paris.

Le patron d’Infologic, une entreprise de la Drôme, a, lui, eu un coup de cœur pour le décathlonien lorsque celui-ci, originaire de Valence, a débuté. « Notre contrat va jusqu’à la fin de ma carrière », précise Mayer, heureux de venir évoquer les valeurs du décathlon tous les deux mois avec les salariés de la société d’informatique.

« Je suis tranquille financièrement, je peux vivre du décathlon, mais je suis le seul Français dans ce cas, admet-il. Je donne ma vie à mon sport, je n’ai pas fait d’études, mes revenus dépendent de mes résultats, je ne peux pas flamber. » « Kevin n’est absolument pas dans les paillettes, il ne recherche la lumière, confirme Delphine Verheyden. Signer 10 sponsors n’aurait aucun sens, car il n’aurait ni l’énergie ni la volonté d’assumer les contreparties que demandent les partenaires. »

Pas question donc d’aller contre sa nature. « On s’est demandé ce que je voulais montrer, raconte Mayer. Le beau gosse ou le sportif passionné de décathlon ? » « Kevin est avant tout un ultra-cérébral qui aborde tout de manière scientifique, poursuit l’avocate. C’est aussi un sportif décomplexé qui annonce ses envies de titres. Il a acheté un drone pour des vidéos qu’il poste afin de faire découvrir sa discipline. Avec lui, on peut montrer ce que représente le geste parfait. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire