samedi 12 août 2017

Quand on pense que le type qui l'a aidé à rédiger ses mémoires a supplié le peuple américain de ne pas lui permettre d'accéder au code nucléaire...

Donald Trump, gendarme du monde

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

Sur la Corée du Nord comme avec le Venezuela, le président des Etats-Unis a opté pour une posture interventionniste qu’il avait pourtant rejetée lors de sa campagne.

Au quatrième jour de son escalade verbale avec la Corée du Nord, Donald Trump a résolument endossé un costume qu’il avait pourtant repoussé avec fermeté pendant la campagne présidentielle : celui de gendarme du monde.

Le président des Etats-Unis, littéralement intarissable depuis qu’il s’est lancé dans cette joute périlleuse, a en effet choisi ce registre en défendant une nouvelle fois son ton agressif vis-à-vis du régime de Kim Jong-un.

Interrogé dans son club de golf de Bedminster, dans le New Jersey – où il devait passer une partie des deux semaines de vacances initialement prévues –, sur les inquiétudes que ses déclarations belliqueuses pouvaient susciter en Corée du Sud, en première ligne face à Pyongyang, M. Trump a assuré que les habitants de ce pays « se sentent certainement plus rassurés avec moi qu’avec, par le passé, d’autres présidents ». « Parce que personne n’a vraiment fait le travail qui aurait dû être accompli », a-t-il jugé.

« C’est pourquoi nous sommes dans cette situation horrible en ce moment, a-t-il poursuivi. Et c’est une très mauvaise situation. Une situation très dangereuse. Et cela ne continuera pas, je peux vous le dire », a-t-il ajouté. « Je pense donc que la Corée du Sud est très satisfaite. Vous ne mentionnez pas le Japon, mais je pense que le Japon est très content du travail que nous accomplissons. Je pense qu’ils sont très impressionnés par [notre] travail », a-t-il indiqué au journaliste qui l’interrogeait.

Se démarquer de Barack Obama

Cette conversion a été vérifiée lorsqu’une question lui a été posée à propos du Venezuela, pays paralysé par un climat de guerre civile. « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible option militaire si nécessaire », a assuré M. Trump, qui a refusé de donner plus de détails.

« Nous avons des troupes dans le monde entier qui sont parfois très loin. Le Venezuela n’est pas très éloigné et les gens souffrent et les gens meurent », s’est-il contenté d’ajouter pour se justifier. Le service de presse de la Maison Blanche a ultérieurement rendu public un communiqué indiquant que le président ne s’entretiendra avec son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, comme ce dernier en avait émis le souhait le jour même, « que lorsque la démocratie aura été rétablie » dans son pays.

M. Trump avait déjà battu en brèche la thèse d’une présidence tentée par l’isolationnisme en ordonnant en avril des frappes de missiles de croisière sur une base aérienne syrienne après une attaque chimique imputée au régime de Bachar Al-Assad. Les implications possibles de ses menaces dirigées vers Pyongyang dépassent cependant considérablement le périmètre de cette première intervention militaire.

Le ton adopté depuis le 8 août par le président des Etats-Unis lui permet aussi, ce qui reste sans doute fondamental à ses yeux, de se démarquer de son prédécesseur démocrate, Barack Obama, auquel il ne cesse de se mesurer.

Déclarations iconoclastes

M. Trump a ainsi assuré vendredi que des « dizaines de millions d’Américains » sont heureux qu’un président « parle enfin haut et fort ». Il a également minimisé les réactions suscitées par des déclarations iconoclastes à répétition en les mettant sur le compte d’une opposition systématique. « Mes détracteurs disent cela parce que c’est moi. Si quelqu’un d’autre disait exactement la même chose, ils diraient : Quelle grande déclaration ! », a-t-il assuré.

M. Trump était entouré vendredi du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, et de l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies (ONU), Nikki Haley, comme pour rééquilibrer la communication présidentielle au profit de la diplomatie. Le conseiller à la sécurité nationale du président, H. R. McMaster, très discret depuis le début de la semaine, était également présent.

Donald Trump entouré du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, de l’ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, Nikki Haley, et du conseiller à la sécurité nationale, H. R. McMaster, le 11 août. | JONATHAN ERNST / REUTERS

Le matin même, M. Trump avait pourtant une nouvelle fois joué du registre militaire pour maintenir la pression sur Pyongyang, évoquant sur son compte Twitter des munitions chargées (« locked and loaded ») si la Corée du Nord mettait à exécution son projet de tirer des missiles en direction de l’île de Guam, un territoire américain situé dans le Pacifique.

M. Trump, qui devait s’entretenir dans la soirée avec son homologue chinois, Xi Jinping, semble faire à très court terme le pari qu’il peut sortir à son avantage de cette épreuve de force avec le régime de Kim Jong-un, notamment en imposant une ligne rouge à propos de Guam. Pyongyang a en effet évoqué un projet précis de tir de quatre missiles balistiques qui pourrait être mis à exécution dans les prochains jours. « S’il fait quoi que ce soit visant Guam, ou un autre territoire américain, ou un allié des Etats-Unis, il le regrettera vraiment et il le regrettera rapidement », a-t-il assuré vendredi.

Manœuvres militaires

Pour l’heure, les Etats-Unis n’ont adopté aucune mesure particulière liée à cette tension inédite, qu’il s’agisse des forces aéronavales dont ils disposent dans la région, ou du sort des dizaines de milliers de leurs ressortissants présents en Corée du Sud ou au Japon, qu’il s’agisse de militaires ou de civils. Des manœuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud restent par ailleurs prévues à partir du 21 août.

Le régime nord-coréen ne donne de son côté aucun signe d’apaisement. Le site spécialisé « 38 North » de l’Institut Etats-Unis/Corée de l’université Johns Hopkins a ainsi publié vendredi des photos satellites qui pourraient attester de préparatifs pour un essai de missile mer-sol balistique. Les premières déclarations offensives de M. Trump avaient suivi de peu, mardi, la publication d’informations similaires.

La chaîne conservatrice Fox News avait ainsi fait état de menaces de Pyongyang contre des bâtiments de guerre américains. Invitée de la matinale de la chaîne, Mme Haley avait refusé de commenter des informations présentées comme « classifiées » dont elle avait regretté la « fuite ». Ces informations avaient été presque instantanément partagées sur son compte Twitter par le président, pourtant prompt à dénoncer la publication d’informations confidentielles lorsqu’elles lui sont défavorables.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire