mercredi 2 août 2017

Vous voilà bien enguirlandé, et beau comme un camion.

Chronique

Drôles d’expressions françaises et d’ailleurs : propre comme un sou neuf et passer un savon

Espèce d’idiome ! (9/12). Gallicismes, anglicismes, hispanismes… Balade estivale en idiotisme, à travers des locutions astucieuses et révélatrices des cultures qui les inventent.

Ce n’est pas parce que c’est l’été qu’il faut bêtement se jeter sur les routes, se boudiner dans la classe touriste d’un aéroplane où les genoux vous obstruent les narines si vous mesurez plus de 1,70 m, ou s’entasser dans des trains à la climatisation en rade. Certains choisiront de rester chez eux, de « cultiver leur jardin » avec la sagesse du Candide de Voltaire, ou plutôt leur « plantage », à la manière des Helvètes.

Si l’on a manqué le coche du « grand ménage de printemps », c’est le moment de « réduire le cheni » (prononcer « ch’ni »), comme disent les Suisses qui veulent ranger une maison en bazar. Pour commencer, on peut « foutre loin » ou « jeter au cheni » ce qui doit être mis aux ordures. Ensuite, on « fait son samedi », la manière belgo-picarde de faire le grand ménage et, ce, quel que soit le jour de la semaine.

Evidemment, pour « faire la poutze », le ménage à la manière helvète, ce sera plus rapide si vous disposez d’une « balayeuse », l’aspirateur des Québécois, que les Américains désignent d’un patronyme de tueur à gages, le « nettoyeur par le vide » (vacuum cleaner), et les Allemands d’un nom de vampire des Carpates, le « suceur de poussière » (Staubsauger).

Après cela, un bon coup de serpillière, ou de « panosse » en Suisse, de « bâche » dans la Marne, de « cinse » en Bretagne, de « gueille » dans le Bordelais, de « patte » dans le Lyonnais, de « pièce » en région PACA, de « toile » en Normandie, de « peille » à Sète, de « frégone » dans le Sud-Ouest, de « torchon de plancher » en Lorraine, de « toile à pavé » en Normandie, de « wassingue » dans le Nord ; l’expression serpilliérique la plus délicieuse revenant aux Belges, avec une « loque à reloqueter » qui vous donnerait envie de faire reluire le carrelage tous les jours – ou presque. Non ? Ah bon.

Les Ibères « donnent un époussetage »

La maison sera alors propre comme un sou neuf, « comme un sifflet » (as clean as a whistle) britannique, « brillante comme une épingle neuve » (bright as a new pin), ou plutôt, corrigeront les Espagnols, toujours bons chrétiens, « comme une patène », ce plat destiné à recevoir l’hostie pendant la messe.

Méfiez-vous tout de même si ces Ibères se proposent de vous « donner un époussetage » : ils ne vous offrent pas des heures de ménage gratuites mais de vous passer un savon. En Tunisie, dans le même cas, on « essuie le sol avec quelqu’un » (en s’en servant comme serpillière, msah bih el kaa), tandis qu’aux Pays-Bas, on vous « lave les oreilles », qu’en Pologne, on vous « lave la tête », et qu’en Catalogne, pour parfaire le tout, on vous « coiffe » (pentinar). Vous voilà bien enguirlandé, et beau comme un camion.

Muriel Gilbert est l’auteure de Que votre moustache pousse comme la broussaille ! - Expressions des peuples, génie des langues (Ateliers Henry Dougier, 2016).

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