vendredi 4 août 2017

" Va te faire monter de la bière ! "

Un mois d'août sans apéro interminable en terrasse ni barbecue pantagruélique n'est pas un mois d'août digne de ce nom et, au pays des " 258 fromages ", les plaisirs de la table sont naturellement d'efficaces fournisseurs d'idiotismes. Le Français qui s'exprime sans retenue commence par ne pas mâcher ses mots, quand l'Italien, dans le même cas, n'a " pas de poil sur la langue " (senza peli sulla lingua). Il répugne naturellement à gâcher la nourriture, c'est pourquoi il évite, autant que faire se peut, de donner de la confiture aux cochons, tandis que l'Argentin évite de leur donner " des marguerites ", et que c'est à " un âne " que le Portugais ne devrait pas donner de " gâteau " ; le malheureux baudet étant privé de " bonbons " en Espagne (darle caramelos a un burro), alors que, en Chine, le comble du gâchis, c'est " jouer du violon devant les boeufs ".

Evitons tout de même avant la plage de nous en " mettre plein la gargamelle ", le gosier du Midi. Si vous avez un bon coup de fourchette, et qu'en plus vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère, vous pourriez rapidement être " plein comme un boudin " du Québec - en France, la formule s'applique plus souvent à qui est rond comme une queue de pelle, " plâtré " (plastered) aux Etats-Unis, " plein comme un vélo " en Suisse, " plein de grêlons comme une étoile " allemande, bref " bourré comme un canon " slovaque.

" Comme un fromage sur les macaronis "

" Ça m'est saucisse ! " (das ist mir Wurst), répliquera l'Allemand qui s'en bat l'oeil. " Va griller ton café chez toi ! ", s'exclamera le Réunionnais, suggérant habilement que je m'occupe de mes oignons plutôt que du contenu de l'assiette des autres. " Va te faire monter de la bière ! ", renchérira le Lorrain pour que j'aille me faire cuire un oeuf. Heureusement, l'Italien, avec qui je suis " comme le fromage sur les macaronis " (come il cacio sui maccheroni), soit comme les deux doigts de la main, me conseillera de ne pas " prendre un spaghetti ", soit de ne pas avoir les foies et de " rendre du pain pour de la focaccia " (rendere pan per focaccia), soit rendre la monnaie de leur pièce à ces mauvais coucheurs. Voilà une intervention qui tombe " en haricot ", comme on dit du côté de Florence, " le nez dans le beurre ", comme à Amsterdam (met je neus in de boter vallen), bref, à point : il faudrait avoir " des tomates sur les yeux ", comme on dit à Berlin, ou " les yeux fourrés au jambon " (avere gli occhi foderati di prosciutto) à la mode de Milan, bref ne pas les avoir en face des trous pour ne pas s'apercevoir que le monde entier met la gastronomie à toutes les sauces et dans toutes les langues. A taaaaable !

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